Queen Ci, l’odyssée queer
Hélène Ducalcon, alias Queen Ci, est revenue. Après vingt ans d’exil nécessaires pour vivre librement, la DJ pose ses valises en Martinique. Un voyage intérieur pour offrir à la communauté queer locale la visibilité et les espaces qui lui ont manqué.
Queen Ci. ©Lia Visyon
Queen Ci, l’odyssée queer
Hélène Ducalcon, alias Queen Ci, est revenue. Après vingt ans d’exil nécessaires pour vivre librement, la DJ pose ses valises en Martinique. Un voyage intérieur pour offrir à la communauté queer locale la visibilité et les espaces qui lui ont manqué.
L’EXIL COMME CONDITION DE SURVIE
Pour comprendre la femme alignée d’aujourd’hui, il faut regarder dans le rétroviseur, vers une adolescence martiniquaise marquée par le silence. Hélène découvre la violence de l’homophobie à travers le coming out de son frère, vécu comme un véritable séisme familial. Dans ce climat où la religion et le « qu’en-dira-t-on » pèsent lourd, elle comprend qu’être queer ici est impossible sans se mettre en danger. Le départ vers l’Europe ne fut donc pas qu’un désir d’ailleurs, c’était une urgence vitale, une stratégie de protection : « Il fallait que je me barre pour exister. »
LONDRES-PARIS : LA CONQUÊTE DE SOI
L’escale européenne sera celle de la libération. À Londres, puis à Paris, Hélène découvre l’anonymat salvateur de ces grandes cités et la chaleur des « safe spaces ». Dans les clubs de Soho ou à La Mutinerie, elle n’a plus besoin de raser les murs. Elle y forge son armure et son art, refusant les étiquettes réductrices « exotiques » pour s’affirmer comme un tout indivisible : « Une femme queer antillaise. » C’est là-bas qu’elle devient Queen Ci, une artiste authentique qui mixe les sons comme elle mixe ses identités.
ATTERRIR POUR TOUT RÉUNIR
Le retour au pays est le fruit d’une paix intérieure durement gagnée. Après des années de construction, Hélène atteint un tel alignement qu’une évidence s’impose : « Tu peux être bien n’importe où en fait, et pourquoi pas chez toi ? » Elle ne revient donc plus pour se cacher, mais pour vivre sa queerness en « transparence fluo ». Cette intuition se confirme lors d’un moment suspendu sur la plage de la Cherry. Elle y observe un groupe d’amis, libres, dont plusieurs sont visiblement queers. L’image, impensable à son époque, agit comme une validation : la société a bougé, le terrain est prêt.
EKLEKTOLOGY : LE NOUVEAU « LYANNAJ »
De ce voyage est né Eklektology. Bien plus qu’un concept festif, Hélène le définit comme un lyannaj contemporain, un acte culturel et social fondamental. C’est un espace de dialogue transversal où se mêlent danse, photographie et discussions pour sortir de l’ignorance. L’objectif est de créer des « territoires partagés » : des lieux où personnes queers et non-queers se côtoient pour déconstruire les peurs et créer une vraie tolérance. Dans ce laboratoire humain, Hélène veut retisser des récits collectifs pour faire dialoguer héritage et modernité, convaincue que c’est en se mélangeant que l’on permettra à chacun·e d’être enfin pleinement soi.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026