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Plaire et toucher 

« La principale règle est de plaire et toucher, toutes les autres ne sont faites que pour parvenir à cette première. » Telles étaient les contraintes fixées par Racine au XVII° siècle pour écrire une tragédie. 

Cette règle de « plaire et toucher » est aussi celle du monde moderne des media, de la politique, de l’éducation… Il faut plaire aux électeurs, il faut plaire aux élèves, comme plaire à un public de spectateurs, il faut plaire à tout prix et à tout âge et si vous ne plaisez pas cela sera de votre faute, vous n’aurez pas fait ce qu’il fallait ou comme il le fallait…

Mais plaire ce n’est pas convaincre, ni argumenter, ni expliquer. Nous sommes entrés dans un monde d’émotions : l’émotion commande, la raison est mise de côté… Pour preuve, les grands moteurs de recherche sur Internet financent les linguistes pour repérer les « sentiments » dans les appréciations publiées sur tout type de produits ou de services : livre de poche, baignoire pour bébé ou croisière fluviale. On classe les appréciations en trois grandes catégories « positive »,
« négative» et « neutre ». 

L’usager est sommé de donner son avis le plus vite possible, juste après un achat. Mais comment « noter » un produit ou un service, en dehors d’une comparaison rigoureuse, point par point ? Il est admis dans ces résultats que le consommateur reste émotivement attaché à ses impressions les plus marquantes, excellentes ou très mauvaises. Qu’il est donc incapable de noter rationnellement. 

On parle même de « marketing émotionnel ». Pour provoquer l’émotion il faut raconter une histoire, inventer des personnages, créer un décor quel que soit le produit : parfum ou voiture, couches pour bébé ou gestion bancaire. Il faut susciter tantôt des envies de luxe, de fantaisie tantôt des envies de sécurité, de confort …

En politique aussi il faut plaire à tout prix. La télévision a accentué le phénomène, ce ne sont plus les paroles de l’orateur sur l’estrade en public qui comptent, non c’est l’intimité du studio d’enregistrement, parfois transformé en salon confortable pour se rapprocher des électeurs, pour les « séduire ». L’opposé tout aussi artificiel consiste à les « toucher », à les surprendre, dans une arène bien éclairée, en provoquant des duels mis en scène comme des spectacles avec des gagnants et des perdants. 

Plus question de raisonner ni de comprendre, il suffit de ressentir, retrouver l’état d’enfance où la force des émotions l’emporte sur tout le reste. Ne serait-il pas temps de redevenir adulte ? D’oublier les images, la musique, la mise en scène, retrouver le temps du calme et de la réflexion pour se faire une opinion ?

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