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Édouard Boulogne : la Guadeloupe en toutes lettres…

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jb-desnel-couvertureGuadeloupe, chronique d’une naissance sous tutelle royale, s’inspire de « morceaux choisis » dans l’ouvrage « Les colonies » paru en 1889 que réédite Idem éditions, avec, ici et là d’utiles ajouts sur ce qui s’est produit dans l’île, depuis lors, et jusqu’à un passé récent. À la fin des années 1940, et au tout début des années 50, les petits Guadeloupéens de l’école primaire, comme moi, disposaient pour s’instruire des choses de leur pays, de deux courts ouvrages, l’un d’histoire, l’autre de géographie. Le premier était le Précis d’histoire de la Guadeloupe, de Maurice Martin, édité par l’imprimerie officielle, à Basse Terre, en 1939. Le deuxième était La Guadeloupe et ses dépendances – notions de géographie, par Robert Clermont, ouvrage adopté par la colonie pour les établissements scolaires publics. Si utiles qu’ils aient pu être, le savoir qu’ils dispensaient, était toutefois bien insuffisant. Et nous étions souvent plus instruits sur les caractéristiques de la Bretagne, du bassin aquitain, ou même de l’économie des possessions françaises d’Afrique du nord, ou d’Afrique occidentale, et équatoriale que des réalités locales. L’explication est à rechercher dans les problématiques d’époque. La Guadeloupe, comme les autres « vieilles colonies » datant du précédent empire colonial fondé sous l’ancien régime, pouvait apparaître comme un bien petit territoire, un confetti d’empire assez négligeable. C’était méconnaître, et le passé où l’île n’avait pas peu contribué à l’économie nationale, et l’avenir. Quand vers 1960, l’empire se dissout, dans l’ingratitude envers la France, la Guadeloupe, et les quatre vieilles, poursuivent l’idéal de l’assimilation à la nation françaises, réclamé avec ardeur dès 1848 et l’abolition de l’esclavage, assimilation obtenue par la loi de départementalisation en 1946. Le gros de l’ouvrage, sans s’encombrer d’idéologie, décrit la Guadeloupe, sous tous les angles, des origines de la colonisation française depuis 1635, jusqu’à la date de parution de l’ouvrage en 1889. Aujourd’hui ces données peuvent encore être utiles, non seulement sur le territoire, mais sur l’ensemble de la France, à un moment, où dans l’Hexagone, est plaquée sur le passé d’une idéologie « politiquement correcte ». La vision corrigée du passé, tend, en effet, à imposer selon le bord de l’Atlantique où l’on se trouve, une mentalité culpabilisée et « repentante », et en face, chez certains, une humeur revendicative, hargneuse et profondément injuste. La section consacrée à l’histoire est à cet égard fort intéressante. Un ouvrage utile donc, mais dont le sérieux n’empêche pas d’y trouver des pointes d’humour, volontaires ou non, qui pour un Antillais sont parfois savoureuses.

En librairie : Guadeloupe, chronique d’une naissance sous tutelle royale. Postface d’Édouard Boulogne, Éd. Idem (2016) | Format de poche 320 pages, 9,80 euros.

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