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DOSSIER BIO : Vivre bio sous les tropiques
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DOSSIER BIO : Vivre bio sous les tropiques 

Le bio serait-il entré dans les mœurs sous nos latitudes ? Auparavant réservé à une élite, le marché des produits bio semble se démocratiser dans nos régions, malgré des tarifs plus élevés et un approvi-sionnement parfois aléatoire. Le marché du bio progresse, et les adeptes se multiplient. Photographie d’un secteur dynamique.

« Le bio c’est l’avenir », assurent les acteurs de la filière biologique. Agriculteurs, distributeurs et restaurateurs s’accordent sur ce point : la progression des ventes est réelle et les clients sont de plus en plus exigeants. « Cette catégorie de produits rencontre un vif succès dans notre magasin, avec une augmentation des ventes de 4 à 5% chaque année », confie Nicolas Jorge, manager de département à Carrefour Cluny. Chez David Dondin, agriculteur à Saint-Joseph, la croissance est aussi au rendez-vous : « sur notre exploitation, Bouliki Bio, notre chiffre d’affaires augmente de 50% chaque année ! ». En Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, les surfaces agricoles dédiées au bio s’étendent : + 1,2% en Martinique, + 0,5% en Guadeloupe et + 9,6% en Guyane entre 2008 et 2011, selon une étude financée par l’Office de Développement de l´Economie Agricole des Départements d’Outre-Mer. Dans chaque département, on comptait environ 30 exploitations certifiées en 2014. Le secteur de la distribution s’étoffe lui aussi, avec une progression du nombre de points de vente sur les trois territoires en 2014, selon l’agence Française pour le Déve-loppement et la Promotion de l’Agriculture Biologique.

L’alimentaire, tête de proue du secteur

Aujourd’hui, le segment de l’alimentaire est le plus représenté dans la consommation bio des antillo-guyanais. Chez Diet Discount, leader de la distribution de produits bio en Martinique et en Guadeloupe, l’alimentaire constitue 70% des ventes. « Nos produits les plus vendus sont les laits, les fromages, les pâtes aux céréales…et les noix de cajou ! », confie Olivier Moses, directeur général de l’enseigne. à Carrefour, le caddie des clients contient aussi des produits d’épicerie, comme le lait de soja et les biscuits. Côté producteur, les exigences portent avant tout sur la certification AB : « les clients, bien informés, recherchent des produits labellisés, issus de semences bio et cultivés sur des parcelles contrôlées par Ecocert », explique Alexandre Terne, chef de l’exploitation Bio Peyi Nou au Lorrain. Pour autant, la cosmétique et les compléments alimentaires effectuent une belle percée, comme l’attestent les ventes des boutiques spécialisées. « Mes plus grosses ventes se font sur des gélules contre le cholestérol, le dia-bète et les douleurs. Mes clients optent pour le bio parce qu’ils craignent les effets secondaires des médicaments », explique Alex Lahsley, gérant du magasin Natural Diet à Cayenne. Les commerçants constatent aussi une volonté de plus en plus affirmée de revenir à des produits naturels. Peggy Nirdé, gérante de Bio Céleste à Fort-de-France compte parmi sa clientèle « de plus en plus de femmes qui se tournent vers des soins bio pour traiter leur cheveu afro-antillais, qu’elles laissent désormais pousser au naturel ».

« Ma santé n’a pas de prix »

Le profil des clients des producteurs et distributeurs bio est très hétéroclite. Des mères de famille, des hommes, des personnes âgées, des sportifs… « Nous comptons aussi beaucoup de clients adventistes et rastas », complète Olivier Moses. Avec un panier moyen compris entre 25 et 100 euros selon les lieux de vente, les « consomm’acteurs », ou consommateurs citoyens, considèrent leur acte d’achat comme un investissement rentable pour leur santé physique et spirituelle, en plus de préserver la planète. « Je préfère que ce soit la terre qui me nourrisse, et éviter tout ce qui pourrait contenir des résidus chimiques », explique Trinité, rasta. Pour Gabrielle, « c’est un choix de vie, explique-t-elle. Du pain aux fruits en passant par le vin rouge, l’essentiel de mon alimentation est bio. Mes produits ménagers et mes cosmétiques le sont aussi. Mon budget bio est de 600
euros par mois ». Pour Caroline, c’est la maladie qui l’a orien-
tée vers ce type de consommation. « J’ai souhaité manger sainement, pour être actrice de ma guérison. Je ne regarde pas la dépense, car ma santé n’a pas de prix !», précise-t-elle. Le secteur bio a  visiblement de beaux jours devant lui !

Par Marie Ozier-Lafontaine

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