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Fabrice Boutin : the Artist

Fabrice Boutin

Fabrice Boutin a 52 ans et est directeur de l’agence de Facto Saatchi & Saatchi. Ça, c’est la face émergée de l’iceberg. Le Fabrice Boutin des villes. Parallèlement à cette brillante carrière professionnelle, il y a le Fabrice Boutin des champs qui vit sa passion pour la photographie, la musique et l’art en général tant qu’il est nourri par la rencontre humaine. Le tout avec naturel et simplicité.

Par Benjamin Postaire

La vie et la personnalité de Fabrice Boutin doivent s’appréhender comme un voyage. Un voyage physique à travers le continent africain, jusqu’à déborder sur l’océan Indien pour atterrir à La Réunion, et un voyage créatif où s’entremêlent, photographie, musique et projets artistiques. Le fil conducteur de tout ça : plaisir et simplicité. « Faire en sorte qu’une chose soit si simple qu’elle en devienne belle, c’est ça le plus dur ». Fabrice Boutin parle d’art, mais il pourrait très bien parler de sa propre vie.

Cette simplicité, elle se manifeste en faisant confiance à ses sentiments, à l’humain. « Les rencontres, c’est ce à quoi je crois le plus. Avant chaque voyage, il y a une rencontre et c’est là que tout commence ». Son dernier voyage, ou sa dernière rencontre, ou plutôt les deux, c’est une tournée musicale aux Etats-Unis. Guitare dans le sac et amour en bandoulière, il est parti avec sa compagne pour treize dates à New York, Los Angeles et San Francisco. « Cette incroyable aventure, c’est uniquement grâce à elle, c’est elle qui m’a poussé vers la création et m’a donné l’opportunité de composer ».

« J’aime trop la photo pour en faire mon boulot ! »

Elle, c’est Fran. Une Allemande habitant à Dubaï, rencontrée à Cannes, vivant avec Fabrice à La Réunion et qui chante donc aux Etats-Unis. Voilà pour le voyage physique. Le voyage créatif, c’est un duo musical, «THE Double F Project», un album, « I’m not that easy », et donc une tournée outre-atlantique avant un concert unique le 2 novembre au TEAT de Champ-Fleuri. A 52 ans, Fabrice Boutin n’a pas fini de rêver. En grand. « Si je devais avoir une devise, ce serait ‘Nothing is impossible’. C’est toujours ce qui me motive quand on me dit que telle ou telle chose est irréalisable. »

Un mode de vie qui implique une bonne dose de courage et de liberté. Ça tombe bien, notre hôte ne manque ni de l’un ni de l’autre. Quand il part au Maroc à 25 ans, c’est simplement armé de son appareil photo. Passion et talents feront le reste. Fabrice intègre rapidement le réseau Saatchi & Saatchi puis voyage, encore, toujours. Cameroun, Afrique du Sud, ses escales coïncident avec les échelons qu’il gravit et le photographe devient en quelques années « Head of créative » pour toute la zone Afrique. « Tout au long de mon parcours, j’ai été accompagné par la photographie mais sans jamais en faire réellement mon métier. J’aime trop la photo pour en faire mon boulot ! », s’amuse-t-il.

« Chaque homme doit trouver son île »

S’il expose quasiment une fois par an, c’est donc uniquement par plaisir. Son dernier « travail », qui n’en est donc pas un, une série de portraits des grands noms de la musique réunionnaise. Exposé au TEAT de Champ Fleuri, « Rois et Reines » a connu un beau succès et a même été édité dans un ouvrage où les photos de Fabrice sont accompagnées par des textes de Vincent Fontano. « C’est la première fois que je réunis ainsi mes deux passions pour la photo et la musique, explique-t-il. Et puis, je trouve qu’il manquait vraiment un hommage à ces monuments de la musique réunionnaise ».
Un hommage rendu à sa manière, à travers des portraits intimistes en noir et blanc et nourris par la rencontre humaine : « C’est un an de de ma vie. Je suis allé sur toute l’île pour voir ces artistes chez eux et j’ai passé des journées entières à discuter. »

