Domaine de la Vallée : Martinique authentique
Loin de son exploitation du Morne-Rouge, c'est au Salon International de l'Agriculture de Paris que nous avons rencontré Anaïs Janvier Chardon. Agricultrice engagée, gérante de 17 hectares, elle contribue à faire de la vanille martiniquaise une filière d'avenir. Quand innovation rime avec patrimoine et transmission. Rencontre.
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Domaine de la Vallée : Martinique authentique
Loin de son exploitation du Morne-Rouge, c'est au Salon International de l'Agriculture de Paris que nous avons rencontré Anaïs Janvier Chardon. Agricultrice engagée, gérante de 17 hectares, elle contribue à faire de la vanille martiniquaise une filière d'avenir. Quand innovation rime avec patrimoine et transmission. Rencontre.
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Vous venez de recevoir le Prix national de la dynamique agricole – Banque Populaire, dans la catégorie Transitions agricoles, qu’est-ce que cette distinction représente pour vous ?
J’en suis très honorée. C’est vraiment la reconnaissance de mon travail et celui de mes parents avant moi. Ce sont eux qui sont à l’initiative de cette exploitation que j’ai développée, donc ça me fait chaud au cœur, tout simplement. Au-delà de mon expérience personnelle, je trouve que c’est bien pour le rayonnement de la Martinique. Tout ce qui participe à l’attractivité de notre belle île est primordial pour moi. Il faut savoir que ce prix existe depuis 34 ans et que c’est la première fois qu’il est attribué à un territoire ultramarin.
Le Domaine de la Vallée est un véritable écosystème, mêlant plantations, aquaculture, élevage, ouvert au public à travers des ateliers pédagogiques, la restauration et l’hébergement. Pourquoi avoir voulu créer une offre complète ?
Mes parents sont les précurseurs de l’agritourisme en Martinique. Ils ont commencé au début des années 2000, c’était quelque chose d’assez novateur sur le territoire à l’époque. L’histoire commence, en réalité, à la fin des années 1990. Deux personnes sont en reconversion professionnelle, mes parents. Autrefois entrepreneurs dans le bâtiment, ils avaient à cœur de tenir une exploitation. Au départ, ils faisaient de l’élevage caprin et du maraîchage (tomates, laitues…). Et puis, ils ont eu l’idée de proposer une offre touristique en complément de l’agriculture. Leur concept était de promouvoir le séjour au vert, tout simplement. J’entends par là venir chez l’agriculteur, sur son exploitation et découvrir son quotidien. Manger des produits frais également. Ils voulaient recevoir du public, particulièrement les plus jeunes autour du ramassage des œufs ou des goûters pédagogiques. Et c’est encore plus dans l’air du temps maintenant. Quand j’ai repris la gérance de l’exploitation, j’ai développé d’autres ateliers, notamment autour de la vanille et de l’aquaculture. Je crois que nous sommes les seuls aujourd’hui, si je ne m’abuse, à proposer cette offre complète en Martinique. Nous sommes autosuffisants. Nous avons de la volaille, du poisson, ainsi que les productions maraîchères, vivrières et fruitières. Nous sommes également autonomes en énergie, avec l’énergie solaire, et la source qui jaillit sur notre exploitation émerge des artères de la montagne Pelée, gage d’une eau de source de qualité.
Peut-on dire que votre engagement est surtout une affaire de transmission ?
Oui, il y a de ça. Et déjà mes parents avant moi. Ce qui les a toujours animés, c’est la valorisation de notre terroir, la valorisation de notre patrimoine également. Et puis surtout, être transparents. La transparence, c’est important aujourd’hui. Le consommateur est de plus en plus soucieux de la traçabilité, de savoir ce qu’il mange et ce qu’il va mettre dans son assiette. C’est aussi ce que mes parents ont voulu mettre en avant. Je parle beaucoup de mes parents parce que ce sont mes exemples. Ce sont des personnes inspirantes aujourd’hui, des modèles de travail et surtout, ils éprouvent un attachement profond à leur territoire.
