Magaly Robin, madame la commissaire
Magaly Robin est la première Guyanaise admise au concours de commissaire de police. Celle qui voulait exercer un métier qui « serve aux autres » cultive, depuis l’enfance, le goût de l’effort et de l’engagement.
Magaly Robin. ©Mathieu Delmer
Magaly Robin, madame la commissaire
Magaly Robin est la première Guyanaise admise au concours de commissaire de police. Celle qui voulait exercer un métier qui « serve aux autres » cultive, depuis l’enfance, le goût de l’effort et de l’engagement.
« Quand vous êtes cheffe de patrouille à 21 ans, vous devez parfois prendre des décisions importantes. Ça fait grandir très vite. »
Magaly Robin s’est construite dans la pratique et la culture du sport de haut niveau, sous la houlette de Louis Lafontaine, entraîneur d’athlétisme qui lui a appris à repousser ses limites. Forgée sur la piste, sa force de caractère l’amène, à 19 ans, à suivre les traces de son père, policier lui aussi. « Gardien de la paix, c’est le premier échelon de la profession, mais c’est la plus belle dénomination. Que l’on soit officier ou commissaire, on reste toujours gardien de cette paix. » Quatre ans dans un secteur sensible en région parisienne lui apprennent la dureté du métier. « Quand vous êtes cheffe de patrouille à 21 ans, vous devez parfois prendre des décisions importantes. Ça fait grandir très vite. »
L’APPEL DU PÉYI
En 2001, quand l’institution sollicite les policiers originaires de Guyane pour renforcer la sécurité sur le territoire, elle accepte sans hésiter. « Lorsqu’on grandit quelque part, on a la responsabilité de lui rendre quelque chose de nous. Et puis ici, il y a encore ce regard bienveillant de la population, ce respect de l’uniforme. » Le retour au péyi lui ouvre les yeux sur les réalités du multiculturalisme et la résilience de ses communautés, notamment dans les quartiers difficiles.
« Nous avons des qualités différentes à offrir, c’est ce qui fait notre force. »
Devenue officier en 2005, elle occupe divers postes à travers le département : police aux frontières, renseignement, sécurité publique, compagnie d’intervention. « La mobilité permet de bâtir une solide expérience. » Son engagement dans le métier s’intensifie au contact des policiers avec lesquels elle travaille. « Ils interpellent des délinquants souvent armés dans un contexte sud-américain, en jonglant quotidiennement entre leur vie professionnelle et leur vie privée. Ce sont mes collègues qui me donnent envie de continuer. »
Être une femme dans un milieu largement masculin n’a pas été un frein. « Nous avons des qualités différentes à offrir, c’est ce qui fait notre force. » Son secret pour réussir à s’imposer ? Ne surtout pas chercher à se comporter comme un homme. Face aux obstacles et critiques — trop jeune, trop féminine, trop locale — elle refuse la posture de victime et mise sur la franchise et le dialogue. « Chaque épreuve, en dépit de la douleur, s’est révélée être un nouveau tremplin. » Repousser les limites. Toujours. C’est ainsi qu’à plus de 40 ans, elle réussit le concours de commissaire de police, une ambition qu’elle avait mise de côté pour élever ses trois enfants.
Face aux nombreux enjeux sécuritaires en Guyane, Magaly veut s’investir davantage et, pourquoi pas, inspirer la jeunesse. Convaincue que la police offre des possibilités d’ascension sociale, elle encourage à oser. « J’aimerais que notre jeunesse résiste à la tentation de l’argent facile. Il n’y a pas de réussite sans sacrifices. » Aujourd’hui, elle partage son temps entre l’école des commissaires de police à Saint-Cyr-au- Mont-d’Or (métropole de Lyon) et la Guyane, portée par le soutien indéfectible de ses parents — « sans eux, cette carrière n’existe pas » — et de son ami, « partenaire de mes joies comme de mes peines ». À l’issue de sa formation, rien ne garantit un retour immédiat sur le territoire. Mais Magaly, droite et sereine, sait que le parcours impose parfois de s’éloigner pour mieux revenir.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026