Evy Saint-Éloi, la vocation du large

Fille de pêcheur et toute jeune capitaine d’un bateau de transport de passagers, Evy Saint-Éloi a fait de sa passion son métier, les yeux rivés vers le large. Son objectif : aller le plus loin possible.

Evy Saint-Éloi. ©Cédrick-Isham Calvados
Evy Saint-Éloi. Evy Saint-Éloi. ©Cédrick-Isham Calvados

Evy Saint-Éloi, la vocation du large

Fille de pêcheur et toute jeune capitaine d’un bateau de transport de passagers, Evy Saint-Éloi a fait de sa passion son métier, les yeux rivés vers le large. Son objectif : aller le plus loin possible.

Caroline Bablin

« J’ai cherché à savoir si je voulais vraiment travailler dans le secteur maritime. »

Evy Saint-Éloi

À tout juste 20ans, l’âge minimum requis pour être capitaine d’un bateau, Evy Saint-Éloi a pris les commandes du Miss des Îles de la CTM Deher. Chaque jour, à la barre, elle effectue au moins deux fois la navette aller-retour entre Trois-Rivières, Terre-de-Haut et Terre-de-Bas. Une vocation née très tôt. « Toute ma famille, ou presque, travaille dans le secteur maritime. J’ai commencé à aller à la pêche assez jeune », explique la jeune Désiradienne. Adolescente, Evy tente pourtant de s’ouvrir à autre chose — « J’ai cherché à savoir si je voulais vraiment travailler dans le secteur maritime ou si c’était juste parce que je connaissais » — et son stage de 3e effectué dans un service de comptabilité confirme son penchant pour la mer. « En tout cas, j’ai su que je ne voulais pas travailler dans un bureau… »

« Si la mer n’est pas d’abord une passion, je ne conseille à personne de s’engager dans ce métier. »

 

L’appel du large est donc le plus fort et après le collège, obligée de quitter La Désirade pour la suite de son cursus scolaire, elle intègre directement le LEP de Blanchet, à Gourbeyre, dans la filière « pêche ». « C’est le même programme que pour la filière “commerce”, mais avec des matières en plus. Lorsqu’on suit la filière “pêche”, on peut travailler dans le commerce. Mais l’inverse n’est pas possible, à moins de suivre une autre formation, et je ne voulais me fermer aucune porte. » Pendant trois ans, Evy est la seule fille de sa classe. Et quand elle intègre la compagnie CTM Deher, elle est aussi la plus jeune. Tout juste diplômée, Evy commence comme matelot, puis bosco — « C’est maître d’équipage, je faisais le lien entre le capitaine et l’équipage », précise la jeune femme — et enfin graisseur, l’équivalent de second mécanicien, sur le Miss Outre-Mer, le tout dernier bateau de la compagnie, avant de passer capitaine, il y a un an, sur le Miss des Îles.

LE CAPITAINE 3 000 EN LIGNE DE MIRE

Déjà titulaire du Capitaine 200 (1), elle devrait bientôt valider son Capitaine 500. « J’ai déjà passé la théorie pendant ma formation, mais je dois encore naviguer pour l’obtenir », explique Evy, qui n’envisage pas de s’arrêter en si bon chemin. « Actuellement je valide mes diplômes, je prends toute l’expérience que je peux. J’ai la chance de travailler avec des personnes qui naviguent depuis longtemps, des marins qualifiés et auprès de qui je peux apprendre le métier. » Et à plus long terme ? « J’aimerais passer le Capitaine 3 000 et découvrir d’autres types de navigation, aller sur des navires à charge, des porte-conteneurs… »

Aujourd’hui, Evy travaille par périodes de deux mois d’affilée, sept jours sur sept, entrecoupées d’un mois de vacances dont elle profite pour voyager et rendre visite à sa famille. Un rythme qui demande beaucoup de concessions au niveau personnel : « Si la mer n’est pas d’abord une passion, je ne conseille à personne de s’engager dans ce métier », reconnaît la jeune femme qui, sur son temps libre, est aussi formatrice. Elle intervient, pour le compte d’un centre de formation, auprès de futurs marins de tous âges. « Je ne refuse jamais mon aide ou un conseil et si mon expérience peut servir — même si j’ai encore beaucoup de choses à vivre… —, je le fais avec plaisir. »

(1) Les brevets Capitaine 200, 500 ou 3 000, voire “illimité”, permettent de commander des bateaux selon leur jauge (200 UMS, 500 UMS, 3 000 UMS, ou jauge illimitée). Ils s’obtiennent après une formation théorique et une certaine expérience en navigation.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026