Rose Bonheur, dédier sa vie à son prochain

Fervente militante des droits humains, Rose a consacré sa vie à aider son prochain. Au travers de son métier d’abord, puis des structures auprès desquelles elle intervient aujourd’hui bénévolement.

Rose Bonheur. ©Lia Visyon
Rose Bonheur. Rose Bonheur. ©Lia Visyon

Rose Bonheur, dédier sa vie à son prochain

Fervente militante des droits humains, Rose a consacré sa vie à aider son prochain. Au travers de son métier d’abord, puis des structures auprès desquelles elle intervient aujourd’hui bénévolement.

Laëtitia Juraver

« J’avais à cœur de transmettre ce que je sais du métier. »

Rose Bonheur

Aujourd’hui retraitée, Rose est maman d’une fille et grand-mère d’une petite- fille. Elle a fait du travail social sa vocation. D’éducatrice spécialisée à cheffe de service, elle a travaillé pendant 35 ans dans un établissement médico-social, jusqu’à ce que sa carrière s’arrête brutalement, suite à un licenciement économique : « Sur le coup, je l’ai très mal vécu. Il m’a fallu plus d’un an pour passer à autre chose. Mais cet événement m’a permis de me découvrir autrement », souligne-t-elle.

FORMER LES PROFESSIONNELS DE DEMAIN

À 72 ans, Rose se plaît aujourd’hui à transmettre sa passion et son engagement. Elle accompagne des étudiants à l’Institut de formation aux métiers éducatifs sanitaires et sociaux (IFMESS), où elle a elle-même été formée : « J’avais à cœur de transmettre ce que je sais du métier, mais aussi mes questionnements et mes valeurs. D’ailleurs, j’ai eu l’opportunité de créer et dispenser un cours sur l’histoire du travail social en Martinique, une expérience challengeante car la majorité des étudiants ignoraient ce qu’est le Bumidom », explique Rose. « Les éducateur.trice.s spécialisé.e.s font un travail essentiel. Pour autant, je crois que beaucoup ignorent ce qu’est le travail social en Martinique. J’aurais adoré que mes élèves puissent continuer d’écrire l’Histoire », confie Rose.

« En tant que militante, j’ai toujours œuvré pour que les femmes aient une meilleure vie. »

 

LE MILITANTISME COMME FIL CONDUCTEUR

« Je me suis syndiquée très tôt. Pour revendiquer, mais aussi pour mieux connaître le système. Mon vœu a toujours été d’éveiller sur la situation et les besoins du territoire », précise Rose, connue pour son engagement au sein d’associations féministes et, aujourd’hui encore, au sein de l’Assoka (Asosyasion solidarité Karaïb) qui, depuis 30 ans, accompagne les personnes migrantes. « En tant que militante, j’ai toujours œuvré pour que les femmes aient une meilleure vie. J’ai vu ma mère se battre pour nous élever, mes trois autres frères et sœurs et moi. Ça m’a marquée. »

L’APPROCHE INTERSECTIONNELLE

L’ultra précarité qui touche les femmes est liée au fait qu’elles subissent plusieurs discriminations simultanément : « Ce serait une erreur de croire que les problèmes des femmes migrantes s’arrêtent à la question administrative. Il faut aussi prendre en compte la barrière de la langue, l’isolement, le fait qu’elles aient des enfants… À l’Assoka, nous nous présentons comme des facilitateurs et des facilitratrices. Nous prenons le temps de les écouter pour mieux les accompagner et les réorienter au besoin. Je me sens souvent démunie face à la violence et aux défaillances du système. Alors je me console comme je peux en me disant que je participe quelque part à leur mieux-être », conclut Rose.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Martinique de mars 2026