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La chronique de A : qu’il est beau mon bus !

Des élus qui se bousculent pour monter à bord d’un bus urbain : difficile à imaginer quand on sait que la quasi-totalité de la classe politique française n’emprunte jamais les transports en commun. La scène est pourtant réelle. En mars dernier à Fort-de-France, ils étaient des dizaines d’officiels à se précipiter dans le Bus à Haut Niveau de Service qui a inauguré la marche à blanc du fameux TCSP. Il est vrai que beaucoup avaient fini par croire que jamais ils ne verraient, de leur vivant, ce Transport en Commun en Site Propre. Le chauffeur lui-même a eu du mal à freiner leur enthousiasme, contraint, après avoir aimablement prié une partie de ses prestigieux voyageurs d’attendre le bus suivant, de les menacer de ne pas démarrer s’ils restaient aussi nombreux à bord. Depuis, les bus poursuivent leurs essais entre Fort-de-France et le Lamentin, mais ils sont vides. Les premiers « vrais » passagers ne sont pas attendus avant plusieurs semaines et les officiels, eux, ont repris leurs habitudes de transport, c’est-à-dire le volant de leur voiture.

Cela ne les empêche pas d’être très fiers de leur transport collectif. En dehors du fait que la Martinique est seulement le deuxième territoire ultra-marin à avoir son TCSP (après la Réunion), force est de reconnaitre que l’ensemble du réseau a fière allure. De longs véhicules articulés aux couleurs vives, des stations ultra-design pour un parcours d’une dizaine de kilomètres effectué en moins d’une demi-heure si tout va bien : Fort-de-France va bientôt rejoindre le club des villes équipées de BHNS. Selon une enquête du Monde, les élus français sont très attachés à l’image que véhiculent leurs bus. Ils n’hésitent donc pas à rallonger la facture quand il s’agit de personnaliser leur transport et d’en faire non plus un simple autocar mais un Bus à Haut Niveau de Service, un acronyme un peu pompeux pour désigner des véhicules design, climatisés et équipés d’options électroniques comme le calcul automatique du poids total des passagers. Si l’on en croit cet article, les collectivités françaises seraient les championnes du monde des options hors catalogue. Leurs super-bus couteraient ainsi 30% plus cher en moyenne que dans le reste de l’Europe. En Martinique, il a fallu en plus
« tropicaliser » les engins.

Mais c’est peut-être à ce prix que l’on peut convaincre les usagers de préférer le bus à leur voiture. L’image de transport du pauvre colle mal en effet à des véhicules qui coutent près d’un million d’euros pièce. En revanche, ils ont tous les atouts pour séduire de nouveaux passagers, jusque là peu enclins à s’entasser dans un bus surchauffé et vieillissant. C’est peut-être ce qui explique que la France a vu la fréquentation de ses transports urbains augmenter de près de 30% en dix ans, l’une des plus fortes croissances d’Europe. Chez une partie des CSP+, les fameux bobos, ne pas avoir de voiture et prendre les transports en communs est même devenu furieusement tendance. Alors qui sait ? Le TCSP de la Martinique et le futur tramway de la Guadeloupe feront peut-être le plein de VIP et pas seulement le jour de l’inauguration !

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