Les visages du tourisme d’affaires à Saint-Martin

|||||||
Ann Bouard

Rencontre avec celles et ceux qui se rendent régulièrement sur Saint-Martin pour leur travail.

Texte Ann Bouard et Agathe Mathieu – Photo Lou Denim

Déborah Bernier, formatrice CREPS Antilles-Guyane

Formatrice, CREPS Antilles-Guyane “Cela m’a donné l’envie de revenir pour profiter”

Quelles étaient les raisons de vos visites à Saint-Martin ?

Deborah Bernier : De juin 2022 à juin 2023, je suis venue une à deux fois par mois, sur une durée de deux à quatre jours, pour coordonner la formation BPJEPS AAN et former les stagiaires sur le métier de maître-nageur sauveteur. Des déplacements fréquents car il fallait prospecter pour l’organisation, repérer les lieux, rencontrer la Collectivité de Saint-Martin qui finançait l’intégralité de la formation puis gérer la coordination des intervenants. Heureusement sur place, j’ai pu m’appuyer sur l’association Tous à l’O qui m’a grandement facilité le travail et évité pas mal de contraintes.

Ces contraintes étaient-elles nombreuses ?

Il y en avait, mais cela n’est pas très différent de la Guadeloupe : les traditionnels embouteillages, grèves ou manifestations. On connait cela, par habitude on a toujours un plan B et on trouve toujours une solution grâce à la bonne volonté et au professionnalisme des partenaires, professionnels du secteurs ou de la Collectivité.

Pour la formation par contre, le fait de ne pas avoir de piscine en partie française et ne pouvoir utiliser pleinement celle de la partie hollandaise qui n’a pas les mêmes réglementations, notamment au niveau des diplômes requis des encadrants, n’a pas facilité les choses. Mais le plus complexe a été la mise en place de stages et l’évaluation des stagiaires. Mais réellement sur Saint-Martin même, je ne vois pas de points négatifs.

De quoi avez-vous pu profiter en dehors de vos heures de travail ?

De rien ! Les journées étaient longues et je n’ai vu les plages qu’à travers le travail des stagiaires. Mais le soir, étant logée à l’Hévéa, je pouvais aller dîner dans les restaurants de Grand Case. Toutes les personnes que l’on rencontre sont très aimables et ont un vrai sens de l’accueil. Les prestations touristiques, les restaurants et ce sentiment de liberté donnent vraiment envie d’essayer en mode vacances. Je projette d’ailleurs de revenir sur un long week-end avec ma famille, car ce serait très sympa pour mes deux ados de pouvoir profiter des sports nautiques et de découvrir la gastronomie. 

Kenwyn Millington, créateur agence événementielle électro

Agence événementiel électro “C’est un peu l’Ibiza des Caraïbes”

L’appétence grandissante de Saint-Martin pour la musique électronique n’a pas échappé à Kenwyn Millington. Ce chef d’entreprise installé à New York est récemment venu développer des évènements.

Kenwyn Millington est originaire de Trinidad et installé à New York depuis 2007. Il est fondateur et gérant de deux sociétés dans le secteur de l’évènementiel : Kenwyn Millington Consulting, une entreprise de gestion d’évènements mettant à disposition des hôtels et restaurants du personnel hautement qualifié et Truly Events, une agence événementielle spécialisée dans la musique électronique et la musique caribéenne. En 2022, ayant eu vent depuis quelques années du succès du SXM Festival, Kenwyn Millington se rend pour la première fois à Saint-Martin pour faire du repérage, avec l’envie de créer des évènements électro sur l’île. « Je suis tout de suite tombé amoureux de l’île », raconte-t-il. À un peu moins de 4 heures de vol de New York, « Saint-Martin a tout ce qu’il faut pour développer ce genre d’évènements. C’est un peu l’Ibiza des Caraïbes ». Depuis son premier voyage, le chef d’entreprise est revenu plusieurs fois sur l’île, pour organiser son premier évènement et continuer ses repérages pour des projets futurs.

