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Kora Bernabé : pasionaria de la filière cacao
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Kora Bernabé : pasionaria de la filière cacao 

Ingénieure agronome et productrice de cacao, Kora Bernabé affiche un CV qui laisse admiratif. La plus jeune élue de l’île est également présidente de l’association des producteurs de cacao de Martinique, Valcaco. Depuis 3 ans, avec tous les acteurs de la filière, elle guide activement la remise sur pied et la structuration de la filière cacao. Parcours sans faute.

Propos recueillis par Mathieu Rached

Comment devient-on présidente de Valcaco ? 

(rires) Il a déjà fallu que la filière redémarre pour que Valcaco existe ! Il  fallait un projet crédible et fédérateur. Alors que la filière était tombée dans l’oubli, en 2012, la Région a donné une impulsion en faveur du cacao en Martinique. Dix producteurs se sont alors fédérés avec les acteurs de la filière que sont la chambre d’agriculture et le PARM, ainsi que les principaux transformateurs de l’île autour de cette structure coopérative baptisée Valcaco. Et j’ai été élue en 2015 pour mener ce projet en coordination étroite avec les équipes du PARM. Nous avons notamment au sein des locaux du PARM notre outil mutualisé transitoire où se déroulent les étapes de fermentation, séchage et conditionnement du cacao produit par les adhérents de Valcaco.

Vous parlez de filière tombée dans l’oubli, mais les cacaoyers n’avaient pourtant pas disparu de Martinique. 

Non bien sûr, ils n’avaient pas disparu mais la production était devenue anecdotique. C’est grâce à l’engagement, la persévérance, le courage et la passion d’une poignée de producteurs que cette filière a pu renaître. Moi même, j’ai grandi au Carbet, entourée de cacaoyers anciens sur la propriété de mon grand père. Jamais, lui qui a été chef d’atelier chez Peugeot toute sa vie, n’avait imaginé que l’Habitation Vergées redeviendrait une plantation de cacao, qui plus est, que sa petite fille en serait l’instigatrice. (sourires)

Il suffisait de redémarrer les récoltes ? 

Sur le papier oui, en réalité l’enjeu était de définir ce qu’il fallait planter et où il fallait le planter. Il nous a donc fallu recenser et localiser tous les endroits où des cacaoyers étaient présents sur l’île, puis en identifier les différentes variétés, caractériser leurs qualités sensorielles et leurs propriétés physico-chimiques.

Ensuite seulement, nous avons pu concevoir un programme cohérent de redéploiement des plantations de cacao.

Trois ans après la création de Valcaco où en est-on en termes de production ? 

Il était primordial d’aborder cette filière de manière très structurée et en s’appuyant sur des outils et des process de qualité avec notamment l’analyse de la signature génétique du cacao cultivé en Martinique. Nous avons pris le temps de bien faire les choses. Puis fin 2017, nos efforts ont été récompensés, nous avons été primés aux International Cocoa Awards au Salon du chocolat de Paris qui nous ont classé dans les dix-huit meilleurs chocolats au monde, parmi cent soixante-six participants issus de quarante pays ! Dernièrement, après une période d’incertitude, le budget complémentaire nécessaire pour poursuivre notre projet a finalement été alloué par le président du Conseil Exécutif de la CTM Alfred Marie-Jeanne, ce qui nous permet de nous projeter, de poursuivre le travail entamé avec et par les planteurs, le PARM et de prévoir les futures étapes clés de la filière. 

Valcaco fait d’ailleurs partie des projets retenus dans le cadre des Assises des Outremers ? 

Oui, notre projet qui a été sélectionné vise la mise en place d’un véritable atelier mutualisé, d’une pépinière, et à nous doter de nos propres outils de transformation. Nous avons été reçus à l’Élysée le 28 juin au moment de la remise au Président de la République du livre bleu qui synthétise les projets retenus. L’aide qui en découlera sera un formidable accélérateur pour le développement de cette jeune
filière !

Comment expliquez-vous ce succès très rapide, en quelques années à peine ? 

Sur dix variétés de cacao dans le monde on en retrouve sept en Martinique, on avait donc une forte diversité de départ. Mais au delà de la variété de cacao, c’est la terre qui à mon sens joue un rôle déterminant. Les nombreux terroirs de la Martinique influencent directement la qualité du cacao, permettant d’obenir des notes aromatiques différentes entre un cacao du Carbet et un autre de St Joseph… Prochaine étape : une labellisation « effet terroir » qui démarquera le cacao d’excellence produit sur notre île et le chocolat fin made in Martinique.

C/o Le PARM 375, Impasse Petit Morne 97232 Le Lamentin

+ 596 696 44 26 30 

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