« Il n'y a pas de pays sans paysans, c'est bien connu ! »
Vous êtes juriste de formation, pourquoi avoir choisi de vous consacrer à l’agriculture ?
J’ai effectivement suivi un cursus en droit, rien à voir avec l’agriculture ! Pourtant, tout ce qui m’a toujours animée et je l’ai toujours dit, depuis très jeune, c’est vraiment cet attachement profond à la Martinique. Je souhaite participer à l’attractivité et au rayonnement de l’île. Et pour moi, ça passe nécessairement par l’agriculture. Et je caresse l’espoir, qu’un jour, le secteur primaire, donc l’agriculture, puisse servir de moteur de croissance économique pour les secteurs secondaire et tertiaire. C’est vraiment quelque chose qui m’anime depuis des années. Il n’y a pas de pays sans paysans, c’est bien connu ! Et il faut vraiment qu’on prenne conscience que nous avons un terroir magnifique et une situation exceptionnelle. Et c’est ça qui me porte.
L’agritourisme est-il une filière d’avenir pour nos territoires ?
Incontestablement ! Aujourd’hui, on parle de slow tourism, de travel experience. Plus que jamais, les gens ont besoin de l’authenticité. Et l’offre touristique la plus authentique qu’on puisse proposer aujourd’hui en Martinique, c’est l’agritourisme. D’ailleurs, j’ai monté, avec un groupe d’agriculteurs, l’association d’agritourisme de Martinique, qui s’appelle Voyaj an Tè Matinik. L’association vise à structurer cette filière, parce que c’est une filière agricole à part entière. L’activité principale demeure l’agriculture, c’est notre ADN, notre cœur de métier. Mais à côté, on propose des activités annexes : visite de l’exploitation, ateliers, bien-être à la ferme… Nous travaillons avec les partenaires institutionnels en place, le Pôle agroalimentaire régional de la Martinique et le Comité martiniquais du tourisme, pour proposer une offre touristique pérenne et qualitative. Nous voulons proposer une réelle expérience à la clientèle hexagonale comme à la clientèle locale. D’ailleurs on constate aussi de plus en plus de touristes venus d’Allemagne et d’Europe de l’Est. Le tourisme est la première industrie de l’île et je pense que c’est une véritable opportunité économique pour les agriculteurs.
Comment sont nées votre passion pour la vanille et l’idée de la Maison de la vanille ?
Mon père avait planté de la vanille mais il ne savait pas polliniser les fleurs, donc j’ai appris à le faire. Et j’aime beaucoup le fait d’interagir avec la plante pour obtenir une gousse. Là, c’est vraiment la main de l’homme qui agit pour obtenir la gousse qu’on va récolter neuf mois après. C’est un travail minutieux. Et je me suis prise de passion pour cette orchidée, parce qu’on a tous une histoire avec la vanille. La vanille, ce sont les gâteaux de chez mamie, les crèmes desserts… Elle évoque les souvenirs sucrés de l’enfance. Je pense que la vanille est aujourd’hui l’une des épices les plus plébiscitées, en tous les cas elle fait partie des plus populaires, même si c’est la deuxième épice la plus chère au monde après le safran. La vanille éveille les sens, c’est pour cette raison que j’en apprécie la culture.
« La vanille martiniquaise a sa propre empreinte olfactive et cette empreinte varie en fonction du terroir »
Vous êtes aussi vice-présidente de l’Association des Producteurs de Vanille et Épices de Martinique (PROVAE), comment se porte la filière ?
En effet, l’association compte une vingtaine de membres. Notre objectif est justement de structurer cette filière vanille. À ce titre, nous avons intégré la Fédération nationale des vanilles d’outre-mer, qui rassemble les producteurs de tous les outre-mer (Nouvelle-Calédonie, La Réunion, Polynésie française, Guadeloupe, Martinique). La force de cette fédération, c’est qu’elle va passer interprofession d’ici la fin de l’année. C’est inédit !
Quelles sont les ambitions de PROVAE ces prochaines années ?
