Iman Jean-Gilles et Clarisse-Mariam Pilet, filiation créative
Clarisse-Mariam Pilet, créatrice textile, et sa fille Iman Jean-Gilles, bijoutière et styliste en devenir, partagent une même aventure artistique.
Iman Jean-Gilles et Clarisse-Mariam Pilet. ©Christophe Fidole / ©ALL
Iman Jean-Gilles et Clarisse-Mariam Pilet, filiation créative
Clarisse-Mariam Pilet, créatrice textile, et sa fille Iman Jean-Gilles, bijoutière et styliste en devenir, partagent une même aventure artistique.
Il y a des transmissions qui ne passent pas par les discours, mais par la proximité, le temps partagé et la matière manipulée ensemble. Chez Clarisse-Mariam Pilet et sa fille Iman Jean-Gilles, la création s’est transmise ainsi : au fil de la laine, des perles, des tissus.
Clarisse-Mariam n’était pas destinée à la mode. Médiatrice sociale et culturelle de formation, elle dessine pourtant des modèles depuis l’enfance et s’amuse avec les tissus, sans imaginer que ce jeu deviendrait un jour un langage. À 25 ans, elle prend son sac et part seule en Afrique. Là-bas, la création se réveille. Elle réalise ses premiers modèles et organise ses premiers défilés. De retour en France elle poursuit son chemin artistique en créant des costumes pour une chorale de gospel. Puis, installée dans l’Aude, elle décide de composer avec ce qui l’entoure. Clarisse-Mariam tombe amoureuse de la laine feutrée et devient feutrière, exerçant ce métier pendant plusieurs années.
Iman, elle, grandit dans cet univers. Très tôt, son regard pour les couleurs se distingue. Elle crée spontanément, fabrique des chapeaux et des accessoires, attirée par le beau, les détails, la dentelle. Dans la boutique que sa mère tient, elle vend déjà ses premières fleurs en feutre et accessoires pour cheveux. C’est pourtant plus tard, en pleine période de confinement, que le déclic s’opère. Iman s’ennuie. Elle fouille alors dans les affaires de sa mère et de sa grand-mère. « Il y avait des perles et de quoi faire des bijoux. » La création devient alors un refuge, un espace d’expression.
LAINE, PERLES ET TRANSMISSION
Elle choisit de structurer cette intuition en passant un baccalauréat professionnel Métiers de la mode et du vêtement. En fin de terminale, elle participe au Prix territorial de l’artisanat organisé par la CTG. Elle y remporte le premier prix Bijoux ainsi que le prix Jeunesse. Une reconnaissance forte, qui fait écho au parcours de sa mère, elle aussi primée dans ce même concours, la même année, mais en textile.
« Une société de consommation où l’art n’est pas reconnu à sa juste valeur. »
En 2025, mère et fille se retrouvent à travailler ensemble pour la Guyane Fashion Week. Chacune à son rythme, avec sa technique et sa sensibilité. Elles créent dans le même espace, souvent le soir, éclairées par une petite lumière, entourées par le silence de la nature. Un moment fait de concentration, d’échanges discrets et d’une profonde sérénité.
Pour autant, le chemin d’Iman reste ouvert, encore fragile. « Avant de travailler avec ma mère, je ne savais pas trop quoi faire », confie-t-elle. Et aujourd’hui encore, les questions demeurent. Comment développer une activité artistique dans « une société de consommation où l’art n’est pas reconnu à sa juste valeur » ? Ces interrogations, loin d’être un frein, nourrissent sa réflexion et son exigence.
Entre mère et fille, la mode est un espace de dialogue, de transmission et d’émancipation. Un lien renforcé par le temps partagé. Un fil « de savoir-faire ancestral » tendu entre deux générations, qui avancent patiemment au rythme de la création.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026