Armande Maurel et Joanna Marsan, alchimie familiale pour Amewat
Quand l’une dit rouge et l’autre bleu, les deux sœurs s’accordent sur le violet. Entre science et créativité, compromis et autonomie, Armande et Joanna ont trouvé la formule parfaite pour donner vie à Amewat, une marque de cosmétiques capillaires valorisant les ressources amazoniennes.
Armande Maurel et Joanna Marsan. ©Mathieu Delmer
Armande Maurel et Joanna Marsan, alchimie familiale pour Amewat
Quand l’une dit rouge et l’autre bleu, les deux sœurs s’accordent sur le violet. Entre science et créativité, compromis et autonomie, Armande et Joanna ont trouvé la formule parfaite pour donner vie à Amewat, une marque de cosmétiques capillaires valorisant les ressources amazoniennes.
Armande, 30 ans, et Joanna, 33 ans, ont d’abord éprouvé leur connivence à travers une chaîne YouTube consacrée aux cheveux texturés. Avec 30 000 abonnés et plusieurs centaines de milliers de vues, l’aventure révèle une complémentarité naturelle. Celle-ci deviendra le socle de leur entreprise Amewat, créée en 2021.
Ingénieure chimiste, Armande incarne la dimension scientifique : formulation, tests de stabilité, conformité réglementaire. Son approche est méthodique et exigeante. Architecte d’intérieur, Joanna façonne l’identité de marque, l’esthétique et la communication. Si les sœurs sont proches, « élevées dans une éducation complice » selon Joanna, il y a parfois des désaccords sur la couleur d’un packaging par exemple. « C’est comme dans un mariage, il faut savoir composer », sourit Armande.
ANCRAGE LOCAL, AMBITION GLOBALE
Pour élaborer leurs soins à base de matières premières guyanaises (awara, wassaï, hibiscus, feuille d’argent…), elles s’appuient avant tout sur les savoirs traditionnels locaux. Mais aussi les échanges avec les agriculteurs qui les fournissent et les pratiques familiales. À cela s’ajoute l’exigence des validations scientifiques et de conformité aux normes européennes. Le nom de leur marque, Amewat — « authentique » en langue teko — résume cette philosophie : honorer l’héritage tout en répondant aux standards contemporains.
« Joanna a toujours des idées grandioses, elle vise grand. »
En tant que femmes entrepreneures, les deux sœurs se sont heurtées à un environnement majoritairement masculin qui ne les prenait pas au sérieux. L’accès aux financements publics s’avérant complexe, elles ont choisi une croissance progressive et autonome, démarrant avec des fonds propres et une cagnotte de financement participatif. Ventes sur leur site web, marchés, salons, pharmacies : elles construisent pas à pas leur notoriété et démontrent qu’il est possible de créer une marque exigeante depuis la Guyane.
Aujourd’hui, grâce à l’accompagnement de BPI France, Amewat change d’échelle avec l’acquisition de machines industrielles et la construction d’une mini-usine. Plus de 50 % des ventes se font dans l’Hexagone, le reste aux Antilles-Guyane. L’objectif est de renforcer l’exportation. L’entreprise reste familiale — le conjoint d’Armande gère les finances, le cousin pilote la logistique, les parents aident sur les stands — mais recrute et se structure.
Joanna le souligne : leur réussite repose sur la confiance et le respect mutuel. Armande ne se mêle pas de marketing, Joanna ne s’improvise pas chimiste. Chacune reconnaît l’expertise de l’autre. « Joanna a toujours des idées grandioses, elle vise grand. Si elle n’avait pas ces ambitions, jamais je n’aurais osé aller aussi loin », raconte Armande. « Souvent, ma sœur me freine », tempère Joanna. « Mais je sais qu’elle a raison, nous devons avancer avec prudence. » Cette capacité à se compléter et à s’écouter constitue le cœur de leur force.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026