Line, Ruth et Rubie Beelmeon, tenue d’apparat

Dans la famille Beelmeon, trois générations de femmes appartiennent à l’association des Cuisinières, l’une des plus vieilles de Guadeloupe.

Line Beelmeon (au centre), entourée de sa fille Ruth et sa petite-fille Rubie. ©Cédrick-Isham Calvados
Line Beelmeon (au centre), entourée de sa fille Ruth et sa petite-fille Rubie. ©Cédrick-Isham Calvados

Line, Ruth et Rubie Beelmeon, tenue d’apparat

Dans la famille Beelmeon, trois générations de femmes appartiennent à l’association des Cuisinières, l’une des plus vieilles de Guadeloupe.

Amandine Ascensio

« Il faut rester polie, bien se tenir, sinon on a des amendes. »

Line Beelmeon
©Cédrick-Isham Calvados

C’est l’éclat des tenues qui l’a séduite. Les belles robes, bien repassées, aux couleurs chatoyantes. Les coiffes colorées. L’allure et le port de tête de ces dames, qui paradent dans les rues de Pointe-à-Pitre chaque année, début août.  « Je ne connaissais pas mais, quand je suis rentrée en Guadeloupe, après de longues années dans l’Hexagone, je me rappelle avoir dit à mon frère “l’année prochaine, je serai cuisinière” », raconte, sourire radieux aux lèvres, Line Beelmeon, 70 ans et matriarche de la dynastie familiale des Cuisinières.

Car trois générations de femmes sont engagées au sein de la prestigieuse association guadeloupéenne que sont les Cuisinières, gardiennes du patrimoine culinaire de l’archipel. À l’origine, c’était surtout une association d’entraide. « On a toujours ce volet-là », assure Ruth, la fille de Line, dernière à avoir intégré l’association. Pendant qu’elle était dans l’Hexagone, c’est Line qui assurait la garde de sa petite-fille, Rubie, la plus jeune des recrues de l’association. Cette dernière a déjà une façon de penser bien à elle et de grandes ambitions. « Un jour, je serai la présidente de l’association », assène la fillette de 11 ans avec sérieux et gravité. Pour elle, l’association est une passion. Elle y évolue comme un poisson dans l’eau, alors qu’en théorie, on ne peut intégrer la communauté qu’à la majorité. « On se fait baptiser au rhum et je l’ai été », dévoile Rubie, très fière.

UN ANCRAGE DANS LA TRADITION

Au retour au pays de sa maman, c’est naturellement que cette dernière s’est retrouvée embarquée dans l’aventure, un peu plus simplement que Line qui avait dû écrire trois courriers avant de trouver sa marraine. Car chez les Cuisinières, on ne plaisante pas avec le protocole d’admission et les comportements au quotidien. Il existe même des sanctions en cas de manquement à la bonne tenue. « On ne peut pas avoir de vêtements froissés. Il faut rester polie, ne pas dire de gros mots, bien se tenir, sinon on a des amendes », rappelle Line, en mimant la petite cloche que les autorités de l’association peuvent secouer en cas de manquement.

Un ancrage dans la tradition qui satisfait tout le monde dans la famille, très attachée à la dignité, au respect de soi et à la foi aussi. « Mais attention, on sait s’amuser », rient les trois femmes aux souvenirs de repas festifs, dansants, parfois arrosés. Et puis chez les Beelmeon, on ne s’arrête pas là. Line, tout comme sa descendance, est aussi férue de carnaval et participe à plusieurs groupes : Vim, Double face, Restan la, et bien d’autres encore…

« Un jour, je serai la présidente de l’association »

 

Quand on les interroge sur leur meilleur souvenir, c’est la fierté du premier défilé qui l’emporte. Les trois femmes évoquent le prestige de défiler dans de si belles tenues, la préparation aussi des vêtements, des bijoux. « Et puis je suis passée à la télé ! », s’exclame fièrement Rubie, au souvenir de son passage sur le plateau de Guadeloupe La 1ère, après le défilé traditionnel de la Saint- Laurent. Elle est la relève, l’espoir d’une tradition qui, sans se perdre totalement, se dilue un peu, parfois, dans les vicissitudes du monde moderne. Et les Cuisinières, c’est comme une seconde famille idéale, un lieu de joie, d’amour et de partage qui, chez les Beelmeon, enveloppe tout le monde, même les hommes. Le mari de Line est commissaire chez les Cuisinières.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026