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Aurélie Nella – CTM: une rentrée universitaire revue et corrigée
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Aurélie Nella – CTM: une rentrée universitaire revue et corrigée 

En tant que Conseillère Exécutif en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, Aurélie Nella fait le lien entre les établissements et la CTM. En première ligne, elle et son équipe observent, étudient et veillent à ajuster les logiques d’intervention de la Collectivité en faveur de l’Université et des étudiants. Rencontre sur le campus.

Propos recueillis par Mathieu Rached

A quelques jours de la rentrée universitaire, le budget annuel de la CTM pour l’Université vient d’être voté ?  

Aurélie Nella : Oui. II s’élève à 856 000 €
pour l’année universitaire 2018/2019. Il fait suite à un appel à projets sur les orientations de l’Université qui, cette année, était encadré d’une manière un peu différente, au sens où la CTM avait défini les axes importants sur lesquels elle était prête à s’engager, sur la base du schéma stratégique territorial. Autrement dit, il s’agit de s’inscrire dans une démarche de projets concertés sur la base d’axes stratégiques visant à ajuster les formations aux réalités du terrain et aux mutations internationales, renforcer le partenariat avec les acteurs économiques, améliorer l’attractivité du Pôle universitaire de Martinique, assurer une meilleure employabilité et insertion des étudiants. Par ailleurs, s’agissant du financement de ces projets, la Collectivité a aussi souhaité mieux accompagner les porteurs de projets vers la mobilisation des fonds européens dont elle est désormais autorité de gestion. 

C’est une manière d’optimiser le financement de l’Université ?

En effet, nous avons jugé que de pouvoir accompagner l’Université face à la complexité administrative inhérente aux demandes de fonds européens faisait partie de notre responsabilité mais aussi de notre engagement, afin d’optimiser les propres dépenses et investissements de la Collectivité. Cette articulation fonds européens/ fonds CTM, nous permet à la fois de mieux soutenir l’Université et de mobiliser davantage les fonds européens disponibles.

Concrètement, comment avez-vous procédé ? 

Grâce au précieux concours de nos collaborateurs CTM et du Pôle Martinique, nous avons identifié des projets potentiellement éligibles aux fonds européens. Les dossiers non éligibles ont été financés dans le cadre de la dotation exclusivement CTM votée en plénière ; les autres le seront via un financement fonds européens au fur et à mesure que les dossiers seront déposés en bonne et due forme. Pour cela, les porteurs bénéficient d’un accompagnement particulier des services de la CTM en lien avec le Pôle Martinique. A cette occasion on s’est, par exemple,  rendu compte que beaucoup de laboratoires ne mobilisaient pas les fonds européens qui correspondaient à leurs activités.

En matière de diplômes, quelles sont les nouvelles formations qui seront dispensées en Martinique ? 

La liste a été validée pendant les grandes vacances. Après que les Conseils de l’Université Pôle Martinique et ses partenaires, le rectorat, les socio-professionnels et la CTM ont défini ensemble les orientations nécessaires en matière de formation et de recherche, l’Université a obtenu l’accréditation de sa nouvelle offre de formation. Ainsi, figurent désormais 3 nouvelles licences en droit, administration publique, préparation au concours IEP ; 3 nouvelles licences en art, en sciences de l’éducation, et information communication ; 5 nouveaux Master :
études culturelles, études de créole, gestion environnement, monnaie / banque / finance / assurance, histoire / civilisation et patrimoine. Et aussi 11 licences professionnelles, importantes pour le rapprochement avec le milieu de l’entreprise, dont guide conférencier, gestion organisation de l’économie sociale et solidaire, maîtrise de l’énergie… 

Parallèlement, l’Université a présenté sa « politique de site » qui a été validée par le ministère début juillet pour la période 2017-2021, où l’offre de formation Post-Bac dans les lycées a également été enrichie. 

Comment sont choisies ces formations qui s’ajoutent au catalogue actuel ? 

Cette liste ne tient pas du hasard. Elle est le fruit d’une concertation avec les professionnels et les professeurs dans le cadre des instances de l’Université, avec pour objectif de répondre au mieux aux besoins du territoire, en tenant compte du profil de sa jeunesse. C’est un enjeu majeur pour l’attractivité du territoire et l’insertion de nos jeunes.

Lorsque certaines formations sélectionnées ne sont pas validées par la direction de l’Université ou le ministère de tutelle, sont-elles définitivement oubliées ? 

