Bioéthique : Pourquoi la parole des Martiniquais compte ?

Intelligence artificielle, génétique, neurosciences... Les progrès scientifiques et médicaux transforment notre manière de soigner, de décider et de vivre ensemble. À l'occasion des États généraux de la bioéthique 2026, la Martinique est appelée à contribuer au débat national.

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Bioéthique : Pourquoi la parole des Martiniquais compte ?

Intelligence artificielle, génétique, neurosciences... Les progrès scientifiques et médicaux transforment notre manière de soigner, de décider et de vivre ensemble. À l'occasion des États généraux de la bioéthique 2026, la Martinique est appelée à contribuer au débat national.

Sarah Balay

Les progrès scientifiques et médicaux s’accélèrent. En quoi les États généraux de la bioéthique (EGB) sont-ils aujourd’hui nécessaires ?

Ruddy Valentino, directeur de l’espace de réflexion éthique régional de la Martinique (ERERM) et membre du comité consultatif national d’éthique (CCNE) : Les innovations scientifiques et technologiques dans le domaine du vivant progressent sans cesse avec un impact médical considérable. Intelligence artificielle en santé pour aider au diagnostic, techniques d’analyse et de modification ciblée du génome, parfois in utero, neurosciences explorant les interfaces cerveau-machine ou les implants destinés à corriger une pathologie… Ces avancées soulèvent une question fondamentale : tout ce qui est techniquement possible est-il souhaitable ? Elles interrogent nos repères éthiques, notre rapport à la science, et l’équilibre entre autonomie individuelle et solidarité collective. Les EGB constituent donc un temps démocratique essentiel pour permettre aux citoyens de s’exprimer sur ces enjeux sensibles.

La santé outre-mer fait partie des thématiques mises en avant cette année. En quoi est-ce un enjeu majeur ?

Si chaque territoire ultramarin présente des problématiques spécifiques, plusieurs difficultés communes se dégagent : des taux de mortalité infantile et maternelle plus élevés que dans l’Hexagone ; une prévalence accrue des maladies infectieuses (dengue, chikungunya, paludisme) et une progression marquée des maladies chroniques, en particulier le diabète et l’obésité. Ces vulnérabilités sont aggravées par des facteurs structurels tels que la précarité socio-économique, l’isolement géographique ou le vieillissement de la population, comme en Martinique. Intégrer la santé en outre-mer dans le débat national conduit ainsi à interroger l’action publique en santé dans les Outre-mer, ancrée dans les réalités sanitaires, sociales, culturelles et environnementales propres à chaque territoire.

Sur quels thèmes avez-vous choisi de débattre en Martinique ?

L’espace de réflexion éthique régional de la Martinique consultera nos concitoyens sur la santé en Outre-mer, selon deux axes complémentaires : d’une part, la santé en Martinique, abordée sous l’angle des principes éthiques dans les politiques de santé publique ; d’autre part, une réflexion spécifique sur les prélèvements d’organes et de tissus ainsi que sur la transplantation.

Comment ces débats vont-ils se dérouler sur le terrain ? Qui peut participer ?

Les rencontres ont débuté le 10 février par un débat sur le don d’organes, avec les étudiants en soins infirmiers et des autres filières paramédicales. Jusqu’en mai, des conférences et échanges participatifs seront organisés sur toute la Martinique, notamment le 10 avril à Saint-Joseph et le 13 avril à Fort-de-France, à destination des professionnels de santé, associations d’usagers et syndicats hospitaliers. Une journée nationale dédiée aux lycéens est prévue le 26 mai autour de la question : jusqu’où doit-on soigner ? Nous espérons une mobilisation de tous les acteurs souhaitant contribuer à ces consultations.

Une réflexion collective et populaire

Organisés par le comité consultatif national d’éthique (CCNE), les États généraux de la bioéthique, lancés le 21 janvier pour l’édition 2026, sont une consultation citoyenne visant à recueillir l’avis de la population avant toute éventuelle modification de la loi de bioéthique. Une synthèse des contributions sera publiée en juin, puis le CCNE rendra un avis en septembre. Ces documents serviront de repères aux législateurs avant la révision prévue à l’horizon 2028.

« Les États généraux de la bioéthique constituent, pour la Martinique, une opportunité de dialogue et d’expression. Ils permettent de porter nos enjeux éthiques, issus de nos réalités sanitaires insulaires, et de mieux comprendre l’impact des innovations médicales sur notre territoire. Cette participation garantit que les orientations nationales intègrent la diversité de nos contextes de santé. Je salue la mobilisation de l’Espace de réflexion éthique régional auprès du CCNE, dont le travail rigoureux assure une contribution martiniquaise pleinement légitime. L’Agence sera attentive aux conclusions de ces travaux. » Yves Servant, directeur général de l’Agence régionale de santé de Martinique