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LA CHRONIQUE DE A. : si jeunesse pouvait, si vieillesse savait…
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LA CHRONIQUE DE A. : si jeunesse pouvait, si vieillesse savait… 

Non, je ne suis pas en train de faire le poirier ! La très ancienne citation qui prêtait à la jeunesse la force et à la vieillesse la sagesse, se trouve aujourd’hui toute chamboulée. Prenez le champ professionnel. Phagocyté par la technologie et l’informatique, il relègue l’expérience au rang de la ringardise. Les plus jeunes qui ne vont pas tarder à nous demander à quoi sert un stylo et qui n’ont jamais posté une lettre dans une boite jaune, observent avec pitié leurs ainés pester chaque fois qu’on leur demande de maitriser un nouveau logiciel en une heure chrono. Ils se marrent quand leur supérieur plus âgé se voit contraint de les consulter pour installer une mise à jour sur son nouveau téléphone parce qu’il ne retrouve plus rien dans sa liste de contacts. Ils soupirent quand leur chef se lance dans des explications à rallonge sur les avantages de l’ancien système. Ils lèvent les yeux au ciel quand ils découvrent que, depuis des années, leur collègue perd de précieuses minutes sur ses opérations puisqu’il n’a jamais compris comment utiliser les formules booléennes dans un tableau Excel. Et ce n’est pas beaucoup mieux dans la sphère privée. L’omniprésence des réseaux sociaux renvoie à la préhistoire, toute information datant de plus d’un an, voire d’un mois. Le savoir des anciens dans ce contexte ?
Une blague !
Les jeunes savent, donc. Mais pourquoi ne peuvent-ils pas ? Et bien parce qu’ils n’en ont pas les moyens financiers. Il y a encore deux générations, le risque de s’appauvrir augmentait avec l’âge. Aujourd’hui, c’est l’inverse. L’INSEE, en 2009, calculait que le taux de pauvreté des 18-25 ans était de 60 % plus élevé que celui de l’ensemble de la population française. Et ça ne va pas en s’arrangeant. Surtout dans nos régions où le taux de chômage des moins de 25 ans atteint des sommets hallucinants. Faute de travail, et surtout faute de CDI, les plus jeunes sont les plus exposés à la précarité. Et comme ils se mettent en couple plus tard que leurs parents, ils voient leur maigre budget essoré par les charges de la vie courante. Cacahuète sur le gâteau de la précarité :
leur capacité à devenir propriétaire s’amenuise et leurs chances de se constituer un patrimoine immobilier diminuent d’autant.
J’entends d’ici, amis lecteurs de plus de trente ans, votre tchip discret mais plein de scepticisme. La galère n’est pas réservée aux jeunes du 21° siècle, pensez-vous agacés. Vous aussi avez eu votre part de petits boulots mal payés avant de décrocher le poste enviable que vous occupez aujourd’hui. Les plus énervés cesseront même peut-être de lire la suite en pensant à tous ces jeunes oisifs (faignants, oui !) qui ne se donnent aucun mal pour travailler.
On aurait tort cependant de sous-estimer l’inquiétant bouleversement que suppose ce nouvel équilibre. D’un coté, des jeunes qui méprisent les vieux dont la sagesse et l’expérience sont désormais perçues comme inutiles et de l’autre, des anciens qui se recroquevillent sur leurs acquis en assistant impuissants au galop de la technologie. Cette équation, la jeunesse qui ne peut plus et la vieillesse qui ne sait plus n’a qu’un résultat : la frustration à tous les âges.

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