Si l’offre a été enrichie, nous regrettons néanmoins la non accréditations de 6 formations portées par le pôle Martinique. De nombreux étudiants de Martinique et d’ailleurs s’étaient même déjà positionnés d’autant qu’elles figuraient sur la plateforme Parcoursup. Ils ont dû être réorientés. J’espère néanmoins que ces formations qui n’ont pas été validées et qui seront retravaillées, pourront être accréditées prochainement.

Qu’est-il prévu pour les étudiants en médecine qui peuvent suivre uniquement la 1ère année en Martinique ? Existe-t-il une réflexion pour qu’ils poursuivent leurs études ici ?

La répartition des pôles Martinique et Guadeloupe veut que les étudiants martiniquais puissent suivre la 1ère année de cours ici et qu’ils aillent ensuite poursuivre les 2 et 3èmes années en Guadeloupe. C’est une filière très demandée et la suppression annoncée du numerus clausus est de bon augure. Nous souhaiterions parfaire cette complémentarité entre les pôles de l’Université des Antilles et accueillir en Martinique les années de cours suivantes afin d’assurer un cursus complet dans les Antilles. Ce n’est pour l’heure qu’un projet en discussion. C’est aussi dans cette optique que la création d’un pôle universitaire de santé regroupant les étudiants en médecine, les sages-femmes et les infirmières est fortement soutenue par la CTM. Les marchés sont lancés, le bâtiment devrait être livré en 2020 si tout se passe comme prévu. 

A propos des formations sanitaires et sociales dont dépendent notamment les infirmières, les modalités d’attribution des bourses sont-elles en train de changer ? 

L’accompagnement des bourses dans le domaine sanitaire et social dépend exclusivement des régions et donc de la Collectivité. En 2017, 548 étudiants étaient ainsi accompagnés représentant un investissement de 1,6 million d’euros. Il s’agit des étudiants relevant des écoles partenaires rattachées au CHUM et l’Institut de Formation aux Métiers Educatifs Sanitaires (IFMES). La CTM s’est inscrite dans une nouvelle ingénierie de financement et a validé le cofinancement des formations sociales via le FSE Inclusion. Un cofinancement qui permettra d’envisager une revalorisation de leur montant et un meilleur accompagnement des structures de formation au service des étudiants. 

Certaines formations vont être complètement revues…

Parallèlement à la procédure d’agrément des formations par la CTM, nous nous sommes engagés sur la question d’accréditation des diplômes en travail social avec l’Université des Antilles. Une convention sera bientôt signée pour enclencher le processus d’universitarisation des formations sociales (équivalence, poursuite d’études à l’université, mutualisation, recherche). En juin, nous avons fait évoluer le règlement en intégrant, pour le secteur social, trois formations. Il s’agit de la « Formation auxiliaire de gérontologie », la « Licence professionnelle management et coordination des structures d’aide à la personne AG » et le « Diplôme d’état d’accompagnant éducatif et social », toutes trois éligibles aux fonds européens. Leurs étudiants deviennent donc de potentiels bénéficiaires de bourse européenne.

Vous vous reposez sur les fonds européens en fait ?

Vous voyez ça comme ça ? (rires) Nous nous appuyons sur les outils qui existent pour aider au développement du territoire avec une mission, celle d’améliorer les conditions des Mar-tiniquais qui étudient ici ou ailleurs. C’est une manière d’optimiser les fonds publics dont on dispose pour pouvoir mieux répondre aux problématiques des étudiants. Nous avons par ailleurs mis en place un dispositif d’aides aux étudiants financé sur fonds exclusivement CTM.

Qui concerne combien d’étudiants ?  

L’année dernière, nous avons instruit près de 5000 demandes de bourse (en dehors du domaine sanitaire et social). Après examen des dossiers, près de 4000 dossiers ont été acceptés, ce qui représente près de 4 millions d’euros. La question de la qualité de vie des étudiants est un sujet auquel le président de la Collectivité est particulièrement sensible. Nous avons de plus en plus de demandes. Ma volonté est vraiment de pouvoir assurer un traitement plus efficient des dossiers en faveur des jeunes et de leur famille.

Existe-t-il un suivi de l’efficacité des politiques menées en matière d’enseignement supérieur ? 

