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La chronique de A. : La victoire de la machine

Impression


Une précision d’abord :
je n’appartiens en aucune façon à cette race d’éternels nostalgiques qui passent leur temps à regretter leur ancien téléphone, leur ancien ordinateur, leur ancienne paire de lunettes, voire leur ancienne femme. Ce récit n’est pas le fruit d’une vengeance contre la technologie.

L’histoire commence en fin de matinée dans un centre commercial où une banque a eu la bonne idée d’installer un distributeur de billets mais pas d’agence. Qu’importe. Ce DAB tombe à pic. Je glisse donc ma CB dans la fente et j’attends, en constatant que seul le message d’accueil s’affiche sur l’écran et qu’aucune commande n’est disponible pour entrer mon code. Le DAB semble tout simplement n’avoir pas « calculé » ma carte. Je tente une timide pression sur la touche « Annuler » avant de commencer à tapoter tous les boutons à portée de mes doigts. Le distributeur continue de m’ignorer superbement.

Survient alors un tranquille retraité. Je lui explique la situation et lui suggère d’être prudent en glissant sa propre carte dans la machine. J’espère secrètement que l’introduction d’une autre CB va obliger l’appareil à recracher enfin la mienne. Mais l’heureux papy récupère sa carte, ses billets et son ticket sans aucun problème, me jetant au passage un regard mi-apitoyé, mi-suspicieux, doutant de la présence effective de ma carte bleue dans le distributeur. Je tourne en rond quelques minutes devant la machine, laisse passer un autre client qui, comme le précédent, ne connait aucun problème pour récupérer ses billets. Je me résous à appeler le numéro de secours qui figure sur un autocollant bien en vue sur le distributeur. Une voix aussi aimable qu’enregistrée me demande alors de préciser ma demande. J’obéis. « Ma carte bleue a été avalée. – Vous souhaitez commander un nouveau chéquier, me répond la voix. Vous confirmez ? – Non, carte bleue coincée, dis-je en pensant me faire mieux comprendre. – Vous souhaitez consulter votre compte ? » m’interroge la voix. Résistant à l’envie de lâcher une bordée d’injures, je respire un grand coup, raccroche et décide de recomposer le numéro en tentant d’entrer enfin en contact avec un être humain. Après avoir tourné une nouvelle fois en rond pendant quelques minutes (facturées à prix d’or), j’entends enfin une voix jeune et masculine. Une vraie voix et de vraies oreilles à qui je peux exposer mon problème. Mais en guise de réponse « Tut, tut, tut… »

La communication est coupée ! Je n’ose imaginer que c’est une manœuvre de mon interlocuteur pour se débarrasser de moi.  Je fais appel à la toute petite dose de sang froid qui me reste pour reprendre mon périple, de touche 3 en touche étoile, et tenter d’atteindre de nouveau la vraie voix. Et lorsqu’enfin je peux m’expliquer, c’est pour entendre le vrai homme dire : « Allez voir au guichet de la banque. – Mais je vous dis qu’il n’y a pas d’agence à coté de ce DAB. – Ah moi, j’en sais rien. Je suis à Paris. Les Antilles, je connais pas. – Bon, mais je fais quoi pour récupérer ma carte ? – Ben, si vous avez de la chance, on vous la renverra dans 5 ou 6 semaines. – Vous plaisantez ? – Si ça vous fait rire. En tout cas, une fois la carte récupérée par les transporteurs de fonds, elle est renvoyée au siège de la banque et comme vous n’êtes pas cliente, ce sera encore plus compliqué. Je peux rien faire. » J’hésite à fracasser mon portable sur le DAB avant de me dire dans un sursaut de clairvoyance que me priver de téléphone alors que je n’ai déjà plus de CB n’arrangerait pas mes affaires.

Je parviens à un ultime contrôle de mes nerfs et appelle ma banque dont je conserve heureusement le numéro direct, m’évitant le labyrinthe d’un nouveau standard automatique dont je ne serais pas sortie vivante. Hélas, malgré toute sa bonne volonté, ma conseillère ne peut que confirmer l’information obtenue. Mais elle a une astuce : faire opposition à ma carte et en recommander une nouvelle que j’aurai dans les dix jours. Et bien, croyez-le ou non, j’aurais presque embrassé ma banquière.

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