Shanna Dormevil, dompter ses peurs, sauver des vies

Engagée en tant que bénévole auprès de la SNSM, la trentenaire qui avait peur de la haute mer vogue désormais sur des bateaux pour porter secours aux personnes en difficultés.

Shanna Dormevil. ©Ludovic Clerima
Shanna Dormevil. Shanna Dormevil. ©Ludovic Clerima

Shanna Dormevil, dompter ses peurs, sauver des vies

Engagée en tant que bénévole auprès de la SNSM, la trentenaire qui avait peur de la haute mer vogue désormais sur des bateaux pour porter secours aux personnes en difficultés.

Ludovic Clerima

« J’adore la mer, pourtant j’ai un rapport complexe avec elle. »

Shanna Dormevil

Vous l’avez peut-être déjà croisée sans le savoir sur les rivages de Basse-Terre, près de la station de la Société nationale des sauvetages en mer (SNSM). Tee-shirt orange sur le dos, Shanna Dormevil fait partie depuis neuf mois des bénévoles qui, chaque jour, veillent à la sécurité en mer des Guadeloupéens. « J’adore la mer, pourtant j’ai un rapport complexe avec elle. Lorsque j’étais enfant, j’ai failli me noyer. Cet événement a fait naître en moi une peur panique de l’eau pendant des années. Je n’allais me baigner que dans les endroits où j’avais pied. » Un sentiment d’insécurité qui ne l’empêche pas de passer en 2018 son permis bateau. « Même si je n’étais pas à l’aise dans l’eau, j’aimais l’idée de naviguer en famille ou entre amis. Je ne voulais pas laisser la peur prendre le dessus sur ma passion. »

UN NOUVEAU CAP PROFESSIONNEL

Cette peur, elle parvient aussi à la mettre de côté en s’engageant en 2025 en tant que bénévole pour la SNSM. « Au départ, je n’osais pas me tourner vers eux. Je pensais qu’il fallait être bon nageur. Mais j’ai été intégrée en tant qu’équipière de pont. Je reste principalement sur le bateau. Il y a une grande solidarité entre les coéquipiers. Je sais que si je tombe, quelqu’un viendra me récupérer. » La trentenaire admet toutefois que cet engagement l’a fait gagner en assurance. Cet océan qu’elle aime regarder depuis la plage ou sur le pont d’un bateau l’effraie moins que par le passé. « J’ai parfois l’impression qu’il y a des réticences à franchir le pas des associations maritimes. Comme si quelque chose nous retenait », constate-t-elle.

« J’ai toujours aimé être utile et je cherchais depuis quelque temps à m’engager de nouveau. »

 

Nœuds marins. Remorquage. Gestion de l’équipement ou encore principes de base de la sécurité en mer, Shanna Dormevil s’est vite familiarisée avec les règles essentielles pour venir en aide aux autres. « J’ai toujours aimé être utile et je cherchais depuis quelque temps à m’engager de nouveau. Mes expériences passées dans le milieu associatif n’ont pas toujours été très positives. Avec la SNSM, j’ai l’impression d’avoir trouvé un collectif qui agit de manière désintéressée. » L’association, qui opère à partir de 214 stations de sauvetage en France et en Outre-mer, repose à 72 % sur des ressources privées. Elle vit donc exclusivement des dons de la population et grâce au soutien des entreprises pour maintenir ses activités.

Si elle n’a pas encore eu l’occasion d’intervenir sur des opérations de sauvetage majeures, Shanna Dormevil, réservée en apparence, se sent prête. Son expérience au sein de la SNSM la pousse même à imaginer un autre avenir professionnel : « Je ne sais pas encore sous quelle forme, mais j’aimerais bien travailler dans la navigation. » Un rêve qui désormais ne lui est plus inaccessible.

 

Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guadeloupe de mars 2026