Le fabuleux pouvoir des contes créoles

Les contes créoles ouvrent plusieurs portes aux enfants, celles de l’imaginaire, de la résilience, et des émotions. Un héritage culturel thérapeutique. 

Fayo, animateur et conteur © Lou Denim
Fayo, animateur et conteur © Lou Denim

Le fabuleux pouvoir des contes créoles

Les contes créoles ouvrent plusieurs portes aux enfants, celles de l’imaginaire, de la résilience, et des émotions. Un héritage culturel thérapeutique. 

Texte : Céline Guillaume

1 Apprendre la résilience

« Le conte créole, c’est l’école de la vigilance et de la débrouillardise. Pa lésé moun kouyoné-w ! », apprécie Raphaël Annerose, dit Fayo, animateur et conteur. Ainsi, chaque histoire exige de trouver des solutions. « Que ce soit avec Ti-Jean ou Konpè Lapen, il y a toujours une manière de s’en sortir. » Le conte fournit à l’enfant des astuces pour affronter les difficultés de la vie. « À travers les aventures des héros, il découvre que les épreuves font partie du chemin, et que la ruse, la bonté ou la patience ont souvent plus de valeur que la force brute. La peur, la colère ou la tristesse peuvent se transformer en courage et en confiance », relève Katy François, psychologue et autrice de livres pour enfants. Comme l’enseigne Mamy Ayuda, personnage central de ses ouvrages, « la vie est un chemin bordé d’apprentissages ».

2 Stimuler l’imagination

Telle une soupape de cocotte-minute, le conte permet de s’évader et de supporter les contraintes du quotidien. Cette aptitude à l’évasion accompagnera l’enfant toute sa vie. « Celui qui écoute fait travailler son imaginaire », observe Fayo. En captant l’attention de l’enfant, un univers parallèle l’invite à percevoir le merveilleux et à faire travailler sa capacité créative. « Les contes développent l’imagination, le langage et la pensée symbolique, tout en l’aidant à comprendre le monde et à donner du sens à ses émotions. Ils l’aident à grandir de l’intérieur », apprécie Katy François.

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Fayo, animateur et conteur © Lou Denim

3 Apprivoiser ses émotions

Les personnages des contes permettent aux enfants d’appréhender une palette d’émotions, qu’elles soient positives ou négatives. « J’intègre des chants et des instruments aux émotions différentes », précise Fayo. Les caractères sont exagérés, afin qu’ils puissent s’identifier, ou non, aux personnages : Konpè Lapen, le rusé vantard, Ti-Jean, l’enfant, Konpè Zamba, l’idiot, etc. Ces « archétypes » lui permettent de reconnaître et d’affronter des angoisses aussi vieilles que l’humanité, le tout sans danger réel. « Le conte apprend à l’enfant comment surmonter ses peurs », met en évidence Fayo, entre deux « rando-contes » au clair de lune. Thérapeutique, il permet de prendre de la distance avec les fameuses figures du « Soukounyan », de « la Diablesse » ou encore de « la Dame blanche ».

4 Connaître sa culture

« Le conte créole intègre l’enfant dans son milieu culturel. Il le recentre sur la richesse de notre patrimoine, nos fruits et légumes locaux, notre cuisine traditionnelle, notre créole, et même sur la géographie de son environnement », décrit Fayo. Il permet non seulement de partager, mais aussi de sensibiliser et de valoriser une culture commune. « Ils apprennent aux enfants à penser, rire et résister, à être fiers de leurs racines, tout en s’ouvrant au monde », éclaire Katy François.

5 Donner des leçons

Le conte est l’occasion de transmettre une norme ou une valeur de conduite. Les enfants peuvent utiliser des conseils dans leur vie de tous les jours, comme la bienveillance ou la prudence face à un danger. « Il dit à l’enfant : si quelque chose t’arrive, c’est que tu as désobéi, tu as transgressé un interdit ! Si tu rencontres la diablesse, c’est que tu as été dansé sans l’accord de tes parents. Mais il y a toujours une porte de sortie », rassure Fayo.

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Fayo, animateur et conteur © Lou Denim

Rapprocher les générations

Auparavant, les histoires orales étaient l’occasion, pour les plus âgés, de faire entendre des leçons de vie. Le conte était d’abord une parole venue de la nuit des temps, partagée, de génération en génération. « Nos contes des Antilles transmettent une philosophie qui nous est propre avec des valeurs telles que la débrouillardise, le respect des anciens, la solidarité, la parole comme outil de sagesse. Ils permettent aux enfants de connaître les proverbes qui font la beauté de notre langue créole et l’humour de nos anciens. Écouter ou dire un conte, c’est plus qu’un moment de plaisir. C’est recevoir ou donner une parole qui relie, une graine de vie transmise de bouche à oreille, de cœur à cœur », résume Katy François. Yékrik ?