Le futur du numérique

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Internet, téléphone et télévision sont devenus depuis dix ans des besoins essentiels. Un service « triple play » qui peut revenir cher mais dont on ne saurait plus se priver. Sophie Audic, directrice générale du Cable-Numericable, réfléchit avec nous sur l’état actuel du numérique et sur la décennie qui s’annonce.

 

En cette fin d’année 2012, quel est selon vous l’état du marché des technologies numériques ?

Internet est devenu, en quelques années, un outil d’usage courant quasiment primordial, aux Antilles comme ailleurs. Il nous relie au reste du monde : les îles ne sont plus désormais isolées comme elles ont pu l’être durant longtemps. C’est donc une technologie de plus en plus répandue, et attendue dans des régions toujours plus éloignées ou inaccessibles à l’heure actuelle… mais les opérateurs y travaillent d’arrache-pied.

 

Et pour la téléphonie ?

Les antillais sont de très gros consommateurs de téléphonie. Les gens souhaitent des forfaits illimités, à toute heure et vers de nombreuses destinations. La Métropole bien sûr regroupe la majorité des appels longue distance, mais la demande est aussi forte vers les territoires de la Caraïbe comme Haïti, Sainte Lucie, Saint Martin et la République Dominicaine, Saint Barth, la Guyane, voire même la Réunion. Il est important que tous les territoires d’Outremer soient reliés.

 

La TV est-elle aussi consommée qu’on le prétend ?

La télévision quant à elle est véritablement la reine des Antilles. C’est le premier loisir quotidien de toutes les tranches d’âge. Elle occupe une grande place dans les familles et les sujets de conversation : on la regarde de la petite enfance à la vieillesse, avec des critères bien précis selon chaque personne. Les chaînes de sport sont très suivies, notamment pour les matchs en direct qui sont recherchés en priorité, de même que les chaînes de programmes pour la jeunesse.

Cette consommation télévisuelle est liée au fait que les loisirs extérieurs de soirée sont relativement faibles, et quand ils existent il faut bien souvent pouvoir s’y rendre en voiture : or les adolescents n’ont pas la possibilité de se déplacer, et les parents préfèrent en toute logique rester à la maison avec les enfants. La TV occupe donc une grande place, avec certaines spécificités propres aux Antilles, comme les chaînes religieuses par exemple, ou les émissions locales dont l’offre est très diversifiée par rapport à l’audimat disponible. Ici, chaque chaîne trouve son public, bien plus qu’en Métropole où les chaînes régionales sont vite amenées à disparaître.

 

Quelles évolutions le secteur a-t-il connues au cours de la décennie passée, qui a vu l’émergence puis l’explosion de ces technologies ?

Aujourd’hui, on  recherche un opérateur unique pour l’internet, la téléphonie et la télévision, ce qui permet un maximum de services pour un tarif minimum.

L’évolution a été identique à celle du continent, avec un décalage temporel inévitable lié à l’éloignement par rapport aux opérateurs, aux investissements nécessaires, aux infrastructures plus fragiles voire inexistantes… la situation géographique complique toujours les choses, c’est une réalité avec laquelle chacun apprend à composer.

 

Est-ce l’une des raisons des prix souvent plus élevés qu’en Métropole ?

C’est même LA raison, si je puis dire. Les services sont obligatoirement plus chers que sur le continent, compte tenu du transport, du dédouanement, du réseau plus coûteux à entretenir… que l’on songe aux températures, à la salinisation, à l’humidité… sans parler des intempéries qui créent sans cesse des besoins en maintenance et en interventions techniques de rattrapage. Et même quand tout va bien, il faut élaguer la végétation, développer l’infrastructure sous-marine etc.

C’est un travail permanent qui entraîne un coût inévitable.

 

Comment le secteur va-t-il évoluer selon vous d’ici 2020 ?

Je pense que l’un des objectifs prioritaires de la décennie sera l’internet à Haut Débit pour tous. Cela représente un investissement majeur, déjà en œuvre en Guadeloupe et en Martinique (sur le réseau Numéricable, ndlr.) La fibre optique devrait idéalement être disponible pour 90% des habitations.

Concernant la télévision, le bouquet continuera à se diversifier et à se spécialiser : il y aura de moins en moins de nouvelles chaînes généralistes telles que nous les avons connues ces trente dernières années, mais une offre adaptée à la demande de chaque personne.

Chacun regardera les chaînes correspondant précisément à ses goûts et ses centres d’intérêts , en technologie HD, voire 3D !