Drupa Angenieux, la femme chocolat

À Saint-Laurent-du-Maroni, Drupa Angenieux — chocolatière autodidacte — participe à l’émergence d’un cacao artisanal et traçable. Un projet engagé et patient, né d’un lien intime à la terre.

Drupa Angenieux. ©Lilian Eloi
Drupa Angenieux. Drupa Angenieux. ©Lilian Eloi

Drupa Angenieux, la femme chocolat

À Saint-Laurent-du-Maroni, Drupa Angenieux — chocolatière autodidacte — participe à l’émergence d’un cacao artisanal et traçable. Un projet engagé et patient, né d’un lien intime à la terre.

Adeline Louault

« La forêt, c’est là où je me ressource. J’y arrive crevée, j’en repars pleine d’énergie. »

Drupa Angenieux

Née au Guyana de parents indiens, Drupa arrive en Guyane à sept ans, alors qu’elle fuit la guerre civile. Enfance migrante, identités plurielles, mais un lien fort à la nature, nourri par le verger de son grand-père. Après des études d’infirmière dans l’Hexagone, elle s’installe dans l’Ouest guyanais et y crée une pépinière d’arbres fruitiers, avec l’intuition que son parcours la ramènera à la terre. 

LE CHOC CACAO

En 2012, elle prend une disponibilité pour se former à l’agriculture à la Maison familiale et rurale de Mana. Là-bas, la découverte d’une cacaoyère abandonnée agit comme une révélation. Fascinée, Drupa décide d’apprendre la transformation du cacao avec l’envie de « planter, soigner, transmettre », une autre manière de penser son métier d’infirmière. Elle se forme en ligne, expérimente chez elle la fermentation, le séchage et le broyage avec des moyens rudimentaires — « J’ai bousillé plusieurs mixeurs ! » — et suit des stages au Centre de recherche du cacao à Trinidad. En parallèle, elle monte un dossier agricole pour accéder au foncier, dans un contexte peu structuré. Elle démarre modestement, sur un hectare, en assumant une croissance lente et qualitative. En tant que femme entrepreneure issue de l’immigration, elle fait face aux préjugés la tête haute. « Quand mes détracteurs constatent que je maîtrise le sujet, ils se taisent. »  

L’EXIGENCE DU TERROIR

Son projet repose sur des choix forts : agroforesterie, agriculture biologique, travail manuel, traçabilité totale et transformation « tree to bar » (de l’arbre à la tablette). Sa relation à la terre est viscérale. « La forêt, c’est là où je me ressource. J’y arrive crevée, j’en repars pleine d’énergie. » Aujourd’hui, elle cultive environ trois hectares de cacaoyers et produit entre 800 kg et 1,2 tonne de chocolat par an.

« J’ai envie que mon chocolat ressemble à l’endroit où j’habite, qu’il reflète la Guyane et ses communautés. »

 

Secondée par un agriculteur, un ingénieur agronome et une employée, elle travaille à partir de variétés locales — Forastero, Trinitario… — complétées aussi par des fèves sélectionnées au Pérou. Ses tablettes, composées uniquement de cacao, beurre de cacao et sucre de canne, intègrent parfois des inclusions locales confites : gingembre, curcuma, pulpe d’awara ou cacahuète-couac. « J’ai envie que mon chocolat ressemble à l’endroit où j’habite, qu’il reflète la Guyane et ses communautés. » Drupa se définit comme transformatrice de cacao plus que chocolatière. « Ce qui m’importe, c’est le cheminement, le développement de la palette aromatique. » 

CULTIVER L’AVENIR

Présidente de l’association Bwakako, qui regroupe producteurs et transformateurs guyanais, Drupa Angenieux œuvre à structurer une filière adaptée aux réalités du territoire. En collaboration avec le Cirad (1) et la CCI, elle participe à la fabrication d’un « cacao de Guyane » fondé sur la qualité et le partage des connaissances. Engagée auprès des scolaires et ouverte à la visite, elle fait de la transmission un pilier de son projet. Sa participation récente au Salon du Chocolat à Paris marque ainsi le début d’une reconnaissance nationale et ouvre des perspectives de collaboration, notamment au Brésil. À celles et ceux qui hésitent à entreprendre, elle conseille d’observer avant d’agir et d’apprendre du chemin parcouru. Fidèle à la philosophie hindouiste, elle décrète : « Une erreur n’est grave que si l’on n’en tire aucun enseignement. »  

(1) Centre de coopération internationale en recherche agronomique pour le développement.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026