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Le lobbying n’est pas un gros mot

Ophélie Ferrare

A une époque où l’on encense la démocratie participative, où la concertation publique est devenue souvent obligatoire, mais de toute façon nécessaire pour les projets d’aménagement de notre cadre de vie, n’est-il pas temps de reconsidérer avec bienveillance le lobbying ?

Il était une fois, au pays du « contrat social » de Rousseau, un État où la conception de l’intérêt général ne devait pas résulter de la somme des intérêts particuliers. La loi étant « l’expression de la volonté générale », il n’y était pas permis de considérer que des groupes d’intérêts particuliers puissent tenter d’influencer le législateur. Seulement voilà, la France, comme l’ensemble des démocraties, a vu émerger cette profession de lobbyiste, à cette différence près : la suspicion générale dans ce pays entoure ce métier consistant à faire valoir l’intérêt d’un groupe d’intérêt spécifique. Et les Français de confondre les affaires de corruption avec les pratiques du lobbying.

Pourtant, le lobbying n’est pas nécessairement illégal ou immoral. Au contraire, on pourrait assimiler l’action du lobbyiste à celle d’un expert qui agit pour une mise en pratique saine de la démocratie. La preuve : toutes les ONG, fondations et autres associations y ont recours pour faire évoluer la réglementation dans ce qu’il est commun d’appeler « le bon sens ».

Le lobbying, ou communication d’influence, permet à chaque partie prenante de se faire entendre par les pouvoirs publics, d’apporter son expertise, fruit d’une analyse méticuleuse et d’une expérience propre. N’est-il pas temps de reconsidérer avec bienveillance cette pratique ?

A La Réunion, si on a besoin de s’adresser à une institution locale, nous avons tous•toutes (ou presque) une voisine dont le frère travaille dans l’une ou un cousin éloigné en mission pour l’autre. Par contre, communiquer avec des instances nationales ou européennes peut sembler une utopie.

Pour ce qui est des institutions locales, le fait de connaitre « quelqu’un » de manière directe ou indirecte ne signifie pas que cette « connaissance » travaille ou ait accès à la direction qui concerne le sujet que l’on a à traiter. D’autre part, il faut avoir bien conscience de l’importance du respect de la hiérarchie au sein de toute collectivité, et que le pouvoir décisionnaire est souvent concentré dans quelques postes. Et enfin, le fait de demander à une connaissance d’essayer de prêcher pour votre paroisse n’est-il pas plus amoral que de s’adresser à un professionnel qui vous aidera à ficeler votre dossier avec rigueur et établir une stratégie adaptée à vos objectifs et à vos besoins ?

Quant à l’influence dans les sphères nationales ou communautaires, le lobbying est un outil stratégique qui n’est pas destiné uniquement aux structures les plus grosses. Une organisation, quelle qu’elle soit, va être influencée par les règlementations et normes nationales et européennes à venir. De plus, il est possible de créer un véritable avantage concurrentiel, notamment en anticipant les effets d’une norme future grâce à la veille mise en place par le professionnel. Et si les enjeux sont réels, pourquoi ne pas faire appel à un expert de la communication d’influence ?
Les aptitudes et qualités requises sont diverses : effectuer une veille règlementaire accrue afin d’anticiper, évaluer de manière précise les conséquences de la mise en pratique d’une norme ou d’une autre, sélectionner les cibles adaptées aux besoins, sentir le moment propice, adapter les demandes et le langage en fonction des cibles… Pour être crédible, un lobbyiste se doit aujourd’hui de travailler avec éthique afin de préserver son réseau. Réseau sans lequel il ne peut pas exercer !

Ophélie Ferrare
Consultante senior en relations institutionnelles
oferrare@runconcept.re

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