Ludivine Roumbo, science exacte

La Sainte-Rosienne Ludivine Roumbo incarne, à bientôt 30 ans, l’excellence scientifique. Lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco, la chercheuse prouve que l’ambition n’a pas de plafond de verre.

Ludivine Roumbo. ©Aubane Nesty
Ludivine Roumbo. Ludivine Roumbo. ©Aubane Nesty

Ludivine Roumbo, science exacte

La Sainte-Rosienne Ludivine Roumbo incarne, à bientôt 30 ans, l’excellence scientifique. Lauréate du prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco, la chercheuse prouve que l’ambition n’a pas de plafond de verre.

Anne-Laure Labenne

« Une fois la thèse passée, on se rend compte qu’on sait plein de choses, on sait de quoi on parle et on est enfin légitime. »

Ludivine Roumbo

C’est à l’Institut JacquesMonod, au cœur du 13earrondissement de Paris, que Ludivine Roumbo nous a donné rendez-vous. Ici, dans son laboratoire, lieu de ses expériences et de ses recherches, vêtue de sa blouse blanche et pleine d’assurance. Ça n’a pas toujours été le cas, confiera-t-elle. « Ça va mieux depuis que j’ai soutenu ma thèse. Une fois cette étape passée, on se rend compte qu’on sait plein de choses, on sait de quoi on parle et on est enfin légitime. »

Pour ses travaux de recherche sur la division cellulaire, la jeune femme a reçu, en octobre dernier, le prix Jeunes Talents L’Oréal-Unesco pour les femmes et la science. « J’ai quand même demandé à deux reprises s’ils ne s’étaient pas trompés. Au cas où… », avoue-t-elle. Trente-quatre doctorantes, sélectionnées parmi près de 700 candidates, sont ainsi récompensées chaque année pour leurs recherches prometteuses. Un prix mais surtout une reconnaissance majeure dans un milieu où les femmes ne représentent que 29,7 % de l’effectif des chercheurs dans le monde, selon le dernier rapport de l’Unesco.

UNE ENFANCE AU JARDIN

L’histoire de Ludivine commence en Guadeloupe, à Sainte-Rose, dans les jardins de l’Écomusée créole créé par ses parents, Jocelyn et Virginie. « J’ai été bercée et j’ai grandi dans cet environnement des plantes médicinales. Notre maison est située au milieu du site », raconte celle qui se passionnera toute petite pour les savoirs de la pharmacopée antillaise. « C’est le domaine de prédilection de mon père. Mon goût pour la science commence avec lui, à comprendre comment les plantes font pour soigner. »

L’élève embrasse des études scientifiques : bac S au lycée Sonny-Rupaire, licence Sciences de la vie à La Sorbonne puis master en biologie moléculaire et cellulaire. « Au fil du temps, j’ai dévié de la biologie végétale et de la pharmacopée pour comprendre les mécanismes fondamentaux. » Autrement dit, comprendre comment fonctionnent les choses, les différentes cellules et leurs rôles. « En quelque sorte le code de la route des cellules », complète-t- elle, soucieuse de la vulgarisation scientifique. « Qu’est-ce qui fait que des cellules divergent et mènent à des cancers par exemple, ou des maladies, et pourquoi. »

« Dans notre corps, toutes les cellules se divisent. »

 

Passionnée et tenace, Ludivine témoigne, par son parcours, d’un besoin infatigable de savoir. Sa thèse l’a amenée à se pencher sur le pourquoi et le comment de la division des cellules. « Dans notre corps, toutes les cellules se divisent. La peau se renouvelle tous les sept jours, quand les cellules de nos yeux ne se divisent quasiment jamais une fois le stade de développement atteint. Comment une cellule sait-elle, avec la même information génétique, qu’il faut se diviser là, mais pas là ? », interroge-t-elle.

Sa toute récente récompense, la Sainte-Rosienne souhaite la transformer en engagement, notamment auprès des jeunes de son lycée où elle revient tous les ans lors de ses vacances. « C’est important de montrer que l’excellence scientifique se conjugue aussi au féminin », précise-t-elle, espérant ainsi ouvrir la voie.

Si l’éloignement avec son île natale lui est pesant — elle espère pouvoir rentrer au péyi un jour—, Ludivine ambitionne tout d’abord d’aller « voir ce qui se passe ailleurs » et développer ses compétences.

Dans sa colocation parisienne avec des amis du lycée, l’atoumo séché et l’herbe à pic ne sont jamais loin. Clin d’œil à son jardin qui l’a vue grandir.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026