Cette expo et ce livre, c’est aussi probablement une manière de rendre, un peu, tout ce que La Réunion lui a apporté. Débarqué en 2007 pour lancer l’agence du réseau Saatchi & Saatchi dans la zone océan Indien, il a trouvé « l’île que j’attendais. Pour la première fois de ma vie, je me sens installé, chez moi. Chaque homme doit trouver son île. J’ai trouvé la mienne ». Le week-end, quand il ne prépare pas sa prochaine exposition de photos ou n’enregistre pas un album chez lui, il voyage dans un autre monde, celui du silence.
« C’est un autre aspect de ma vie, j’aime prendre mon bateau et aller plonger en apnée », livre Fabrice. Si elles ne sont pas humaines, les rencontres sous-marines n’en sont pas moins enthousiasmantes.

« Il y a une recherche d’immortalité derrière tout ça »

Sous l’eau, derrière son objectif ou guitare à la main, Fabrice joue. Ni plus, ni moins. Il joue à relater, créer, mélanger pour, surtout, ne jamais s’ennuyer. « J’ai besoin d’avoir constamment des projets personnels. J’y passe tout mon temps libre, c’est ma manière de me reposer. Et puis c’est vrai que tous les grands changements au cours de mon existence sont intervenus quand je commençais à tourner en rond ». Le parallèle avec sa vie sentimentale est un peu facile. Deux fois divorcé, il est père de trois filles de 22, 21 et 11 ans : « De très loin mes plus belles œuvres d’art. »

Cet aspect de sa vie, il en parle naturellement. Pour tout dire, il envisage même, pour sa prochaine exposition, d’explorer le thème des familles recomposées. «J’envisage toujours mes projets sous un angle sociétal et humain. Je pense être plus proche du photojournalisme que de la photographie purement artistique», précise-t-il. Une quête de spontanéité et d’authenticité très éloignées de ce qu’on peut voir dans la publicité. Le contraste est pleinement assumé même si, pour lui, « les mécanismes de création sont les mêmes, on cherche également à sortir des sentiers battus. En revanche, professionnellement, je me vois aujourd’hui plus comme un accompagnateur qui laisse fleurir les talents artistiques de mes collaborateurs. »

Malgré cette soif de création au service d’une âme d’enfant, Fabrice admet, sans aucun mal : « Il y a une recherche d’immortalité derrière tout ça, j’en suis convaincu. Plus on avance dans la vie, plus on commence à se demander ce qu’on va laisser derrière soi ». Et voilà poindre le sentiment préféré des artistes : la nostalgie. « Quand on est jeune, on a besoin de reconnaissance. Aujourd’hui, c’est la reconnaissance de mes proches, de mes filles, que je désire plus que tout. Quand elles me disent qu’elles écoutent et aiment mon album, ça vaut toutes les tournées aux Etats-Unis ! ». Il y a des voyages qui laissent d’impérissables souvenirs. Pour ceux-là, pas besoin de passeport.

Le style Boutin

Une photo de Fabrice Boutin, c’est un moment de vie. Un sourire, un regard, une expression, tout ce qui peut faire l’humanité d’un être. Autour, le décor n’est qu’une enveloppe. Malgré sa beauté, il n’est que le contenant. En Afrique, en Amérique, en Europe ou dans l’océan Indien, en noir et blanc ou en couleurs, le sujet reste invariable : la rencontre humaine.

Avant «Rois et Reines», deux autres expositions «Smile in Africa» et «Alzeihmer : Photos pour l’Oubli» étaient également des séries de portraits. « Mes photos ne sont jamais retouchées et très rarement recadrées, précise Fabrice. C’est comme en musique, il n’y a aucune reprise. »

Du point de vue musical, justement, l’approche est également minimaliste. Une guitare et un piano suffisent à une ballade enchanteresse. Clairement sous influence blues et folk, THE Double F Project s’appuie sur la voix ténébreuse de Fran et les douces mélodies de Fabrice. Du 100% « home made » qui fleure bon l’amour et l’authenticité.

Retrouvez :

Les photos sur www.fabriceboutin.com

La musique sur la chaîne YouTube « THE Double F Project »

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