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La sieste 

« Faire un somme » au travail est une pratique de plus en plus répandue, que ce soit en Chine, au Japon ou en Espagne. De grandes entreprises lui font la part belle : Renault propose un « calm space » qui accueille en moyenne 60 personnes par jour, Criteo a créé une « zen room » pour le repos, ainsi que Adidas dans les locaux de son siège français. Les seules consignes : enlever ses chaussures, éteindre son téléphone, ne pas manger… et ne pas travailler. 

Ne pas travailler : ce commandement semble surprenant à première vue dans une entreprise. Alors que l’on est engagé justement par contrat pour travailler ! Serait-ce une erreur de ne pas s’arrêter, de se laisser abrutir au travail sans perdre une minute, sans prendre du recul ? Oui, car ce n’est pas productif… Il n’est pas de profession qui ne comporte une part de création. Ce que les sociologues ont défini comme « l’innovation ordinaire » : la possibilité de s’adapter, de modifier, parfois même de transgresser les règles. La créativité n’est pas l’apanage des grands créateurs, elle est nécessaire dans l’organisation de tout travail, rien de bon ne se fait sans invention.

Durant des siècles, les mérites du travail et de la persévérance ont été exaltés. Par conséquent s’arrêter de travailler était une preuve de paresse et pire condamné comme un horrible péché, la paresse faisant partie des sept péchés capitaux, à la source de tous les autres : « la mère de tous les vices »… 

De nos jours, on ne parle plus de paresse, mais du bon usage du temps, l’inactivité étant stigmatisée. Il est même nécessaire de « gagner du temps » à tout prix : les repas préparés, les cuissons rapides, la vitesse des trains et des voitures, jusqu’aux rendez vous professionnels et amoureux transformés en speed-dating, toutes ces solutions qui devraient offrir du temps « libre », ou des pauses nécessaires, permettent en fait d’ajouter d’autres activités, culturelles ou sportives, il est impensable de rester sans rien faire… Jusqu’aux enfants qui sont accaparés par des activités
« extra-scolaires » pour ne surtout pas rester inoccupés…

Pourtant dans nos vies surchargées, il est plus que jamais nécessaire de rester sans rien faire, comme il est exigé dans les zones de repos. Pour trouver des moments de repli en soi-même, pour faire le vide, pour s’ennuyer ou s’endormir, au choix. Ces moments jouent un rôle caché, mais vital dans nos réflexions, à notre insu le plus souvent, ils sont le creux qui donne du relief aux pensées. De la même façon, il faut laisser aux enfants le temps de « rêvasser » sans stimulants extérieurs pour qu’ils puissent construire leur monde intérieur.

En reprenant le célèbre dicton qui affirme que « la nuit porte conseil » on pourra dire aussi que « la sieste porte conseil »…

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