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La chronique de A. : L’homo automobilis martiniquais 

A priori, l’homo automibilis martiniquais ne diffère en rien de l’homo automibilis européen. Certes, il a un peu plus tendance à manger son sandwich au volant en lançant une oeillade à la jolie conductrice sur la file d’à coté, ce qui, il faut le reconnaitre, ne facilite  l’usage ni du clignotant ni du rétroviseur.

Allez, reconnaissons-lui aussi une certaine propension à rester collé sur la file de gauche avant de se souvenir au dernier moment que c’est bien la bretelle de sortie de Trinité qu’il prend immanquablement chaque jour à la même heure en traversant les deux voies de circulation sans remarquer les kilos de gomme laissés par les automobilistes qui n’ont d’autre choix derrière lui que d’écraser le frein pour éviter le crash.

Mais convenez que ce ne sont là que des habitudes locales ne présentant aucun danger si l’on en croit l’évolution des statistiques de la sécurité routière sur les dix dernières années !

Pourtant, pour les responsables des services des routes, l’homo automobilis martiniquais semble tout à fait particulier ! Il serait en effet doté d’un sixième sens ou d’un GPS d’origine qui rendrait totalement superflue toute indication précise de travaux, déviation et autre évènement routier inattendu.

Déviation ou perdition ?

Prenez par exemple la Rocade de Fort-de-France en direction du Lamentin. Il est 22 heures. Damnation ! Après quelques centaines de mètres seulement, vous êtes coincé dans un énorme embouteillage. Compte tenu de l’heure tardive, vous imaginez tout de suite LE gros accident. Mais stupeur, après 20 bonnes minutes de patience pour atteindre la sortie du tunnel de la Maternité, vous découvrez qu’il s’agit juste d’une déviation pour travaux, qui dirige tout le monde vers la route des Religieuses. Patiemment, vous avancez jusqu’au stop en rêvant au jour où le panneau d’information électronique installé sur la Rocade à grands frais il y a une bonne dizaine d’années servira à autre chose qu’à indiquer l’heure, comme par exemple, à prévenir l’automobiliste que la route est coupée dans 400 M et que l’on vous conseille de sortir avant. Qu’à cela ne tienne: vous êtes déjà sur la route des Religieuses. Mais là, plus aucun panneau jaune de déviation, même très pale, n’est disposé sur le parcours.

D’ailleurs, c’est la règle en Martinique: on vous a déjà dit que vous étiez déviés, on ne va pas vous le répéter 10 fois! Il faut donc comprendre qu’aucun touriste dans notre belle île, aucun Guadeloupéen, ni même aucun Marigotin, ne circule le soir à 22 heures sur la Rocade de Fort-de-France. Heureusement. Parce qu’aux dernières nouvelles, ils erreraient toujours entre le front de mer et le boulevard du général de Gaulle. Vous trouvez que j’exagère ?

Guerre de tranchée.

Un tantinet. Pour le Marigotin en tout cas. Mais suivez-moi à Rivière-Salée où depuis des mois, les professionnels s’activent pour faire passer la RN5 à deux fois deux voies. Un chantier délicat qui oblige les équipes à modifier sans cesse le tracé de la chaussée. En oubliant parfois que le conducteur moyen (je ne vous parle même pas de la conductrice) n’a pas les plans des travaux scotchés sur son tableau de bord et qu’il doit donc se fier aux panneaux pour choisir la bonne voie de circulation. Il faut croire qu’en tirant à pile ou face, l’autre soir, il y en a un qui n’a pas eu de chance. Parce qu’il s’est engagé sur une voie en apparence normale avant de réaliser que la partie sombre au milieu était une belle tranchée de près d’un mètre de profondeur. Et bien figurez-vous qu’il a bêtement paniqué et qu’au lieu de remonter toute la route en marche arrière, il a tenté une manoeuvre qui a précipité le coté gauche de sa voiture dans le trou, imprimant à son véhicule un gite de 45° du plus bel effet sur un voilier mais beaucoup plus délicat à négocier sur un véhicule terrestre.

Croyez-moi: ce soir-là, l’homo automobilis martiniquais, il aurait bien collé son sixième sens sur le nez du responsable du chantier.

L’Avatar

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