SMO Solar, du soleil pour fabriquer de l’hydrogène

Depuis 2009, SMO Solar, une petite entreprise guadeloupéenne travaille à faire émerger une filière hydrogène vert sur le marché mondial. Un parcours semé d’embûches malgré de multiples projets et de nombreux prix gagnés.

Yasmine Encelade, en charge du développement territorial de la technologie mise en service par uneentreprise baie-mahaultienne, Num SMO Technologies(NST) © Cédrick-Isham Calvados
Audrey B

Depuis 2009, une petite entreprise guadeloupéenne travaille à faire émerger une filière hydrogène vert sur le marché mondial. Un parcours semé d’embûches malgré de multiples projets et de nombreux prix gagnés.

Par Amandine Ascensio – Photo Cédrick-Isham Calvados

Elle est sur les rails depuis 2009. En recherche et développement constamment. « Au départ, on était sur de la pyrolyse par l’énergie solaire pour fabriquer des biochars », explique Yasmine Encelade, en charge du développement territorial de la technologie mise en service par une entreprise baie-mahaultienne, Num SMO Technologies (NST). L’idée initiale ? Créer une unité de production en Guadeloupe capable de pyrolyser de la biomasse, notamment des sargasses, pour produire du charbon actif, avec pour objectif de filtrer les eaux, voire de concentrer les pesticides. « C’est d’ailleurs SMO qui va démontrer la capacité d’industrialisation du biochar de sargasses qu’on a mis au point en labo », rappelait Sarra Gaspard, chercheuse guadeloupéenne qui a mis au point ce procédé de concentration des pesticides, notamment la chlordécone, dans du charbon de sargasses, lors d’une journée de restitution d’études autour du fléau de la Caraïbe, tout début 2024.

« Des grands projets pilotes partout dans le monde »

Désormais, SMO, c’est bien plus que ça, selon Yasmine Encelade. La technologie de base reste la même (utiliser le soleil pour transformer des déchets ou de la biomasse), mais, cette fois-ci, c’est également de l’hydrogène que peut produire la machine, dont le prototype a été construit au Maroc, il y a déjà près de dix ans. « De l’hydrogène vert même », note-t-elle, rappelant l’ampleur notoire de ce marché vu comme une des énergies du futur. « On a développé des solutions de stockage et de transport, mais aussi des applications : par exemple, nous allons alimenter en énergie verte, par une pile à hydrogène, une résidence dans le cadre d’un appel à projets que nous avons remporté (en décembre 2021, ndlr). » Il s’agit d’une résidence de 48 logements sociaux à Baie-Mahault, réalisés avec la SIG, bailleur social, et Go-Dupuy, une société de chimie pilotée par Nicolas Ugolin, chercheur en biophysique au Commissariat à l’énergie atomique, également dirigeant de NST-SMO. Et l’entreprise ne s’arrête pas là. « On participe à un projet dans l’Adriatique Nord pour une “Hydrogen Valley”. » Celui- ci s’inscrit dans le cadre du Pacte vert européen, décrit le site de la commission. L’objectif de haut niveau est la création d’un écosystème économique, social et industriel, basé sur l’hydrogène et sur la capacité des acteurs de la quadruple hélice, indique la même source.

Si SMO communique peu depuis plusieurs années, ça ne l’empêche pas de gagner des prix. Présenté à la COP 22 en 2016, le process a remporté le concours Tech4Islands en 2020, le village numérique ultramarin, lancé par la Fedom en 2021, le concours Innovation Outre-mer en 2023, etc. « On participe à des grands projets pilotes un peu partout dans le monde », indique encore Yasmine Encelade. Déjà en 2021, SMO annonçait avoir été sélectionné dans des programmes au Texas, au Canada, en vue de participer au repositionnement des industries pétrolières. « On travaille avec Business France sur du développement de long terme. »

Depuis 2009, la start-up assure avoir levé 5 millions d’euros au total, d’autant que la structure fonctionne « par société de projet », autrement dit une entreprise par projet. « Le financement, c’est un peu la problématique principale, dans une technologie certes ultra prometteuse mais où il faut des investisseurs. On est dans la logique de l’œuf ou la poule : on ne sait pas qui doit commencer », note Yasmine Encelade, qui reste très confiante, malgré les retards pris, notamment celui de l’usine. En 2021, NST indiquait dans une interview pouvoir produire 11 000 T de charbon actif et 22 000 T de poudre de charbon et de biochar, et réaliser « 6 millions d’euros de profits nets ». En 2024, les fonds attribués par BPI France et le Crédit Agricole pour l’ouverture d’usines viennent juste d’être versés. Et cette fois, c’est promis : la première unité, une usine vitrine du savoir-faire de l’entreprise, verra le jour fin 2024, en Guadeloupe.


Retrouvez cet article dans le hors-série Outre-mer Innovation.