Sur place, il choisit les Airbnb pour se loger et les bars de plage pour se restaurer. Maho ou Marigot sont ses points de chute principaux, pour être au cœur de la vie économique et pouvoir se déplacer facilement. « J’apprécie le fait qu’on puisse se rendre d’un point A à un point B en 30 à 40 minutes maximum », souligne l’entrepreneur, qui note tout de même l’inconvénient des embouteillages, qu’il contourne en fixant ses rendez-vous tôt le matin. « Et puis, quand je suis ici, j’ai le temps », ajoute-t-il. Se mettre au rythme caribéen n’a pourtant pas été si facile pour lui, habitué à la frénésie de New York. « Chez moi, tout va vite. Ici, on est obligé de ralentir et ça fait du bien. » Kenwyn Millington a surtout été séduit par la gentillesse des habitants. « J’aime me sentir chez moi partout où je voyage, et c’est le sentiment que j’ai retrouvé ici. » Une facilité de contact avec les gens qui trouve son importance dans le milieu professionnel pour développer son réseau facilement et rapidement.

Si ses voyages à Saint-Martin se résument pour le moment au travail, Kenwyn Millington espère bientôt passer plus de temps sur la Friendly Island, où il envisage de venir vivre plusieurs mois dans l’année.

Xavier Sicot, Procureur de la République au tribunal de Basse-Terre

Procureur de la République, tribunal judiciaire de Basse-Terre « Saint-Martin a beaucoup d’atouts »

Quelles sont les raisons de vos visites à Saint-Martin ?

Xavier Sicot : Le tribunal de proximité de Saint-Martin a besoin d’un procureur. Je viens donc, depuis décembre 2020, tous les mois pour faire le point sur la situation des services au sein du tribunal, échanger avec les enquêteurs et rencontrer le Préfet et les élus de la Collectivité. Je rencontre aussi les associations, comme Trait d’Union, mais aussi toutes celles qui en font la demande. 

Quelles sont les contraintes de ces allers-retours fréquents ?

La problématique des horaires des vols est à prendre en compte. Il n’y a pas assez de rotations et les horaires sont contraints. Le premier vol du matin ne permet pas d’arriver au travail avant 9 h 30 voire 10 h et le soir il faut partir vers 16h en raison des embouteillages, qui restent raisonnables mais dont il faut tenir compte, pour attraper le dernier vol pour la Guadeloupe. 

Je reste par conséquent entre deux et trois jours et je séjourne au Centr’Hôtel à Marigot pour des raisons de praticité.

Votre charge de travail vous permet-elle de profiter de l’île ?

Je ne suis pas attiré par le côté hollandais et j’avoue que je sors peu de Marigot en dehors des visites de quartiers menés avec les gendarmes dans le cadre de mon travail. Je termine mes journées parfois vers 20 h et je dois ensuite traiter les affaires de Basse Terre à distance. Cela me laisse peu de temps pour profiter pleinement de l’île. Je viens avant tout pour travailler, et étant seul lors de mes déplacements, je ne profite pas vraiment de la vie saint-martinoise. 

Mon seul plaisir est de dîner dans les restaurants, beaucoup plus nombreux que sur Basse-Terre, et surtout très diversifiés. Mais Saint-Martin en soi a beaucoup d’autres atouts et notamment les festivals, que je n’ai pas encore eu l’occasion de découvrir. J’ai déjà séjourné à Saint-Barth mais j’espère bien d’ici la fin de l’année profiter d’un séjour, cette fois en vacances, à Saint-Martin.

René Maarek, formateur et addictologue

Formateur et addictologue “Les rapports sont énormément facilités”

René Maarek divise depuis des années sa vie entre Paris et Saint-Martin, où il développe la prise en charge des addictions.

