Irma est passée et la nature est toujours là. Belle et généreuse.

Toujours plus forte à l’image de Saint-Martin.

Nicolas Maslach veille, tel un médecin, sur la Réserve Naturelle de Saint-Martin.

Photographie Lou Denim

En quoi la Réserve Naturelle de Saint-Martin est-elle particulière ?

Nicolas Maslach, directeur et conservateur de la Réserve Naturelle de Saint-Martin : Elle a la particularité d’abriter trois écosystèmes qui se jouxtent.

  • Le milieu marin avec ses récifs coralliens, herbiers, îlets qui sont des zones d’alimentation et de repos pour de nombreuses espèces dont les oiseaux migrateurs.
  • Le littoral avec des plages souvent en arrière des étangs.
  • Des zones humides avec de la mangrove et différentes espèces de palétuviers, qui sont des nurseries pour de nombreux poissons et accueillent plus d’une cinquantaine d’espèces d’oiseaux. 

Pourquoi les zones humides jouent-elles un rôle important ?

Durant Irma, une grande partie des effets dévastateurs de la houle cyclonique a été amortie par la grande mangrove du Galion. En revanche cela lui a été fatal.

Aujourd’hui notre projet, c’est de reconquérir cette mangrove grâce à la mise en place d’une pépinière de palétuviers en association avec le Rotary Saint-Martin Nord.

Il est important qu’elle se reconstruise rapidement car elle assure la survie écosystémique mais aussi la protection de certains quartiers d’habitation, comme le quartier d’Orléans, contre l’agression de la mer.

La mangrove est ainsi un rempart, mais aussi un grand fixateur de carbone. 

Et le milieu marin ?

Nos pépinières de coraux ont été peu touchées par Irma et avec les nombreux macro déchets métalliques que nous avons récoltés à terre, nous avons pu réaliser de nouveaux habitats sous-marins artificiels que nous avons disposés à proximité de Tintamarre.

Ces zones proposent ainsi d’autres sites de plongée et délestent la pression sur les sites naturels.

Nous réalisons un suivi scientifique sur ces habitats. En deux mois à peine, les résultats sont très encourageants, il y a déjà une centaine d’espèces recensées en termes de fréquentation. 

ïlet Tintamarre à Saint-Martin
îlet Tintamarre

Quelles ont été les initiatives citoyennes en faveur de la Réserve ?

Suite à Irma, il y a eu une participation massive de la population durant des journées de nettoyage des étangs, sous l’appui de la réserve, pour retirer les micro déchets.

Notamment grâce à des associations citoyennes telle que « Clean Saint-
Martin
. »

Les gros déchets biologiques, comme les morceaux de bois, ont été laissés sur place pour fournir des perchoirs pour les oiseaux.

Les écoliers quant à eux sont sensibilisés via les activités AME (Air Marine Educative) aux espèces des milieux marins. 

Que souhaitez-vous pour la Réserve dans les années à venir ?

« Je souhaite qu’il se développe à Saint-Martin une activité touristique autre que balnéaire, basée sur les zones humides, comme l’écotourisme ou le « bird watching » pour mieux protéger nos étangs. »

Cela permettrait d’attirer une nouvelle clientèle plus intéressée par la richesse de notre patrimoine naturel.

Nous avons quatorze étangs et cela représente au total une grande superficie. Actuellement leurs abords sont en mauvais état.

Avec des sentiers, des postes d’observation, nous pourrions les valoriser et créer ainsi une réelle activité économique.

Il est grand temps que nos décideurs s’emparent de ces espaces pour les valoriser et les protéger.

La nature fait preuve de résilience…

La nature, au-delà du changement climatique, est habituée à des impacts comme les cyclones.

Le problème c’est le peu de temps qu’elle a à sa disposition pour se remettre en état.

La Baie Orientale qui est un site de ponte pour les tortues marines a repris ses droits au lendemain d’Irma.

En raison de l’activité humaine les espaces naturels sont en souffrance, cependant la nature est plus résiliente que toute activité humaine.