Notre objectif est de faire rayonner les vanilles françaises. Et cela même si la production française ne représente que 1 % du marché mondial. Notre vanille s’illustre par sa qualité. Il y a beaucoup de projets à venir, mais il est encore trop tôt pour en parler… Nous souhaitons également augmenter la production pour que la Martinique soit identifiée comme un producteur de vanille et travailler sur des critères de traçabilité. Aujourd’hui, beaucoup disent produire de la vanille. Mais c’est plus complexe que cela. Un vanillier ne va pas vous donner 350 kg de vanille, contrairement à ce que j’entends parfois. Nous voulons montrer, et nous nous organisons pour ça, ce que signifie produire de la vanille. Il ne suffit pas de marier une fleur pour obtenir une gousse. C’est un véritable itinéraire technique qui nécessite beaucoup de temps de patience, d’expériences, heureuses comme malencontreuses et des échanges avec les autres membres de la Fédération. C’est ainsi qu’on améliore la qualité du produit, le taux d’humidité des gousses ou les techniques de séchage.
Qu’est-ce qui rend notre vanille si unique ?
Certains experts la reconnaissent à l’œil et à l’odorat ! La vanille martiniquaise a sa propre empreinte olfactive et cette empreinte varie en fonction du terroir. Une vanille qui va pousser dans le sud n’aura pas la même odeur que la vanille du Domaine de la Vallée, au pied de la montagne Pelée. En faisant analyser mes vanilles, j’ai pu constater qu’il y avait une odeur de cannelle, une odeur de fleurs blanches, une odeur de caramel blond, une odeur de caramel brun, il y a énormément d’arômes qui composent la palette aromatique des vanilles de Martinique.
Au Domaine de la Vallée, vous travaillez à la valorisation de plusieurs cultures ; lesquelles et où allez-vous chercher ces savoirs ?
En plus de la vanille, je veux remettre au goût du jour le cacao et le café. Ce sont des cultures ancestrales, aujourd’hui cultures de niche. Le café, comme le cacao et la vanille, nécessite une expertise. Ça nécessite aussi de récolter, à la main, gousse par gousse, cabosse par cabosse, grain par grain, la vanille, le cacao et le café. Il faut vraiment pouvoir observer la maturité du fruit pour venir récolter. Ce sont vraiment des cultures, je dirais, un peu « challenge ». J’apprends beaucoup auprès des anciens pour savoir comment on plantait du café, comment on le récoltait, à quel moment et comment on en préservait les meilleurs arômes. C’est un travail vraiment fastidueux, mais j’aime ça. C’est le côté pour une Martinique authentique, comme je l’aime.
Vous étiez présente à la 62e édition du Salon International de l’Agriculture, pourquoi est-il important de participer à ce type d’événements ?
C’est important de montrer que la Martinique est un territoire qui produit de la vanille. C’est important de se présenter également au concours. Cela nous conforte dans notre engagement pour notre île, tout simplement. Et c’est très beau d’aller au Hall 7-2 cette année et de voir la diversité des Outre-mer, les saveurs qu’on propose. Il faut savoir que les stands ultramarins sont les stands les plus visités du Salon. Tout le monde vient pour récupérer un peu de chaleur, pour goûter au bon rhum, pour déguster des confitures, pour découvrir nos épices. On se sent fier quand on voit tout ça. Et tous les retours que j’ai, c’est « waouh, je suis venu en Martinique, les gens sont accueillants. Je suis venu en Martinique, le repas est bon. Je suis venu en Martinique, les paysages sont magnifiques ». Donc il faut être là, c’est incontournable.
Quel a été le résultat de votre participation au Concours général agricole ?
C’était la première fois que je participais au Concours général agricole, sur deux catégories. La concurrence était rude, beaucoup de territoires produisent de la vanille ! Je n’ai pas obtenu de prix, mais nous n’avons pas à rougir de nos produits. J’ai intégré les remarques du jury qui me permettront de m’améliorer et de revenir en force l’année prochaine.