Pas encore ! Et nous avons grandement besoin d’un bilan. Nous avons déjà changé la manière de fonctionner avec l’Université en prenant le temps d’exposer nos orientations telles que le schéma territorial de développement et de la recherche, le schéma de développement économique, et le schéma des aides européennes pour définir des axes et des objectifs cohérents. De la même manière, nous assurons un suivi des étudiants accompagnés. Il convient désormais d’étendre ce suivi au devenir de ces étudiants (insertion professionnelle, poursuite d’études…)  

Et pouvoir mettre en avant nos étudiants…

Oui, il faut ainsi dépasser la simple attribution d’euros pour mieux valoriser les résultats de nos jeunes à travers des portraits de jeunes méritants, les cérémonies de récompenses que nous souhaitons accompagner mais aussi en exposant le fruit de leur travail avec la mise en place de cycles de rencontres et de conférences animées par les jeunes accompagnés. 

Cette offre de formation et l’attribution de bourses sont-elles un levier pour que les jeunes choisissent de rester en Martinique ?

En partie, oui sans doute. Ça fait partie de l’attractivité du territoire. Il faut absolument leur offrir des perspectives d’avenir non seulement en diversifiant l’offre de formation post-bac dans des secteurs clés, mais aussi en construisant les suites de parcours et en favorisant l’insertion professionnelle. Le départ des étudiants (environ 30% après le BAC) ne devrait pas être une contrainte. Bien entendu, la CTM accompagne ceux qui partent, lorsque la formation n’est pas dispensée sur place et aide aussi ceux qui restent en Martinique. D’ailleurs, symboliquement, nous avons revalorisé le montant de l’aide accordée à ces derniers.  

Créer le pont entre les étudiants et les entreprises est aussi une des
clés ? 

C’est par exemple l’enjeu du dispositif national CIFRE (Conventions industrielles de formation par la recherche) qui, sur la base d’un appel à candidature pour étudiant et entreprise, permettra d’offrir une expérience professionnelle à un jeune chercheur, tout en favorisant le département recherche et développement en entreprise. Un programme qui pourra ouvrir des portes à nos chercheurs et se révéler très intéressant pour les entreprises dans le domaine de l’agroalimentaire, l’agro-environnement, l’économie bleue etc.

www.collectivitedemartinique.mq

« L’Université doit être le reflet de ce que le pays a à offrir »

L’Université, l’offre de formations, la qualité de vie des étudiants font partie des préoccupations du président de la CTM. Extrait du discours prononcé par Alfred Marie-Jeanne lors de la rentrée universitaire 2018/2019.

(…) L’Université doit agir comme un aimant. Elle doit être un lieu vivant qui attire. Elle doit faire mieux connaître ce qui s’y passe. Les travaux qui y sont réalisés. Les thèses qui y sont soutenues. L’Université est la clé de voûte de notre édification, en tant que pays qui porte avec lui une histoire, une culture mais aussi une identité caribéenne bien ancrée.

(…) La création de l’Université des Antilles-Guyane était une conquête, qui permettait à notre jeunesse qui le voulait bien, d’accéder aux études supérieures, sans avoir à s’expatrier obligatoirement.  Ce n’était pas une contrainte, mais bien une option. Il y avait aussi cette vision partagée, d’une université globale rayonnant sur la Caraïbe et le continent américain, soulignant les parentés historiques, mais aussi la similitude des problèmes humains, environnementaux et de développement à affronter de façon partagée.

(…) C’est d’abord aux étudiants que je m’adresse. Vous êtes ici par choix. Pour découvrir, comme le souhaitait Frantz Fanon, la mission de votre génération, la remplir ou la trahir.  Ces missions sont portées par des valeurs fondamentales et des principes que je veux partager avec vous.

D’abord l’intégrité : l’Université doit fonctionner de manière honnête, éthique et digne de confiance. Elle doit créer une culture de responsabilité dans sa gestion pour garantir la pérennité de ses valeurs. 

Ensuite l’excellence : L’Université doit dispenser un enseignement répondant aux normes internationales et aux meilleurs pratiques aux vues des instances nationales de contrôle et d’évaluation.

Enfin la diversité : L’université doit créer un environnement favorable de travail et d’étude ouvert qui favorise l’expression d’idées et de perspectives différentes.  

Notre mission à nous politiques, est d’être les garants du respect de ces principes et de ces valeurs. Sachez que, vous trouverez toujours auprès de moi, une disposition favorable au dialogue pour dessiner les voies d’un devenir plus éclairé, plus intelligible, plus digne, plus respectueux de nous-mêmes.

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