Anévrismes cérébraux aux Antilles : le CHU de Martinique traite avant la rupture
Le CHU de Martinique est le seul de la Caraïbe à posséder un service de neuroradiologie interventionnelle (NRI) tertiaire. Il est équipé de machines sophistiquées pour soigner les anévrismes avant qu’ils ne se rompent. Un outil important pour un territoire où cette maladie est plus fréquente qu’ailleurs, notamment chez les femmes.
Salle d’angiographie biplan du CHU de Martinique (CHUM) © Ludovic Clérima
Anévrismes cérébraux aux Antilles : le CHU de Martinique traite avant la rupture
Le CHU de Martinique est le seul de la Caraïbe à posséder un service de neuroradiologie interventionnelle (NRI) tertiaire. Il est équipé de machines sophistiquées pour soigner les anévrismes avant qu’ils ne se rompent. Un outil important pour un territoire où cette maladie est plus fréquente qu’ailleurs, notamment chez les femmes.
Lorsqu’on pénètre dans la salle d’angiographie biplan du CHU de Martinique (CHUM), on se croirait dans un vaisseau spatial. Une cohorte de médecins, charlotte sur la tête et masque ajusté sur le nez, se préparent. Leur objectif ? Débusquer l’anévrisme avant même qu’il ne se rompe. Sur les écrans de la salle de contrôle, des imageries d’artères grossies du cerveau s’affichent. On peut y voir une dilatation anormale de l’artère sous la forme d’une petite boule. Cette grosseur qui menace d’éclater, c’est l’anévrisme. « Nous pouvons obtenir avec cette machine des images 3D, et des séries dynamiques avec une précision inframillimétrique pour évaluer un anévrisme et le traiter sans ouvrir la tête du patient », nous explique le Pr Christina Iosif, cheffe du service de neuroradiologie interventionnelle du CHUM. Un équipement arrivé en 2023 sur l’île, d’autant plus important pour la population qu’aux Antilles, les ruptures d’anévrisme sont plus fréquentes qu’ailleurs dans le monde.
Nous pouvons obtenir avec cette machine des images 3D, et des séries dynamiques avec une précision inframillimétrique pour évaluer un anévrisme et le traiter sans ouvrir la tête du patient
Pourquoi les Antillaises sont-elles davantage touchées ?
Une prévalence qui s’explique en partie par l’hypertension. Celle-ci touche plus de personnes dans la Caraïbe que dans l’Hexagone. Or, cette dernière augmente les chances de développer un anévrisme. Dans une étude publiée en décembre 2025 par Santé publique France, on apprend qu’en France hexagonale, la proportion de personnes déclarant souffrir d’hypertension artérielle, âgées de 18 à 79 ans, est de 22 %, tous sexes confondus. En Guadeloupe et en Martinique, ce chiffre passe à 30,5 % en moyenne avec des taux plus importants chez les femmes : « Au sein des populations européennes et américaines, la part des femmes atteintes d’un anévrisme monte jusqu’à 60 %. Dans nos territoires, c’est 80 % », confirme Christina Iosif.
Comment fonctionne le traitement ?
Des anévrismes plus fréquents et qui se rompent plus facilement. Si, en moyenne, dans les pays européens, la rupture arrive lorsque la boule atteint les 5 mm, aux Antilles, c’est généralement lorsqu’elle est égale ou inférieure à cette taille qu’elle éclate. Une réalité qui rend encore plus indispensable la présence d’un tel outil dans notre département : « Grâce à cette machine et aux équipes formées, nous pouvons réaliser une ponction de l’artère fémorale au niveau du pli de l’aine et naviguer dans les artères de manière précise. L’imagerie en temps réel nous aide à naviguer à l’intérieur pour atteindre l’anévrisme et l’exclure de la circulation avant qu’il ne se rompe. L’intervention dure entre deux et quatre heures et le patient s’en sort sans traces visibles, après deux à trois nuits d’hospitalisation », précise le professeur.
Un centre régional au service de toute la Caraïbe
Il existe 35 centres de NRI en France et leur implantation est réglementée pour pouvoir assurer la qualité et l’expertise dans le domaine. Le centre de NRI des Antilles-Guyane a été créé en 2022. Il représente une plus-value indéniable pour les populations antillaise et guyanaise. Plus besoin de partir dans l’Hexagone, vous pouvez désormais être soigné en préventif et en urgence, avec un transfert (40 minutes de vol) pris en charge par la Sécurité sociale, pour vos traitements et suivis pour un anévrisme intracrânien. Vous pouvez également profiter d’une téléconsultation avec le Pr Iosif ou un neuroradiologue interventionnel de son équipe, sans quitter votre domicile, en leur envoyant un mail.
Quelles sont les conséquences d’une rupture non traitée ?
Faute de traitement adéquat, les conséquences sur la santé d’une rupture d’anévrisme sont graves : « 25 % des personnes dont l’anévrisme s’est rompu décèdent avant que l’on puisse les soigner. 50 % des personnes prises en charge s’en sortent avec des séquelles et un passage de plusieurs semaines en réanimation. Les autres survivent sans séquelles », souligne le Pr Christina Iosif.
Comment réduire les risques ?
Il n’y a pas de dépistage systématique pour l’anévrisme. La plupart du temps, les personnes le détectent de façon fortuite à l’occasion d’un scanner ou d’une IRM due à des maux de tête ou autres symptômes. « Si des personnes de votre famille ont déjà fait des ruptures, mieux vaut consulter, car l’anévrisme est un phénotype, c’est-à-dire le résultat de conditions qui préexistent à sa formation », ajoute-t-elle. À ce jour, il existe près de 14 mutations génétiques qui multiplient les chances de voir se former un anévrisme. Pour en limiter la survenue, quelques bonnes pratiques sont à mettre en place : éviter de consommer des produits trop sucrés ou salés et faire de l’exercice pour ne pas être en surpoids : « Globalement, il faut éviter tout ce qui favorise l’apparition d’une hypertension, de diabète, de surpoids », rappelle le professeur.
Est-ce que la recherche sur l’anévrisme avance ?
Si on a de plus en plus d’informations sur la manière dont s’exprime l’anévrisme aux Antilles, certains mystères demeurent : « Le fait d’avoir au CHUM un service de NRI tertiaire, avec une salle angiographie biplan, permet de traiter les personnes, mais aussi de faire de la recherche et de former les jeunes médecins, pour mieux comprendre cette maladie », explique le professeur Iosif. Près de 40 % des patients du centre de neuroradiologie ne sont d’ailleurs pas Martiniquais. « C’est le seul centre de NRI complet de la région. Nous recevons des personnes de la Guadeloupe et la Guyane, mais aussi de Sainte-Lucie et de la Jamaïque », indique-t-elle.
Pour toute demande de téléconsultation en neuroradiologie interventionnelle : secretariat.Unri@chu-martinique.fr