Vous avez forcément terminé un jour un dîner en faisant un tour de table pour savoir ce que chacun ferait avec une lampe d’Aladin ou une baguette magique. Et si ce n’est pas le cas, faites le test. Vous pouvez prendre le pari qu’au moins un des invités fera le vœu de rendre possible la téléportation. La probabilité augmente si vous avez autour de vous des amateurs de science fiction, et elle devient maximale si ce sont des fans de Star Trek. Cette série devenue culte a rendu célèbres le capitaine Kirk, M. Spok et l’Enterprise mais surtout, elle a fait connaître à des millions de téléspectateurs, les principes de la téléportation. Au cas où vous auriez vous-même habité une autre galaxie durant les quatre dernières décennies, la téléportation est la capacité d’aller d’un point A à un point B sans passer par d’autres points. Notre matière ne bouge pas. C’est l’information de notre matière seulement qui déménage.

Personnellement, chaque fois que je me retrouve dans un embouteillage (et selon un rapide calcul, cela représente plus de 300 heures par an) je mets toute mon énergie, toute ma concentration à essayer de me téléporter. Jusqu’à présent, j’ai toujours échoué, contrainte de poursuivre mon périple de molokoï comme mes frères automobilistes, tous collés au goudron, incapables de nous exonérer de notre masse.

Pourtant, imaginez un peu ce que serait notre monde, sans transport. Du moins sans transport matériel. Je suis à Fort-de-France et instantanément, je peux être à Pointe-à-Pitre ou à Cayenne. Entre les deux, pas de déplacement de masse ou d’énergie. Juste une information qui permet de me « reconstituer » à l’arrivée dans le même état qu’au départ. Finis les voitures, les embouteillages, les routes, la crise du pétrole, la pollution, le temps perdu, les grèves de taxis… (Réfléchissez encore, la liste des bénéfices est impressionnante).

à ce point de la chronique, vous pouvez douter de ma santé mentale. Et bien, vous avez tort. Enfin, en partie. Parce que ce principe est celui de la physique quantique connu depuis près d’un siècle. Et il y a un an à l’université de Genève, l’équipe du professeur Nicolas Gisin a réussi à téléporter un photon sur 25 kilomètres. Vous êtes perdu ? Le chercheur expliquait ainsi son expér-ience en décembre dernier sur France Info : “On a un canard en pâte à modeler d’un côté qui perd toute sa structure, ça devient une pâte informe, et de l’autre côté on avait une pâte informe qui acquiert l’exacte structure, jusqu’au dernier détail atomique, du canard initial. Sauf que nous on fait pas ça avec des canards mais avec des photons, des particules de lumière”. Ca devient plus clair, non ?
Bon d’accord, plus on creuse le sujet, plus on se pose de questions. Mais quand même, reconnaissez que mon délire a une base scientifique !

Une base seulement parce que les chercheurs ne savent actuellement téléporter que de minuscules particules, pas même une cellule. Alors un humain entier… Mais ça n’empêche pas de rêver, n’est-ce pas ? Allez hop : demain, je vais prendre le petit déjeuner en Patagonie !