Hors série Karumag

Aux origines de la mi-carême

AUX ORIGINES DE LA MI-CARÊME

Le Mercredi des Cendres a jeté son voile noir sur la Guadeloupe. Tristesse, pleurs, rien ne semble pouvoir consoler les veuves de Vaval. Sauf peut-être la mi-carême, cet autre carnaval où l’on fait une pause pendant les privations du carême. D’où vient cette tradition ?  Décryptage avec Louis Collomb, le président de l’Office du carnaval de Guadeloupe.

Propos recueillis par Willy Gassion

Qu’est-ce que le carnaval de la mi-carême ? 

Louis Collomb : la tradition de la mi-carême est liée à la représentation d’une vieille femme qui symbolise le carême. Cette tradition existait dans de nombreuses régions de France. Le défilé carnavalesque de la mi-carême n’avait lieu au départ que dans la région parisienne, probablement pour rivaliser avec le défilé du Mardi Gras qui était le grand carnaval de Nice. Lors du défilé de la mi-carême, les carnavaliers pourchassaient la représentation de la vieille femme avec un sabre pour la couper en deux. Les personnages mythiques de la mi-carême comme le bœuf, la vieille femme et les mariages d’enfants vont générer, au 19ème siècle, de grandes fêtes et parades.

Qu’en est-il de la Guadeloupe ? 

Ce sont précisément ces fêtes qui sont transposées aux Antilles et en Guadeloupe, en particulier. Le hasard de l’histoire : l’éruption de la Montagne Pelée en 1902 a cassé pendant un temps à Saint-Pierre toutes les manifestations liées au carnaval. Ce qui a sans doute eu une incidence sur la disparition de la mi-carême en Martinique. En revanche en Guyane comme en Guadeloupe, la tradition de la mi-carême perdure.

ORIGINS OF MI-CARÊME

Once Ash Wednesday throws its dark veil over Guadeloupe, the grieving and sorrowful widows of Vaval become inconsolable. Except, perhaps, at Mi-Carême, the fourth Thursday of Lent, which offers respite from the Lenten privations. What are the origins of this tradition? Louis Collomb, President of the Office of Carnival in Guadeloupe, explains.

What is the Mi-Carême carnival?

Louis Collomb: The tradition of Mi-Carême is related to the symbolization of Lent as an old woman. This symbolism existed in numerous regions of France. At first, the Mi-Carême carnival parade took place only in the region of Paris, probably to rival Nice’s grand Mardi Gras parade. At the Mi-Carême parade, carnival-goers, with sabers in hand, would pursue the old woman representing Lent to cut her in half. The traditional characters of Mi-Carême, such as the ox, the old woman, and the marrying children, all made their appearance at great celebrations and parades in the 19th century.

What about Guadeloupe?

These celebrations were brought to the French West Indies and notably to Guadeloupe. The vagaries of history likely contributed to the disappearance of Mi-Carême celebrations in Martinique.  The eruption of Mount Pelée in 1902 halted for a time all carnival celebrations in Saint-Pierre, then the island’s cultural capital. However, in French Guiana, just as in Guadeloupe, the tradition of Mi-Carême continues.

Comment la mi-carême a-t-elle été adaptée en Guadeloupe ? 

Toute la symbolique liée à la vieille femme a disparu en Guadeloupe, nous n’avons conservé que les défilés et l’habit noir et blanc jusqu’au jour où les couleurs de la mi-carême chez nous sont devenues le rouge et le noir. Il fallait dissocier le Mercredi des Cendres de la mi-carême. Ceux dont moi qui organisaient le carnaval ont décidé, au début des années 1980, de garder le noir et de troquer le blanc contre le rouge. On refait à la mi-carême ce qu’il se fait le Mercredi des Cendres, mais sans Vaval.

La mi-carême connait-elle en Guadeloupe le même engouement que les défilés des jours gras ? 

Il y a de moins en moins de pratique de la mi-carême. C’est une manifestation qui s’étiole. Dans les années 1970, le Comité de carnaval de Pointe-à-Pitre s’appelait le Comité de la mi-carême, ce qui montre bien l’importance qu’avait cette manifestation. Le célèbre groupe Plastic Boys a fait sa première sortie lors d’une mi-carême. Aujourd’hui, il est nécessaire de mieux ancrer la mi-carême dans nos pratiques culturelles si on ne veut pas la voir un jour disparaitre.

How has Mi-Carême changed in Guadeloupe?

All the symbolism related to the old woman has disappeared in Guadeloupe. We kept only the parading in black and white dress, up until the moment when the colors of Mi-Carême became red and black. Ash Wednesday had to be disassociated with Mi-Carême. Those responsible for organizing carnival, myself included, decided in the early 1980s to keep the black and switch out the white for the red. We redo at Mi-Carême what is done on Ash Wednesday, but without Vaval.

In Guadeloupe, is there the same enthusiasm for Mi-Carême as there is for the feast day parades?

Fewer and fewer people celebrate Mi-Carême. It’s an event that is slowly dying out. In the 1970’s, the Carnival Committee of Pointe-à-Pitre was called the Mi-Carême Committee, which shows just how important the event once was. The famed group, Plastic Boys, made its debut during a Mi-Carême. At this point, Mi-Carême needs to be more strongly rooted in our cultural practices if we don’t want to see it disappear entirely.

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