Maya Saxémard, avocate à paillettes

Dans son cabinet de Fort-de-France, Maya Saxémard casse les codes d’un métier réputé austère. Avocate pénaliste, militante et « femme à paillettes », comme elle se définit, elle plaide pour une profession désacralisée.

Maya Saxémard. ©Jean-Albert Coopmann
Maya Saxémard. ©Jean-Albert Coopmann

Maya Saxémard, avocate à paillettes

Dans son cabinet de Fort-de-France, Maya Saxémard casse les codes d’un métier réputé austère. Avocate pénaliste, militante et « femme à paillettes », comme elle se définit, elle plaide pour une profession désacralisée.

Noémie Dutertre

« Le combo des deux mots “Activiste Shatta”, c’était pour montrer qu’on pouvait être militant, activiste, tout en assumant un côté festif, populaire. »

Maya Saxémard

Doré et rose. Le cabinet d’avocat de Maya Saxémard, situé à Fort- de-France, reflète parfaitement sa personnalité. L’espace est soigneusement agencé, rien n’y est laissé au hasard, pas même le logo. Maya Saxémard incarne à la fois une avocate rigoureuse et « une femme à paillettes ». C’est elle qui se définit ainsi sur son compte Instagram.

À 27 ans, cette avocate pénaliste revendique un style qui tranche avec les codes encore très rigides de la profession. « J’ai mon petit côté artistique, excentrique. Ce qui peut parfois étonner, car on imagine souvent le métier d’avocat comme quelque chose d’austère, très sérieux, presque mystérieux », confie-t-elle. Sur les réseaux sociaux, elle a fait le choix de dévoiler sa personnalité. « J’aime chanter, j’aime danser. J’aime la scène, les costumes à paillettes, et je n’ai pas envie de me priver de ça. »

LIEN INSULAIRE

Née en banlieue parisienne, de parents martiniquais, Maya grandit avec la musique, la mémoire, les récits. Le créole lui échappe parfois encore un peu, mais le lien avec son île, lui, n’a jamais été rompu. Étudiante en droit à Nanterre puis à Montpellier, elle crée une chaîne YouTube, « Activiste Shatta », pour parler d’histoire afro-caribéenne, de luttes politiques et surtout, de Martinique. « Le combo des deux mots “Activiste Shatta”, c’était pour montrer qu’on pouvait être militant, activiste, tout en assumant un côté festif, populaire. »

Diplômée du barreau, elle quitte l’Hexagone et s’installe en Martinique. « Je me sentais chez moi ici. Même si j’ai grandi en France, ce n’est pas là que j’allais être heureuse. » Contre les avis de ses confrères, elle ouvre seule son cabinet et choisit le droit pénal. « On m’a dit que c’était du suicide. Mais je voulais choisir mes dossiers et préserver mon équilibre vie pro-vie perso. »

AVOCATE RECONNUE

Trois ans plus tard, elle vit de son métier. Elle plaide, sillonne l’île pour les gardes à vue, défend majoritairement les accusés. « Je pense que je suis vraiment à ma place en défense. J’aime plaider. » En effet, l’éloquence est son terrain de jeu. Récompensée sur les scènes nationales et internationales, elle a gagné le premier prix de la Conférence internationale des barreaux, au Togo, en 2025 et le deuxième prix à la Conférence nationale du Grand Serment. Dans ses plaidoiries, elle aime glisser une référence au rap, une autre à l’histoire de la Martinique.

L’avocate a aussi publié en 2023 un livre intitulé Activisme et droit pénal : les infractions légitimes. S’appuyant sur des luttes récentes (statues, violences policières, actions féministes ou écologistes), elle analyse la manière dont les militants font face à la justice ou s’en saisissent.

Maya Saxémard prouve ainsi qu’il est possible de briller avec des « paillettes » tout en excellant dans son métier.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026