Christiane Dalbinoe, changer de regard
Cadre de santé, Christiane Dalbinoe a fait de la psychiatrie une vocation. Rencontre avec une humaniste qui, par son écoute et son optimisme, transforme le regard sur la maladie mentale en Martinique.
Christiane Dalbinoe. ©Lia Visyon
Christiane Dalbinoe, changer de regard
Cadre de santé, Christiane Dalbinoe a fait de la psychiatrie une vocation. Rencontre avec une humaniste qui, par son écoute et son optimisme, transforme le regard sur la maladie mentale en Martinique.
« Ce qui me passionne en psychiatrie, c’est d’accompagner des personnes marginalisées. Ma mission est de leur redonner leur humanité. »
Christiane Dalbinoe se rêvait avocate. Licence de droit en poche, elle change pourtant de trajectoire. « Mon amoureux était infirmier, et ensemble, nous avions le projet d’ouvrir un cabinet libéral. » À 25 ans, elle s’inscrit à l’Institut de formation en soins infirmiers de La Meynard. Le coup de foudre avec la psychiatrie est immédiat. Diplômée, elle abandonne l’idée de s’installer avec son conjoint et rejoint en 1996 le Centre hospitalier Maurice-Despinoy, un établissement public de santé mentale qu’elle n’a jamais quitté. Du droit aux soins, le fil conducteur reste identique : aider les autres. « Ce qui me passionne en psychiatrie, c’est d’accompagner des personnes marginalisées. Ma mission est de leur redonner leur humanité. »
UNE PSYCHIATRIE INNOVANTE
Devenue cadre de santé, Christiane travaille en hôpital de jour dans un service orienté vers la réhabilitation psychosociale. L’infirmière incarne une psychiatrie qui bouscule les certitudes. Sur son lieu de travail, les patients sont des « participants », les personnels soignants des « facilitateurs ». Au-delà des mots, c’est toute une posture qui change. Fini la résignation face à des maladies considérées comme incurables, fini l’image du malade mental dangereux qu’il faut isoler. Place au rétablissement et à la conviction que chacun peut retrouver sa place dans la société. Des animations, des groupes de parole pour les familles, des séjours socio-thérapiques sont organisés pour briser les préjugés. Pendant une croisière, un patient lui confie : « Pour la première fois, je sens que j’ai le droit d’être là. Je suis à ma place. » Un témoignage reçu comme un cadeau.
« Il est crucial d’être patient et de prendre en compte ces démarches pour établir une alliance thérapeutique. »
LE MAÎTRE-MOT : ÉCOUTER
Le secret de Christiane tient en un mot : l’écoute. Authentique, infinie, inconditionnelle. Elle se souvient avoir négocié plus d’une heure avec un patient qui refusait une injection, réussissant à le convaincre sans aucune contention, simplement par la parole. Profondément Martiniquaise, elle respecte les croyances magico-religieuses et les intègre à son approche. Elle sait que beaucoup consultent d’abord un quimboiseur avant l’hôpital. « Il est crucial d’être patient et de prendre en compte ces démarches pour établir une alliance thérapeutique. La psychiatrie transculturelle est désormais reconnue. »
LA RÉSILIENCE EN HÉRITAGE
Veuve à 41 ans, elle a élevé seule ses deux filles. L’une est psychologue, l’autre étudiante en médecine. Issue d’une famille nombreuse d’agriculteurs, elle a toujours vu les siens travailler sans se plaindre. Cet héritage l’a aidée à transformer chaque épreuve en force. Christiane Dalbinoe est de ces personnes rares chez qui la vocation et la vie ne font qu’un. Une femme libre, engagée, et résolument optimiste : « En psychiatrie comme dans la vie, il n’y a pas d’échec, quand cela ne fonctionne pas, on essaie un autre chemin ! »
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026