Quand il a acheté un petit pied-à-terre à Saint-Martin, René Maarek n’imaginait pas que, 9 ans plus tard, il passerait plus de la moitié de son temps sur cette île qu’il aime tant. Ce pharmacien et addictologue parisien a eu l’opportunité de travailler à l’hôpital Louis-Constant Fleming en tant que formateur avant d’y créer un service d’addictologie pour répondre aux besoins du territoire. René Maarek alterne entre son activité à Paris et son travail à Saint-Martin, où il passe entre dix et vingt jours par mois. Au vu de l’augmentation croissante de son activité au fil des ans, il a fini par acheter une véritable résidence secondaire pour s’installer ici à mi-temps.

Cette vie sur deux continents est un réel atout dans sa vie professionnelle. « Mon expérience à Saint-Martin m’apporte dans ma prise en charge à Paris et inversement », explique-t-il. « J’ai pu apporter à Saint-Martin certaines nouveautés, certains traitements qui n’existaient pas. » C’est le cas notamment de l’expérimentation cannabis thérapeutique, dont l’hôpital Louis-Constant Fleming a été le premier des Antilles à bénéficier. Pour René Maarek, c’est notamment la taille du territoire qui permet ces opportunités. « Comme tout est petit, les rapports sont énormément facilités. Quand on a un peu de volonté et qu’on a envie de faire bouger les choses, c’est beaucoup plus facile qu’ailleurs. »

Fidèle à ses patients et passionné par son travail, le médecin aime le rythme de vie atypique qu’il a choisi, malgré les inconvénients qu’il peut présenter. « Financièrement, en ce moment je ne m’y retrouve pas », regrette-t-il, pointant du doigt l’augmentation du prix du transport aérien. « Maintenant je viens pendant presque vingt jours, à cheval sur deux mois, pour éviter de dépenser trop. C’est très compliqué. »

Christine Gangloff Ziegler, rectrice de l'académie de Guadeloupe

Rectrice de l’Académie de Guadeloupe “J’aime l’ambiance de Saint-Martin”

Quelles sont les raisons de vos visites à Saint-Martin ?

Christine Gangloff Ziegler : Je viens trois à quatre fois par an pour des événements spécifiques ou des rendez-vous. Il est en effet nécessaire de rencontrer le Président de la Collectivité ou nos partenaires. Généralement je fais l’aller-retour dans la journée, mais il m’arrive de rester deux jours et de séjourner à l’hôtel à la Baie Orientale ou ailleurs, car il n’est pas toujours facile de trouver des logements selon la période.

Vous semblez particulièrement apprécier vos séjours ?

Je suis venue pendant des années à titre personnel, en touriste ! Tout simplement parce que mon fils travaillait alors à Saint-Martin et je lui rendais visite chaque année, souvent pour le nouvel an. J’ai toujours associé Saint-Martin à ce plaisir-là, et encore aujourd’hui chaque séjour me rappelle tous ces bons souvenirs. J’y reviens donc toujours avec joie et il m’arrive encore à l’occasion de venir pour un week-end.

Qu’est-ce qui vous séduit ?

J’apprécie beaucoup ce côté multiculturel, cette capacité à vivre les uns avec les autres. Il y a aussi un côté festif, bien plus développé qu’en Guadeloupe, des lieux de détente bien organisés qui sont très agréables et une ambiance plus balnéaire. Il y a beaucoup de restaurants de qualité, beaucoup de choix et je trouve que tout ce qui a été refait rend aujourd’hui Grand Case ou Marigot encore plus agréables qu’avant Irma. Seuls bémols, les embouteillages qui peuvent être compliqués, les tarifs des hôtels qui ont tendance à s’envoler en période touristique et les horaires d’avions qui pourraient mieux s’articuler… Malgré tout, j’avoue que l’ambiance de Saint-Martin me séduit particulièrement, même lorsque j’y séjourne pour le travail.

Malika Coly, directrice des ventes et du marketing de Figedis

Directrice des ventes et du marketing “Les journées sont très courtes”

Voyager à travers les îles, c’est le quotidien de Malika Coly. Depuis deux ans et demi, elle occupe le poste de directrice des ventes et du marketing de Figedis, un groupe basé en Guadeloupe qui gère les magasins Tropixa, Grand Maison et Home N’ Tools à Saint-Martin.

