Récemment un artiste a beaucoup fait parler de lui en déchirant en lanières un de ses tableaux mis aux enchères à Londres à un prix très élevé : au moment où le commissaire priseur l’adjugeait, le tableau s’est autodétruit devant un public médusé…L’artiste avait inséré sous le cadre un appareil à déchiqueter qui pouvait être télécommandé à distance ! 

« Banksy n’a pas détruit une œuvre lors de la vente aux enchères, il en a créé une », a souligné un responsable de la maison d’enchères. Il a précisé qu’elle avait été renommée « Love is in the Bin » (L’amour est dans la poubelle) après cet évènement.

Par cette performance, l’artiste aurait voulu dénoncer les dérives spéculatives du marché de l’art. En fait, l’artiste a manqué son but :
l’œuvre, qui compte désormais un cadre vide et une série de bandes de papiers suspendues en dessous, vaudrait désormais beaucoup plus cher que son prix initial. Probablement deux fois plus. Mais voulait-il vraiment dénoncer le marché de l’art ? Ou bien voulait-il en profiter ? Ne serait-ce pas une de ces idées géniales de marketing, destinées à donner un coup d’accélérateur à une œuvre, en créant une sidération dans le monde entier. Du jour au lendemain, des millions de personnes ont fait la connaissance de l’artiste, de son univers et de sa démarche.

Déjà au début du XXème siècle Magritte déclarait : « Je veille, dans la mesure du possible, à ne faire que des peintures qui suscitent le mystère avec la précision et l’enchantement nécessaire à la vie des idées. Il faut que la peinture serve à autre chose qu’à la peinture ». En intitulant une de ses toiles qui montre apparemment une pipe : « Ceci n’est pas une pipe », 

Magritte mettait en doute notre aptitude à reconnaître le contenu d’une image. 

Marcel Duchamp va beaucoup plus loin. Avec le « Ready made »,
il n’y a plus de différence perceptible entre l’art et l’objet commun, puisqu’il pousse la provocation jusqu’à présenter un urinoir comme une œuvre d’art en l’intitulant « Fontaine ».
Selon lui : « C’est le regardeur qui fait le tableau … »

Avec tous ces exemples, nous sommes bien loin des définitions traditionnelles de l’art et de la beauté, qui se veulent universelles. Peut être parce que nous nous sommes éloignés de notre histoi-re ? Lorsque l’activité artistique rendait hommage aux dieux puis à Dieu, aux hommes puis à l’homme, alors que maintenant elle rend hommage à un seul individu, à la personne de l’artiste, à l’événement qu’il est capable de créer, à la surprise étendue à toute la planète…