Claire-Suzanne Poulin, Espérance en héritage

À 12 ans, Claire-Suzanne Poulin participait à la construction de son village Espérance sur la commune de Saint-Laurent-du-Maroni. Aujourd’hui, elle en est la cheffe coutumière et veille sur plus de 500 habitants.

Claire-Suzanne Poulin. ©Lilian Eloi
Claire-Suzanne Poulin. Claire-Suzanne Poulin. ©Lilian Eloi

Claire-Suzanne Poulin, Espérance en héritage

À 12 ans, Claire-Suzanne Poulin participait à la construction de son village Espérance sur la commune de Saint-Laurent-du-Maroni. Aujourd’hui, elle en est la cheffe coutumière et veille sur plus de 500 habitants.

Nancy Lafine

« Chaque semaine, je vais à la rencontre des familles, écoute les besoins, observe les équilibres. Le Yopoto doit être exemplaire. »

Claire-Suzanne Poulin

Claire-Suzanne Poulin est née à Saint-Laurent-du-Maroni, a grandi sur l’île Portal, située sur le fleuve Maroni, puis a suivi sa famille sur « cette terre encore vierge». Elle se souvient du silence, du moteur de la pirogue et de la forêt, partout. Quand elle arrive à 12 ans à l’endroit qui est désormais le village Espérance, il n’y a rien… Juste un lieu à inventer.

« Vous avez un peuple devant vous qui compte sur vous. »

 

Les débuts sont rudes. Quitter l’île, changer d’environnement, s’installer dans une forêt encore brute. Pour elle, comme pour les cinq familles qui font partie du voyage, tout est à faire. « En tant qu’enfant, on participait aussi à la construction. Mais surtout, on a commencé à aller à l’école. C’était le souhait de mon grand-père en venant ici. » Puis l’eau et l’électricité arrivent. Le RSMA participe également à l’aménagement. Le village se développe.

DE LA CRÉATION À LA DIRECTION

Depuis 2019, Claire-Suzanne Poulin est Yopoto, la cheffe coutumière « de son village ». Chez les Kali’nas, cette fonction ne se vote pas, elle se transmet : son grand-père le fondateur, son père, puis elle. Choisie par la lignée, par les anciens, par les signes aussi. Elle doute pourtant. Être Yopoto, ce n’est pas un honneur abstrait, c’est une charge, une responsabilité permanente. Elle prend un an pour réfléchir, pense à sa famille, à son travail, à ses enfants et accepte. « C’est une tâche difficile. C’est avant tout une très grande responsabilité. Il y a les anciens, mais vous avez un peuple devant vous qui compte sur vous. »

Car, si chez elle Claire-Suzanne Poulin est avant tout une femme, une épouse et une mère, pour tous les autres, elle est bien plus : médiatrice, garante des règles, référente morale… Au sein de son village, elle pose un cadre, instaure des limites, tout en conservant une chefferie ancrée dans son temps. « Chaque semaine, je vais à la rencontre des familles, écoute les besoins, observe les équilibres. Le Yopoto doit être exemplaire. »

Dans une Guyane où la place des chefs coutumiers « reste encore insuffisamment reconnue », elle revendique un dialogue réel avec les institutions. « Nous sommes les garants de nos villages et de la survie de notre culture. Les représentants de l’État doivent encore plus venir vers nous. » Son engagement est aussi tourné vers l’avenir : la transmission de la langue kali’na, de la culture, mais aussi l’école, les diplômes, l’insertion.

Claire-Suzanne Poulin a grandi dans un village né de la forêt. Aujourd’hui, elle en est la voix, la mémoire et le cap.