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Chronique de A. : le virus de l’infaux

« EDF vous annonces (sic) que la coupure générale d’électricité se fera à 21 heures… » Voila l’un des innombrables messages qui a circulé sur les réseaux sociaux dans la nuit de la tempête Matthew. Il y avait le même pour l’eau. Messages relayés par certains de vos amis que, jusqu’à présent, vous pensiez assez avertis pour éviter de croire n’importe quoi ou, au moins, pour ne pas partager n’importe quoi. Admettons que l’énorme faute d’orthographe ait échappé à certains, mais peut-on vraiment croire en 2016 qu’EDF va PROGRAMMER une coupure générale d’électricité ? Allez, soyons magnanimes et mettons ça sur le dos des basses pressions de Matthew.

Mais comment expliquer que, sous un ciel bleu d’azur, sans le moindre souffle de tempête, votre cousine, en possession de tous ses moyens, peut envoyer à ses 1487 contacts WhatsApp plus les groupes,  un appel au boycott du stylo bille sous prétexte que l’encre qu’il contient est cancérigène ?

Vous vous demandez où je veux en venir ? J’ai fait les comptes durant le passage de Matthew sur les Antilles. En l’espace de quelques heures, j’ai reçu près de 540 notifications de photos, vidéos et autres messages sur le seul réseau WhatsApp. Et savez-vous combien étaient vérifiés et/ou utiles ? Allez, soyons indulgents. Une dizaine ! Et encore, il s’agissait pour moitié, de photos du même endroit. Certes, en montrant que l’un des principaux axes de la Martinique était sous l’eau, ces photos pouvaient éviter que l’on reste coincé sur une route inondée. Mais que d’effort pour arriver à une information diffusée, par ailleurs, sur toutes les radios ! D’où ma question : pourquoi continue-t-on à relayer des absurdités, à les diffuser à la vitesse d’un clic et à leur accorder une caisse de résonnance de la taille d’une île dans le meilleur cas, de la planète dans le pire ? Je tweete, donc je suis.

On peut d’abord invoquer l’ennui. Pour notre premier exemple, la nuit du passage de la tempête Matthew, c’est un argument acceptable. Certains, privés d’électricité, n’avaient d’autres divertissements que de surveiller compulsivement l’écran de leur smartphone. Dans ce cas, lecteur pardonne-moi, il serait judicieux d’utiliser cet ennui pour réfléchir. A défaut d’avoir autre chose à faire, pensons trois fois avant de relayer une ânerie.

On peut aussi chercher une explication dans le sentiment de puissance que cela procure. Je tweete, je retweete donc je suis. Livrer une information exclusive à ses amis permet d’améliorer son importance dans un groupe. Sauf que dans le cas du partage des fakes, surtout lorsqu’ils sont énormes, l’image du diffuseur en prend un coup rapidement. Du statut de « celui qui sait », il dégringole rapidement à « celui qui gobe tout ».

Enfin, il faut bien y penser aussi malgré la conviction profonde que j’ai de la bonté intrinsèque de l’humanité, il existe aussi quelques malfaisants. Ils s’amusent méchamment de la vitesse à laquelle circule leur rumeur et de la panique qu’elle peut susciter.

Dans tous les cas, la conclusion est la même : soyez plus smart que votre phone.

 

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