Aude Alexandre, l’engagement d’une mère
Aude Alexandre est devenue « maman Dys » au fil des années, portée par la nécessité de ne pas laisser son enfant seul face aux difficultés. Ce rôle s’est peu à peu transformé en engagement collectif au service des autres familles martiniquaises.
Aude Alexandre. ©Aubane Nesty
Aude Alexandre, l’engagement d’une mère
Aude Alexandre est devenue « maman Dys » au fil des années, portée par la nécessité de ne pas laisser son enfant seul face aux difficultés. Ce rôle s’est peu à peu transformé en engagement collectif au service des autres familles martiniquaises.
« Ce n’était pas un problème d’intelligence, mais d’adaptation. »
Elle n’était pas destinée à travailler dans le champ du handicap. Encore moins à devenir une figure pour des dizaines de familles martiniquaises. Et pourtant, depuis plus de dix ans, Aude Alexandre accompagne, écoute et transmet autour des troubles « dys ».
Arrivée aux Antilles à 24 ans, Aude découvre la Guadeloupe, puis la Martinique, où elle s’installe après avoir rencontré son mari. Trois enfants naissent. L’aîné, Théo, montre très tôt des difficultés dans l’apprentissage de la lecture et de l’écriture. Nous sommes au milieu des années 2000, les troubles « dys » sont encore mal connus. À l’école, les étiquettes pleuvent : « manque de travail », « mauvaise volonté », « insuffisance scolaire ». Comme beaucoup de parents, Aude et son mari doutent et culpabilisent.
LE COMBAT DU QUOTIDIEN
Le déclic survient en primaire, grâce à une enseignante attentive qui évoque pour la première fois des troubles spécifiques du langage et des apprentissages. Le diagnostic tombe : dyslexie, dysorthographie. Commence alors un long parcours semé de rendez- vous médicaux, de dossiers administratifs et d’explications auprès de l’institution scolaire. « Ce n’était pas un problème d’intelligence, mais d’adaptation », rappelle aujourd’hui la maman de Théo.
Au collège puis au lycée, la bataille est quotidienne. Certains enseignants s’engagent, d’autres résistent. En terminale scientifique, face à l’enjeu du baccalauréat, elle fait un choix radical : mettre sa carrière entre parenthèses pour accompagner son fils. « J’ai repassé le bac avec lui », se souvient-elle en souriant. Théo l’obtient, mention bien. Aujourd’hui, il est technicien audiovisuel et caméraman, il a 25 ans.
TRANSFORMER L’ÉPREUVE EN ENGAGEMENT
De cette expérience naît un engagement profond. En rencontrant l’association Alternative Espoir, Aude comprend qu’elle peut transformer son vécu en ressource pour les autres. Elle s’investit bénévolement et participe à la création de la Maison des Dys, d’abord au lycée La Jetée au François, puis au lycée Schœlcher, où le projet trouve un écho particulier grâce à une direction sensible à l’inclusion. Ces espaces deviennent des lieux d’écoute et d’accompagnement pour les élèves concernés par les troubles neuro- développementaux.
Aude accompagne des familles, aide à monter des dossiers pour la Maison martiniquaise des personnes en situation de handicap (MMPH), intervient dans les écoles, sensibilise les institutions… « Je ne voulais plus que les parents vivent ce que j’ai vécu. Ce ne serait plus un parcours du combattant, mais un parcours d’espoir ! » Elle devient un visage rassurant pour les familles inquiètes. « Un sourire amène un sourire », dit-elle.
À 54 ans, Aude refuse les grands discours à son égard et préfère l’action concrète. Aujourd’hui encore, elle œuvre pour rendre visibles les troubles neuro-développementaux en Martinique : « Je reçois mille fois plus que je ne donne ! »
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026