Patrice Ponnamah « Une culture d’entreprise du service public » 

Si l’eau tombe du ciel, son acheminement en quantité et qualité jusqu’à nos robinets nécessite une rigoureuse organisation et un souci constant de performance. Démonstration dans l’Espace Sud, où la ressource est entre les mains d’une entreprise privée experte.

Patrice Ponnamah, président de la Société Martiniquaise des Eaux
Patrice Ponnamah, président de la Société Martiniquaise des Eaux

Patrice Ponnamah « Une culture d’entreprise du service public » 

Si l’eau tombe du ciel, son acheminement en quantité et qualité jusqu’à nos robinets nécessite une rigoureuse organisation et un souci constant de performance. Démonstration dans l’Espace Sud, où la ressource est entre les mains d’une entreprise privée experte.

Mathieu Rached 

La Société Martiniquaises des Eaux (SME) approvisionne en eau potable les habitants de l’Espace Sud (12 communes) ainsi que certains quartiers du Robert et de Trinité. Elle est également en charge de l’assainissement, couvrant l’Espace Sud, le Robert, Trinité et les communes du Nord Caraïbe. Concrètement, ce sont 2 300 kilomètres de canalisations, un réseau d’une centaine de réservoirs alimentés par deux usines, et des stations de contrôle et de chloration réparties sur l’ensemble du territoire qui garantissent la qualité de l’eau potable à chaque étape. « On ne dort pas bien la nuit », concède dans un sourire le président, responsable avec le directeur général, de 200 agents mobilisés pour qu’une eau de qualité soit disponible quand on ouvre le robinet. La fin de l’année 2025 aura été marquée par plusieurs annonces et engagements de l’entreprise. Nous avons rencontré Patrice Ponnamah, qui détaille les fondamentaux d’une entreprise en charge d’un service public capital.

En arrivant au siège du Lamentin, on observe des allers-retours incessants et on constate que la SME est un lieu de passage continu. Cette dimension de lieu d’accueil est-elle une composante importante de votre fonctionnement ?

Vous l’avez justement souligné : nos usagers privilégient souvent le contact direct, que ce soit au guichet, aux bornes de paiement ou via la boîte aux lettres de notre siège au Lamentin, notamment pour régler leurs factures. C’est la dimension de service public de notre activité qui explique cette relation de proximité, indépendamment de l’arrivée d’outils de dématérialisation. À notre échelle, la qualité de l’accueil est très importante pour l’entreprise. Nous entretenons un lien privilégié avec le public, qui vient échanger avec nos agents et accomplir ses démarches administratives en toute confiance.

Et en même temps, vous avez démultiplié les canaux de communication et d’interaction avec vos clients…

(sourire) Oui, c’est dans la continuité de cette politique de proximité. Par exemple, le paiement, peut se réaliser par chèque, en ligne, à la borne, chez son commerçant via Zapay… Nous déployons plusieurs outils pour proposer un éventail de solutions au bénéfice de nos clients. C’est à nous de nous adapter, sans pour autant renoncer à nos espaces d’accueil physiques.

On retrouve aussi vos services directement au sein de France Services, dans certaines communes.

Oui, nous avons signé une convention avec trois maisons France Services, aux Trois-Ilets, au François et au Vauclin. Nous formerons du personnel et animerons des ateliers si nécessaire. En fonction des retours et attentes, la SME prévoit d’étendre ce dispositif sur le territoire Sud, avec l’ouverture d’un nouveau point d’accueil courant premier semestre 2026. C’est un jalon de plus dans notre politique de proximité « o pli pré sé moun lan » ou notre précieux « aller vers ».

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Alex Rom, Nicol Paulin, Wilfreid Letord et Thierry Crater (chauffeur de la pelle) Jean-Albert Coopmann

Dans cette politique, l’accessibilité est-elle également un des enjeux ?

Absolument. Si aux Antilles les discussions sur l’eau se concentrent souvent sur les problèmes de coupures et d’accès, nous poursuivons cependant notre politique d’amélioration. L’accessibilité aux personnes mal voyantes et mal entendantes en fait partie : nous avons signé une convention avec l’organisme ACCEO il y a quelques mois pour former nos agents et adapter nos supports. Être un maillon du service public nous oblige à répondre aux besoins de toutes les Martiniquaises et tous les Martiniquais. Nous sommes également très fiers à la SME d’avoir obtenu le label « Handi-Engagé », attribué par France Travail en fin d’année 2025. C’est un signe de notre engagement et de notre politique RSE.

Si l’on revient à la ressource et à l’approvisionnement des 70 000 clients de la SME, les chiffres indiquent que le réseau du Sud est le plus performant de la Martinique (et bien au-delà). Sur quoi reposent ces résultats ?

C’est le cœur de notre métier. Nous avons un engagement qui exige un pilotage serré, avec de l’anticipation et de la réactivité. Le défi est clair : perdre le moins d’eau possible. Chaque fuite ou casse est réparée dès sa détection via nos outils digitaux ou via un concitoyen, sans délai. C’est ce qui explique que l’Espace Sud ait le meilleur rendement : sur 100 litres d’eau captés, 82 % arrivent au robinet des usagers, contre 51 % pour le Centre et 56 % pour le Nord.

