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CHRONIQUE DE A : la case de demain 

La longue lumière jaune de l’après-midi caressait les herbes hautes qui se relevaient enfin de l’écrasante chaleur de la mi-journée. Un doux alizé rafraîchissait la petite galerie devant la maison, sous laquelle était installée la moitié de la famille. Une solide quadragénaire nattait patiemment la dernière de ses filles en échan-geant les milans du week-end, leur tranquille bavardage rythmé par les claquements énergiques des dominos que posaient tour à tour les trois hommes assis autour de la table voisine. Un peu plus loin, quelques poules et un cabri se partageaient l’ombre d’un énorme manguier. Et comme personnage central de cette scène dominicale, une case de bois grisé. La petite maison posée sur de gros silex était couverte d’un toit de tôle où la rouille avait commencé son œuvre comme les rides sur un visage.

Voila l’une des premières images que j’ai gardée de mon arrivée en Guadeloupe. Je me souviens aussi de mon étonnement devant cet habitat si fragile dans une région en proie aux ouragans. Quelques semaines plus tard, j’avais la réponse à mes interrogations. Le cyclone Hugo avait, certes, renversé bon nombre de ces cases mais j’ai vu plusieurs d’entre elles remises sur pieds par les pompiers, comme s’il s’était agi de redresser un jouet bousculé par le vent.

Je ne décris pas un passé séculaire. C’était il y a moins de trente ans. Aujourd’hui, les villas de béton ont remplacé les petites maisons de bois et des clôtures ceignent les jardins. Il ne reste de ces cases que quelques traces éparses, rongées par le temps et… une farouche volon-té de continuer à posséder sa maison ! Renoncer aux poules et aux cabris d’accord, mais pas à son morceau de terrain ! Même si nous vivons aujourd’hui concentrés autour des grands pôles économiques, nous voulons notre villa. L’immeuble n’est pas un idéal. Il existe bien des programmes d’habitats collectifs résidentiels ;
mais ils séduisent plus l’investisseur que l’occupant. Dans l’ensemble, nos villes sont plates. Et nos urbanistes s’arrachent les cheveux. Pour eux, l’habitat de demain devra être vertical, même dans nos petits territoires. Justement parce qu’il n’y aura pas de place pour que chacun ait sa villa. Mais aussi parce que ce rêve de propriété individuelle est le cauchemar des aménageurs publics. Pour construire sa maison, on n’hésite pas à s’éloigner de son lieu de travail et on génère des embouteillages insolubles.

Alors comment vivre ensemble autrement ? Dans les grandes villes occidentales, on voit ressurgir un vieux rêve des années 70 :
l’habitat groupé. Le principe est simple : plusieurs familles ou amis habitent un même lieu qui comprend des parties privées et des parties collectives (jardin, atelier de bricolage etc… ). Economique et écologique, l’habitat groupé séduit de plus en plus de jeunes urbains. Avec quelques contraintes : bien s’entendre d’abord mais surtout auto-
gérer les parties communes. Et c’est sans doute là qu’est le plus grand défi de la ville de demain : jouer à nouveau collectif !

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