Sergina Télon, la voix du Haut-Maroni
Directrice d’école à Papaïchton, première adjointe au maire, élue à la CTG : à 35 ans, cette mère de quatre enfants cumule les responsabilités pour faire exister un territoire trop souvent laissé de côté. Rencontre avec une femme qui refuse la fatalité de l’isolement.
Sergina Télon. ©Christophe Fidole
Sergina Télon, la voix du Haut-Maroni
Directrice d’école à Papaïchton, première adjointe au maire, élue à la CTG : à 35 ans, cette mère de quatre enfants cumule les responsabilités pour faire exister un territoire trop souvent laissé de côté. Rencontre avec une femme qui refuse la fatalité de l’isolement.
« Je me suis lancée car il n’y avait presque pas de femmes en politique. »
ENSEIGNER
« Si nous ne revenons pas travailler pour nos communautés, personne ne le fera à notre place. » Après des études à l’université de Guyane, quelques expériences professionnelles sur le littoral, Sergina a fait le choix du retour à Papaïchton, sa commune natale, où elle dirige un établissement de 220 élèves.
Quand elle parle de « son » école, ses yeux s’animent. Ici, chaque rentrée est un casse-tête : des postes d’enseignant vacants pendant des mois, des familles venues du Suriname ou de Saint-Domingue qui ne parlent pas toujours français. Pour tisser un lien de confiance et motiver les élèves, Sergina apprend le wayana, accueille en espagnol, en anglais ou en aluku. « On s’adapte, on trouve des solutions pour que chaque classe ait un enseignant, pour que chaque enfant ait sa chance. » Son passage de deux ans à Antecume Pata, en pays amérindien, a été une école de résilience. « C’est dans ce village, à l’isolement extrême, que j’ai compris l’importance de la proximité. » Cette proximité, elle en a été privée à 10 ans lorsque, comme tant d’autres, elle a dû quitter ses parents pour rejoindre le collège à Maripasoula. Une blessure d’enfance qu’elle a transformée en moteur.
S’ENGAGER
En 2021, elle devient la première femme première adjointe à la mairie de Papaïchton, une commune qu’elle décrit comme traditionnellement conservatrice et patriarcale. « Je me suis lancée car il n’y avait presque pas de femmes en politique. Et puis, on n’entendait pas la voix des jeunes. » Son élection suscite l’engouement, synonyme de renouveau.
« Ils sont fiers de ce que j’entreprends et apprennent avec moi. »
Elle siège à la communauté de communes de l’Ouest guyanais ainsi qu’à la collectivité territoriale de Guyane où elle porte la voix du Haut-Maroni qu’elle estime insuffisamment représenté et souvent oublié des politiques. Militante du désenclavement, elle se bat pour l’accès aux services publics (Sécurité sociale, CAF, France Travail), aux réseaux d’eau et d’électricité, à la santé et à la mobilité. Son projet phare : aménager la route entre Maripasoula et Papaïchton. Elle a également fondé l’association Wi Sa Yeepi (« nous pouvons aider »), qui propose aide humanitaire, soutien scolaire et événements culturels sur les rives du Maroni. « Nous intervenons toute l’année pour créer du lien, sans attendre les crises. À terme, j’aimerais étendre nos actions à d’autres zones enclavées de Guyane. »
TROUVER L’ÉQUILIBRE
Comment concilier école, mandats, association, quatre ados de 12 à 19 ans ? Sergina s’organise minutieusement, s’appuie sur sa famille mais avoue qu’elle ne se repose pas beaucoup. Ses enfants comprennent ses choix et l’accompagnent parfois sur le terrain. Elle est devenue, malgré elle, un modèle pour eux. « Ils sont fiers de ce que j’entreprends et apprennent avec moi. Une de mes trois filles m’a dit que, plus tard, elle voulait faire “comme maman”. »
« Il faut se lancer, accepter le doute et l’échec mais croire à leur réussite. »
Aux lycéens et collégiens qui la sollicitent souvent, elle donne de précieux conseils. « Nous sommes peu nombreuses sur le fleuve à avoir un bac + 5. Je leur dis qu’il faut se lancer, accepter le doute et l’échec mais croire à leur réussite. » Par ses engagements multiples, elle bâtit des ponts entre les générations, entre les territoires reculés et les centres de décision. Une femme debout, qui avance. Et qui entraîne les autres avec elle.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026