En termes d’organisation, comment faire face à des imprévus sur plus de 2 000 km de canalisations et une centaine de réservoirs ?

Cela repose sur une organisation rigoureuse. La SME dispose d’un stock de pièces suffisant permettant à nos équipes d’intervenir rapidement sur les fuites et les casses. En matière de compétences, parmi nos 140 techniciens, une quarantaine suit chaque année un parcours de formation. Ce système repose sur une gestion rigoureuse des plannings, des missions quotidiennes et des astreintes. Chaque nuit et week-end, une vingtaine de techniciens est mobilisée, prête à intervenir, sans compter les partenaires et sous-traitants également mobilisables.

Une facturation au réel 

La SME a fait évoluer ses équipements et techniques de relèves de compteurs. Depuis octobre 2025, une nouvelle génération d’appareils de comptage compatible avec les dispositifs de télérelève est déployée sur le territoire au niveau des gros consommateurs. Cette solution permet de recevoir ses factures sur la base d’une consommation réelle, sans estimation et rattrapage, et de repérer instantanément quand il y a une fuite chez l’abonné.

Le réseau subit-il régulièrement des casses ?

Tous les jours. Ne nous y trompons pas, nous sommes sur un territoire vulnérable, exposé à des conditions sismiques et climatiques avec de forts impacts sur nos infrastructures. Pour vous donner un exemple de comparaison, à Paris, on dénombre 1 à 2 fuites par semaine, contre 1 à 2 par jour sur le territoire de l’Espace Sud.

Avec, à chaque fois, une coupure d’eau sur le réseau ?

Les cas de figure sont très variés, et les causes de coupures aussi. Il y a la casse imprévue mais aussi les travaux programmés d’extension, de remplacement des canalisations, le nettoyage annuel de la centaine de réservoirs du réseau, l’arrivée de grosses pluies qui rendent l’eau de la rivière trop boueuse et empêche la captation de l’eau pendant plusieurs heures, des problèmes électriques sur les stations de relevage, etc. Chacun de ces problèmes perturbe la distribution et peut entraîner une coupure d’eau qui impacte nos usagers. Les réservoirs auxquels ils sont reliés sont calibrés et monitorés, pour amortir ces coupures et ainsi limiter ces différents événements techniques. Notre rôle est de minimiser le risque et la durée de coupure.

Dans le cas de coupures, comment sont gérées les interactions avec les usagers ?

Nous utilisons plusieurs canaux de communication pour informer nos clients. En cas de coupure, le centre d’appels est généralement sollicité, instantanément, par les usagers concernés. Ensuite, nos pages réseaux Facebook sont très suivies et informent en temps réel, de même que notre site internet. Les abonnés ont également la possibilité de recevoir des alertes par mail. En effet, il est tout aussi important de déployer nos équipes techniques sur le terrain que d’informer nos usagers. C’est tout l’enjeu de notre mission, pour la protection d’une ressource vitale et un service public performant.

Le réseau est-il voué à évoluer pour maintenir son rendement ?

C’est impératif, on a vu en 2024, lors du carême, que des conditions de sécheresse pouvaient menacer l’approvisionnement en eau du sud de la Martinique, tout comme la multiplication d’épisodes pluvieux intenses et répétés… De même que la montée des eaux littorales menacera à terme une partie du réseau. En tant que délégataire de service public, nous réparons, entretenons, réalisons des extensions mais les infrastructures ne nous appartiennent pas. Dans le cadre de notre rôle de conseil, notre bureau d’études propose chaque année, à la collectivité des ouvrages à rénover ou à changer. In fine, la collectivité choisit ceux pour lesquels ils réalisent leur investissement. Les derniers en date, sont la réalisation de deux nouveaux réservoirs à Rivière-Salée qui multiplient par 10 la capacité du réservoir précédent. Les projets se construisent donc en collaboration avec les collectivités, nous travaillons ainsi sur le projet Re-Use avec le Galion, qui doit permettre de mieux irriguer les cultures de canne à sucre en ayant recours directement aux eaux usées traitées (mais non potables), au lieu d’utiliser l’eau potable destinée à la consommation des populations… S’il semble acquis et naturel pour la population et les entreprises d’avoir de l’eau au robinet, c’est bien le travail des équipes expertes de la SME, 24 h/24, 7 j/7, depuis 49 ans.

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Patrice Ponnamah (président de la SME), Luc Ceneyon (Croix rouge), Marie-Line Sainte Rose Franchine (Croix rouge) et Christophe Rosso (directeur général de la SME) Jean-Albert Coopmann

Opération solidarité

Chaque année, la SME, accueille les initiatives de son personnel et du public afin de collecter des denrées alimentaires pour les foyers les plus démunis. Cette année aussi, le comité social et économique (CSE) de la SME, en partenariat avec la Banque alimentaire et Pannié Lanmou, a également organisé ce type de collecte lors de son Chanté Nwèl solidaire. Par ailleurs, la SME a également initié une collecte de jouets, dans son accueil clientèle, grâce à une convention signée avec la Croix-Rouge.