Joëlle Monlouis, en défense

Secrétaire générale de la FFF, Joëlle Monlouis, avocate experte en droit du sport, retrace son parcours entre souvenirs d’enfance et engagement indéfectible pour les athlètes et le ballon rond.

Joëlle Monlouis. ©Aubane Nesty
Joëlle Monlouis. Joëlle Monlouis. ©Aubane Nesty

Joëlle Monlouis, en défense

Secrétaire générale de la FFF, Joëlle Monlouis, avocate experte en droit du sport, retrace son parcours entre souvenirs d’enfance et engagement indéfectible pour les athlètes et le ballon rond.

Anne-Laure Labenne

« Les étés en famille étaient des moments en or. »

Joëlle Monlouis

En clin d’œil à sa Guadeloupe natale et à «toutes les femmes potomitan» du territoire, Joëlle Monlouis a souhaité, en avant-propos, rendre hommage à sa grand-mère avant de raconter sa propre histoire. Une femme de caractère, « couillue pour l’époque », dira-t-elle. « Elle faisait partie des rares coupeuses de canne lorsque la grève de février 1975, à Grosse Montagne (Lamentin), a été décrétée. Au milieu de tous ces hommes, et alors que ça tirait à balles réelles, elle militait pour une meilleure rémunération des agriculteurs. C’est quelque chose dont je n’ai jamais parlé… Et lorsque ma mère m’a raconté cela, je ne pouvais pas m’imaginer un seul instant que “Man Sully” avait fait partie de ce moment historique de la Guadeloupe. » De cette grand-mère disparue qui a marqué son époque, la Moulienne a hérité un certain sens de la justice et de la défense d’autrui.

Malgré un départ pour l’Île-de-France, à l’âge de cinq ans, l’attache au territoire reste totale. La culture, le créole, les souvenirs d’enfance — comme cette chèvre de compagnie, croquée par un chien, dont la perte fut son « premier gros chagrin » — sont bien ancrés. « Les étés en famille étaient des moments en or », se souvient-elle, nostalgique d’une époque mika rouges aux pieds.

FEMME DE TERRAIN

Chez les Monlouis, le sport est un langage commun. Si l’athlétisme reste son sport de cœur — elle a assisté à la finale du 100 m aux JO de Paris 2024 où elle était « comme une dingue ! » — c’est le football qui scelle l’union avec les femmes de sa vie. Sa mère, Danielle (dite “Rolande”), ancienne gloire du CSM que certains imaginaient en équipe de France si l’époque l’avait permis, décide de monter une section féminine dans le 95. Pour soutenir l’initiative, Joëlle et sa sœur cadette chaussent les crampons. « On y est allées pour qu’elle ne soit pas seule. » Souvenirs indélébiles et éclats de rires. « Ma sœur Laurence, que l’on surnommait Barbie pour sa coquetterie légendaire, s’est avérée être une buteuse redoutable », raconte-t-elle.

Initialement partie pour être médecin, Joëlle bifurque vers le droit avec cette conviction qu’elle « sera utile » aux autres. Alors avocate en droit des affaires, c’est son cousin, basketteur de NBA, qui lui fait prendre conscience du besoin d’accompagnement juridique dans le sport. Elle choisit le ballon rond. « J’avais deux intuitions : je voulais rester proche du football amateur et j’étais persuadée qu’il fallait travailler avec le continent africain. »

« On a dû faire des choix audacieux. Il n’y avait pas une minute à perdre. »

 

Elle construit sa carrière en mettant les « mains dans le cambouis », gravissant les échelons, de la Ligue de foot Paris Île-de-France aux instances internationales. Devenue experte du droit du sport, elle accompagne aussi les athlètes sur les dossiers épineux du dopage. C’est elle qui sera d’ailleurs aux côtés de l’escrimeuse guadeloupéenne Ysaora Thibus dans sa course contre la montre pour les JO de Paris 2024. Son approche ? Disruptive. « On a dû faire des choix audacieux. Il n’y avait pas une minute à perdre. Nous devions avoir une idée précise de ce qui s’est passé, comment, pourquoi et par quel produit. »

Aujourd’hui, au sein de la « belle maison qu’est la FFF », Joëlle occupe le poste stratégique de secrétaire générale. « Je suis la garante opérationnelle de la mise en œuvre de la politique fédérale portée par Philippe Diallo », explique-t- elle, évoquant aussi les projets plus spécifiques telle la conférence nationale du football amateur. Dans cette nouvelle fonction, elle s’attache de toute évidence à garder un « regard bienveillant sur l’Outre-mer ».

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026