Nadini Seedo, cultures et transmission

Sur les réseaux sociaux, Nadini Seedo partage des contenus dédiés aux cultures qui composent son identité.

Nadini Seedo. ©Lilian Eloi
Nadini Seedo. Nadini Seedo. ©Lilian Eloi

Nadini Seedo, cultures et transmission

Sur les réseaux sociaux, Nadini Seedo partage des contenus dédiés aux cultures qui composent son identité.

Nancy Lafine

Arrivée en Guyane à l’âge de deuxans, Nadini Seedo est née au Suriname, «dans un village sur le fleuve». La jeune femme grandit à Macouria, entre deux rives, entre deux langues, entre deux mondes. À la maison, on parle le saamaka et à l’école, le français, qui arrive un peu plus tard. Jusqu’à l’âge de sept ans, elle ne le maîtrise pas. Et puis il y a ce prénom, Nadini, qu’on écorche, qu’on déforme, qu’on n’essaie pas toujours de comprendre.

Très tôt, la différence s’impose à elle. Pendant longtemps, elle la vit comme un poids, jusqu’à ses 13 ans et un déménagement à Kourou. Là-bas, tout change. Le saamaka résonne désormais dans sa vie quotidienne et, pour la première fois, son prénom ne pose plus question.

QUAND L’EXIL RÉVÈLE L’HISTOIRE

Mais c’est loin de la Guyane que le véritable déclic se produit. Partie dans l’Hexagone pour ses études, elle se retrouve face à d’autres récits, d’autres héritages. Quand on lui demande son histoire, elle réalise qu’elle « n’a rien à raconter ». « Car je ne connaissais pas grand-chose », se souvient-elle. Alors elle cherche, elle lit, elle fouille. Elle découvre l’histoire « de mes ancêtres, de certaines traditions que je ne connaissais pas… et j’ai été fascinée ». Cette fascination devient alors une force.

Ce qu’elle découvre, elle refuse de le garder pour elle et le partage. Son compte Instagram @sabiboto__ naît ainsi, pour expliquer, transmettre, rendre visible une culture souvent ignorée, parfois stigmatisée. Les réseaux sociaux deviennent son outil : rapide, direct, jeune, mondial. Le parcours n’est pas lisse. Son compte est signalé et supprimé à plusieurs reprises. Le plus dur ? Quand les critiques viennent de sa propre communauté. Mais Nadini continue, parce qu’avant elle, peu prenaient le temps d’expliquer.

De retour en Guyane après sept ans d’absence, la jeune fille de 27 ans mesure l’impact de son engagement. La reconnaissance est là. Dans la rue, des mamans l’arrêtent, des tontons l’encouragent : « Continue, la jeunesse a besoin de ça. » Elle porte une double identité qu’elle revendique sans compromis : Guyanaise et Surinamaise. Dire l’une sans l’autre serait mentir. Les attentes, elles aussi, sont bien présentes. Et avec elles, la pression, notamment celle imposée aux femmes : se marier, avoir des enfants, rentrer dans les cases. Nadini a choisi un autre tempo. Le sien.

Son ambition désormais ? Aller plus loin. Rencontrer d’autres cultures, créer des ponts, produire, pourquoi pas, des mini-documentaires. Continuer à raconter. Parce que parfois, il faut partir loin pour comprendre la richesse que l’on porte. Et surtout, pour apprendre à la faire entendre.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026