Tous les trimestres, Malika Coly fait le tour de la région et passe en Martinique, en Guyane, à Saint-Martin, à Saint-Barthélemy et en Dominique pour rencontrer les partenaires, les fournisseurs et les directeurs des différents magasins du groupe Figedis.

Depuis la Guadeloupe, Saint-Martin est facilement accessible pour la directrice marketing qui s’y déplace en général sur une ou deux journées. Mais malgré une importante proximité, « les journées sont très courtes », reconnaît-elle, estimant que le nombre de rotations pourrait être amélioré. « Comme il y a pas mal d’embouteillages, quand on veut travailler avec les deux parties de l’île, on court toute la journée pour ne pas rater le vol retour. » Des désagréments qui créent parfois des opportunités. « Un jour j’ai dû dormir sur place à cause d’un avion raté. Je me suis retrouvée compagnon de galère avec un influenceur avec qui je voulais travailler. »

Sur place, Malika Coly privilégie les zones économiques proches de ses magasins, comme Hope Estate pour se restaurer et Marigot pour se loger. Elle aime travailler régulièrement sur l’île qu’elle juge « dynamique ». « J’ai de bonnes propositions de travail et de développement. C’est toujours agréable de travailler sur des marchés qui sont porteurs. » Plus globalement, elle apprécie le bilinguisme et le multiculturalisme de Saint-Martin. Une dimension plaisante dans le cadre professionnel comme personnel pour la directrice qui a l’habitude de venir sur la Friendly Island depuis ses 17 ans. « J’ai vécu longtemps à l’étranger donc cette ouverture sur le monde est quelque chose que je recherche. Je me sens dans mon élément à Saint-Martin. »

Félix Antenor Habazac, Contrôleur général et directeur du SDIS Guadeloupe

Contrôleur général et directeur du SDIS Guadeloupe “La Friendly Island porte bien son nom”

Quelles sont les raisons de vos visites à Saint-Martin ?

Félix Anténor Habazac : Nous avons une convention de gestion avec la Collectivité de Saint-Martin pour laquelle nous assurons les secours. J’essaie donc de venir au minimum deux fois à trois fois par an pour garder le contact avec le personnel et voir les problèmes rencontrés par la caserne de Saint-Martin. Il arrive que je vienne aussi pour des événements particuliers comme dernièrement la visite du ministre de l’Intérieur ou des remises de médailles. Généralement je fais l’aller-retour dans la journée, mais il m’arrive de rester deux jours.

Est-ce que vous venez avec plaisir ? 

Il y a 20 ans, j’étais inspecteur des Îles du nord. À ce titre je faisais des visites de prévention des établissements recevant du public, comme les hôtels, à Saint-Martin mais aussi à Saint-Barthélemy. À l’époque, la caserne, alors près de l’église de Marigot, était dirigée par le Caporal-chef Léonard Benjamin. Je suis venu aussi après les cyclones. Lors du passage d’Irma, j’étais directeur en Guyane, et j’ai envoyé un détachement pour soutenir la population car je suis très attaché à Saint-Martin. Je viens toujours avec plaisir car j’aime cette île. En une vingtaine d’année, je note une évolution positive dans les infrastructures et l’accueil. Le seul point négatif, s’il fallait en trouver un, ce sont les embouteillages. Il faut vraiment savoir dans quel sens et à quelle heure faire le tour de l’île !

Qu’appréciez-vous le plus ?

Lors de mes séjours, je loge au Centr’Hôtel, très bien placé, et pratique pour les rendez-vous professionnels. Mais j’adore les plages de Saint-Martin et par-dessus tout les restaurants gastronomiques notamment de Grand Case. Si je pouvais, je prolongerais le plaisir avec ma famille. C’est le temps qui me manque car sans aucun doute Saint-Martin est une île accueillante même lorsque l’on y séjourne pour raisons professionnelles.