Joëlle Kabile, sociologue de l’anba fey
Auréolée d’une coupe afro, parée de boucles d’oreilles rondes marquées « afro-queen », Joëlle Kabile est un pur produit intellectuel de Martinique. Chercheure indépendante, elle a suivi ses études au pays et se consacre au genre, la sexualité, la famille, la violence, la précarité, la pauvreté et l’insertion dans le champ caribéen. Des sujets sensibles.
Joëlle Kabile. ©Jean-Albert Coopmann
Joëlle Kabile, sociologue de l’anba fey
Auréolée d’une coupe afro, parée de boucles d’oreilles rondes marquées « afro-queen », Joëlle Kabile est un pur produit intellectuel de Martinique. Chercheure indépendante, elle a suivi ses études au pays et se consacre au genre, la sexualité, la famille, la violence, la précarité, la pauvreté et l’insertion dans le champ caribéen. Des sujets sensibles.
« J’ai compris très vite que l’école était une micro-société. »
« L’héroïsme est un geste quotidien performé par beaucoup de gens », affirme Joëlle Kabile, sociologue et docteure en science politique. Son aphorisme révèle sa sensibilité exacerbée de chercheure qui enquête sur ses semblables, tapie dans la discrétion. Elle reste en retrait, évitant l’affichage, les médias, pour préserver son capital confiance auprès des gens qu’elle interroge. Sur cette île, l’interconnaissance compromet l’intimité. Cet entretien à cœur ouvert est une première pour Joëlle Kabile.
La scientifique veut comprendre le monde qui l’entoure ; une obsession dès son enfance. « Fillette calme, je passais beaucoup de temps à regarder les gens vivre. » Son école primaire a été son premier laboratoire. « J’ai compris très vite que l’école était une micro-société. » C’est en victime d’un odieux harcèlement scolaire qu’elle a appris sa leçon de vie. « Cette expérience m’a beaucoup instruite sur les rapports entre les individus », conclut-elle. Déjà, à cette époque, elle observait les phénomènes de colorisme et de rapports de classes sans en avoir le vocabulaire.
« Les personnes qui subissent des violences sont fortes ; leur seuil de tolérance aux dangers est très élevé. »
Adulte, Joëlle Kabile deviendra juriste diplômée en Droits de l’Homme. Or, ces études ne suffisant pas à étancher sa soif de compréhension de l’humain, elle soutiendra une thèse de doctorat en science politique intitulée Masculinités martiniquaises : une approche relationnelle, en octobre 2021. Elle goûtera à la sociologie en menant une recherche sur les femmes victimes de violences conjugales sous l’impulsion de la sociologue Nadine Lefaucheur. « Les personnes qui subissent des violences sont fortes ; leur seuil de tolérance aux dangers est très élevé. Elles ont une forme de personnalité forte qui fait qu’on veut les briser », observe-t-elle.
DES MOTS AUX PINCEAUX
En marge de ses publications scientifiques, Joëlle Kabile propose sa vision artistique. Ses recueils de poésies figurent la femme noire. En 2026, sera publié OverLove, son deuxième livre après Nous, nu édité chez L’Harmattan en 2019. Dans OverLove, Sabine Lamour, sociologue haïtienne et féministe qui l’a préfacé, décèle une « colère régénératrice ». La poétesse ne l’avait pas identifiée mais reconnaît sa révolte face au climat anxiogène de ce monde, aux inégalités croissantes et aux injustices. Avec la peinture, elle ne questionne plus. Elle s’exprime en utilisant l’aquarelle, l’acrylique, des incrustations, des broderies et des collages. Deux expositions sont prévues en 2026 à Paris et en 2027 en Martinique. Intelligence, engagement, pudeur et grande sensibilité font de Joëlle Kabile une héroïne du quotidien.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026