Jill et Ady Brumier, reines de l’asphalte
Les sœurs Jill et Ady Brumier sont pilotes et copilotes de rallye en Guadeloupe depuis qu’elles ont 31 et 22 ans.
Les sœurs Jill et Ady Brumier. ©Aubane Nesty
Jill et Ady Brumier, reines de l’asphalte
Les sœurs Jill et Ady Brumier sont pilotes et copilotes de rallye en Guadeloupe depuis qu’elles ont 31 et 22 ans.
« On ne nous prend pas toujours au sérieux. »
C’est leur père qui a préparé, durant toute leur enfance, la potion magique dans laquelle elles sont tombées petites. Le rallye automobile. Parmi les ingrédients appréciés, « cette odeur d’essence, avec un additif qui donne un parfum un peu particulier à ces grands rassemblements de voitures », souligne, malicieuse, Jill, l’aînée d’Ady. Alors que la grande revenait de ses études parisiennes, en 2016, elle se fait embarquer par sa sœur dans la pratique du sport mécanique. « Moi, j’avais mon permis et je cumulais les amendes pour des pointes de vitesse », rigole la cadette.
Avec neuf ans d’écart, les deux sœurs se rapprochent durant leurs aventures routières. Pour chercher les sponsors d’abord — presque un sport à part entière — avant d’acheter leur voiture, une Twingo RS, 130 chevaux pour faire vrombir le moteur. Malgré l’impossibilité de s’entraîner en Guadeloupe, les filles s’entourent du coéquipier de leur père pour apprendre les rudiments de la discipline.
SE FAIRE UNE PLACE
« Les reconnaissances sont longues, fastidieuses et fatigantes », assurent les deux sœurs. Mais ce sont aussi de grands moments de fous rires ou d’engueulades et de souvenirs qui soudent une équipe. Leur première course, en Martinique, elles l’ont abordée un peu comme une première vraie rencontre avec leur véhicule. Ce fut aussi la naissance pour Ady de sa passion pour l’adrénaline, du stress d’avant compétition qui prend les tripes et les compresse avant de laisser place à l’extrême concentration pour éviter les accidents. Sur le parcours, elles alternent au volant. « C’est assez rare pour être souligné », pétillent Jill et Ady, dont les visages s’illuminent à leurs souvenirs de franchissement de ligne d’arrivée, du soulagement, de la fatigue qui suit, des moments d’équipe où l’on débriefe une part de pizza à la main après les courses.
« On ne va pas très vite par rapport à nos concurrents. »
Pourtant, plaisantent-elles, elles ne vont « pas très vite par rapport à leurs concurrents » que ce soit sur les courses de côte ou le Rallye des Grands Fonds, course emblématique de leur archipel natal. « On ne nous prend pas toujours au sérieux », pouffent-elles. Et même loin d’être les plus performantes du circuit, la vitesse n’empêche pas quelques sorties de route, parfois à la limite du drame. En 2019, Ady est au volant, les freins lâchent et les deux jeunes femmes tombent à pic dans un ravin, en percutant, au passage, quelques spectateurs. Jill s’empêchait de fermer les yeux après le choc, pour rester consciente. Ady, elle, a fermé les siens. « Je me suis dit que c’était fini. »
Depuis, elles continuent de participer, plus ou moins régulièrement, aux courses comme co-pilotes. C’est aussi moins coûteux que d’avoir son propre équipage. Et puis, la vie s’est aussi chargée de ralentir leur disponibilité pour leur voiture. Jill a deux enfants, est notaire dans l’étude familiale. Ady, elle, est juriste dans un cabinet d’avocats. Mais malgré tout, les courses ne sont jamais loin : en mars 2025, le premier slalom féminin a eu lieu à Basse-Terre, où les concurrentes pouvaient courir avec leur propre véhicule. Et c’est Jill qui a gagné.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026