George Tarer, dame de cœur

George Tarer est une femme de caractère menée par un sens aigu de la justice, une femme « doubout ». Dans son engagement politique comme dans sa carrière de sage-femme, elle a poursuivi toute sa vie un but : adoucir le quotidien des Guadeloupéens.

George Tarer. ©Anne de Tarragon
George Tarer. George Tarer. ©Anne de Tarragon

George Tarer, dame de cœur

George Tarer est une femme de caractère menée par un sens aigu de la justice, une femme « doubout ». Dans son engagement politique comme dans sa carrière de sage-femme, elle a poursuivi toute sa vie un but : adoucir le quotidien des Guadeloupéens.

Anne de Tarragon

George Tacite naît en 1921 à Morne-à-l’Eau, au sein d’une famille à la conscience sociale et politique très marquée. Jeune fille, elle fréquente avec ses parents quelques figures politiques tels Gerty Archimède et Paul Valentino. Elle est élève du brevet supérieur au Cours Michelet pour devenir institutrice, quand la guerre et le « tan sorin » redistribuent les cartes de son avenir. Exit l’enseignement, la voilà sage-femme, sortie major de promotion en 1944 d’une éphémère école pointoise. S’ouvre alors pour elle une longue carrière, qui la mène de Marie-Galante à l’hôpital général Ricou puis au CHU. Elle y est surveillante générale quand elle se retire en 1981.

ACCOMPAGNER LES FEMMES

George Tarer a marqué de son énergie et de sa vision avant-gardiste la gynécologie obstétrique, mettant en place les protocoles de suivi des femmes enceintes, œuvrant au Planning familial. Entrer dans l’intimité quotidienne des femmes bouleverse profondément George qui recueille, au chevet des mères, le témoignage de leurs souffrances physiques, mais aussi conjugales et familiales. Elle-même a sept enfants avec son mari Pierre Tarer, un couple qui s’accompagne 63 ans durant. Militant du Parti communiste, Pierre l’initie à ses idéaux qu’elle partagera avec enthousiasme dès 1950, affirmant que « le communisme, c’est faire les choses ensemble et pour les autres ».

S’OUVRIR AU MONDE

Militante à l’Union des femmes guadeloupéennes, elle est membre de la fédération internationale des femmes, et participe à ses travaux au Togo ou à Helsinki où elle rencontre idéaux et pensées nouvelles. Elle assiste aussi à des congrès syndicaux dans le monde communiste de l’époque, échange avec les ouvrières de Cuba et de Tchécoslovaquie… encore une occasion de nourrir sa réflexion et d’étayer ses choix. Elle est adjointe d’Henri Bangou à la mairie de Pointe-à-Pitre jusqu’en 1984. La politique municipale lui est une opportunité supplémentaire de mettre au service du mieux-être individuel et collectif son incroyable énergie et son inépuisable capacité à faire, elle qu’on surnomme « la dame qui fait ! ».

Le quartier de Lauricisque, la mise en place de crèches municipales et du Conseil départemental contre la délinquance, de la téléassistance, et de la Maison du citoyen pointois… C’est elle. Encore ! Un de ses derniers engagements : avec le « droit à mourir dans la dignité », elle revendique l’ultime liberté de choisir sa mort.

UN SIÈCLE DE GUADELOUPE

George est une femme élégante, qui a toujours pris soin d’elle et de ce qu’elle offre à voir aux autres, par respect plus que par coquetterie, même si l’un n’exclut pas l’autre. Juchée sur ses hauts talons, elle a longtemps parcouru Pointe-à-Pitre, accessible, à l’écoute, portée par la foi en des combats pour lesquels sa mère, féministe avant l’heure, l’avait formatée. George Tarer a connu et accompagné les grands bouleversements du siècle, de la départementalisation aux événements de mai 67, des grandes avancées sociales aux progrès médicaux… Son mérite et son engagement ont été reconnus et célébrés à de nombreuses reprises : elle est commandeur de la Légion d’honneur — même si sa médaille préférée est celle de l’Obstétrique. Elle reste, à bientôt 105 ans, comme elle aime à le dire elle-même, « une femme verticale », n’envisageant l’horizontalité que pour le repos du tombeau.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026