Nous voilà donc tous entrés dans l’ère du lounge. à Dakar, Ko Samui, Tokyo, New York ; à Paris, Fort-de-France ou aux Trois-Ilets, partout fleurissent bars et restaurants lounge. Depuis quelques années, personne n’échappe à la tendance. Après le boulot, pour l’apéro, avant le dodo : c’est ZE place to be. Le concept ? Des fauteuils enveloppants, des tables basses, une lumière tamisée et une musique easy-listening. En gros, tout est mou.
Alangui sur votre coussin, vous sirotez votre verre en blaguant avec les copains, pas mécontent que les fauteuils à ras du sol obligent les filles à adop-ter d’improbables positions pour éviter que leur jupe ne révèle leurs dessous chics à chaque mouvement de jambe. Mais quand arrivent les assiettes, ça se complique pour tout le monde. Impossible d’attaquer une solide entrecôte ou une bonne fricassée de cabris à moitié allongé sur un sofa. On vous propose donc une carte lounge, elle aussi. A mi-chemin entre tapas et cocktail food, le menu se résume souvent à une dizaine de préparations aussi faciles à avaler qu’à cuisiner, le talent du chef consistant avant tout à vous présenter l’ensemble dans des plats miniatures aux formes recherchées. Allez, je suis sévère. Il y a parfois une certaine créativité. Surtout sur l’addition. Qui contrairement à la musique, n’a, en général, rien d’easy.
En somme, vous payez assez cher pour sortir… dans votre salon. Car c’est bien l’origine du mot lounge. Dès les années 50, le célèbre lounge chair des époux Eames symbolise un nouveau style de vie bercé par une musique que l’on retrouvera plus tard dans les ascenseurs. De grand designers s´occupent d’aménager ces bars et restaurants d’un nouveau genre qui ouvrent généralement dans les quartiers les plus branchés des capitales. Et désormais dans nos villes. Avec un avantage certain dans nos contrées tropicales, le climat permettant d’aménager le “salon” autour d’une piscine, face à la mer ou à ciel ouvert.
Reste à expliquer le succès mondial du lounge. Certes, il permet de retrouver ses amis avec un petit air de “comme à la maison”. Avec un atout certain : ne pas envahir votre propre domicile. En outre, la quantité de fauteuils confortables est forcément plus importante que chez soi, tout comme la gamme des cocktails. Mais ça ne suffit pas à justifier une ruée vers ces lieux branchés.
En fait, les bars lounge semblent marquer les dernières étapes d’une marche vers le mou qui a commencé il y a près d’un demi-siècle. On a d’abord viré les canapés de nos grands-mères où, quoi qu’on fasse, on se tenait droit comme des i. On a ensuite remplacé les voltaires des salons par des fauteuils clubs dans lesquels on peut se pelotonner et des divans où l’on peut s’allonger. Avez-vous déjà imaginé ce que serait une soirée télé en famille si chacun devait rester le dos droit, les jambes à l’équerre durant les deux heures du film ?
à ce train-là, nous pourrions bien finir par vivre couchés. Nos smartphones, nos tablettes nous permettent déjà d’être connectés au monde entier depuis notre lit. C’est peut-être notre avenir. Après avoir mis 1,5 million d’années à nous redresser, nous pourrions devenir des homo lounge.