Michelle Baillot, première barreuse
Membre historique de l’équipage Ti Bijou, Michelle Baillot est une pionnière de la féminisation de la voile traditionnelle en Guadeloupe.
Michelle Baillot. ©Ludovic Clerima
Michelle Baillot, première barreuse
Membre historique de l’équipage Ti Bijou, Michelle Baillot est une pionnière de la féminisation de la voile traditionnelle en Guadeloupe.
« Nous avons monté l’équipage Ti Bijou, composé uniquement de femmes. »
Rien ne prédisposait Michelle Baillot à devenir une mordue de navigation en tous genres. Pourtant, le virus de la mer l’attrape très jeune. Dès l’adolescence.« Mon premier souvenir de navigation remonte à mes 13 ans. C’était l’automne, mon oncle venait d’acheter une planche à voile. C’était mon rêve qui s’exauçait. J’étais tellement contente que je ne sentais même pas le froid. » Cette passion ne la quittera plus. Que ce soit au lycée ou à la fac, la planche à voile s’intègre à son cursus scolaire. Elle poursuit en s’intéressant aux bateaux de course-croisière, jusqu’à ce que la vie la mène, en 2002, de l’Hexagone à la Guadeloupe. Michelle Baillot est alors sportive de haut niveau. Sa discipline ? Le kitsurf.
« La voile traditionnelle, c’est l’association de l’engagement physique et de la tactique. »
En 2006, l’athlète arrête sa carrière et fait la rencontre de la voile traditionnelle. « C’était à la base nautique de Sainte-Anne. Tout est allé très vite. J’ai commencé à m’entraîner avec une amie, Céline. Puis l’idée de participer au TGVT (Tour de la Guadeloupe en voile traditionnelle, ex-Traditour, NDLR) nous est venue. À l’époque, c’était un sport exclusivement masculin. Nous avons monté l’équipage Ti Bijou, composé uniquement de femmes, avec pour sponsor Jean- Marc Titeca-Beauport d’Eurogold. Nous partions un peu la fleur au fusil, sans chercher d’autre résultat que celui de finir la course », confie-t-elle dans un sourire. « On ne savait pas que c’était aussi dur et c’était peut-être mieux comme ça. La voile traditionnelle, c’est l’association de l’engagement physique et de la tactique. Il faut savoir prendre la décision sur le plan d’eau en fonction de la météo, du vent ou des concurrents. À la fin, le meilleur équipage est celui qui arrive à associer tout ça. »
FAIRE SES PREUVES
Une semaine avant le Tour, Michelle Baillot et ses coéquipières reçoivent leur saintoise pour leur première étape : Saint-François – Le Moule. « À l’entraînement, le bateau se remplissait comme une baignoire. On a dû couler 5 ou 6 fois sur le bord de la plage devant les gars. Mais ça ne nous a pas découragées plus que ça. » Une détermination qui va l’accompagner jusqu’en 2011. « J’ai arrêté car je voulais prendre un peu plus de temps pour moi et mon fils. Mais je garde un excellent souvenir de cette époque. Je me rappelle lorsqu’on a fini le tour pour la première fois. On avait fait nos preuves. Le public nous suivait à fond. La flotte nous a adoptées. Les hommes nous aidaient systématiquement pour sortir le bateau. »
« Je suis contente de voir l’évolution du milieu. »
Aujourd’hui, la navigatrice, en retrait des courses, veut transmettre son expérience. « Je leur donne quelques astuces. Je suis très impressionnée par leur condition physique. Lorsque j’ai commencé, nous avions un déficit de masse sur l’embarcation. La musculation chez les femmes n’était pas à la mode. Et aujourd’hui, je les vois faire des entraînements de CrossFit pour se préparer aux courses. » Ti Bijou n’est désormais plus la seule équipe féminine de voile traditionnelle. Et l’on trouve même des équipages mixtes. « Je suis contente de voir l’évolution du milieu. Il s’ouvre même aux jeunes avec un système de bonification pour les équipages qui en recrutent », conclut- elle. De quoi participer à la popularité croissante d’un sport phare de la culture guadeloupéenne.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026