Tahiti Marine Biotech, puiser sa force dans les produits de l’océan

Suite à des soucis de santé, Auguste Buluc a développé la recherche sur les concombres de mer pour les valoriser et les transformer, notamment en compléments alimentaires.

Auguste Buluc, fondateur des sociétés Tahiti Marine Biotech et Tahiti Marine Products.
Vaikehu Shan

Suite à des soucis de santé, Auguste Buluc a développé la recherche sur les concombres de mer pour les valoriser et les transformer, notamment en compléments alimentaires. Il crée alors Tahiti Marine Products et Tahiti Marine Biotech.

Par Vaikehu Shan / Hans Lucas

Vairao, à la presqu’île de Tahiti. Depuis septembre 2020, Auguste Buluc et son équipe ont élu domicile dans les locaux de l’Ifremer pour développer l’activité de Tahiti Marine Products et Tahiti Marine Biotech. La première branche vise à développer la culture d’holothuries (aussi surnommées concombres de mer) en Polynésie française, et la deuxième à les valoriser et à les transformer en compléments alimentaires et en produits cosmétiques. Bien que la culture et la consommation d’holothuries soient déjà répandues dans de nombreux territoires insulaires et asiatiques, la société se distingue par son audace dans le choix des espèces cultivées.

Natif de l’île de Raiatea à l’héritage chinois, l’homme, infirmier de formation, est un féru de pêche, activité qu’il exerce de manière professionnelle. Il se nourrit ainsi de produits de la mer, comme les holothuries. « Les Chinois en consomment depuis longtemps. Ils savent qu’elles ont plein de vertus. Ça a été confirmé par des recherches en laboratoire. » En 2011, on lui découvre une tumeur du pancréas. « Quand on retire une partie du pancréas, on a plus de risques d’être diabétique à cause du manque d’insuline et d’enzymes pancréatiques pour la digestion. » À son départ en retraite en 2015, il cherche des compléments alimentaires naturels pour soulager ses symptômes post-opératoires. Il découvre alors des produits à base d’holothurie aux États-Unis. Largement consommé sur le marché asiatique, le concombre de mer est un mets plébiscité pour prévenir le diabète. L’idée de développer un marché en Polynésie française lui vient, avec pour objectif la culture de deux espèces encore jamais cultivées : l’holothurie fuscogilva et l’holothurie whitmaei. Jusqu’alors, on leur préférait l’holothurie scabra, plus facile à élever et avec une documentation scientifique déjà fournie.

Convaincu par le potentiel des espèces fuscogilva et whitmaei, Auguste va recruter un spécialiste en Nouvelle-Calédonie, Laurent Burgy, et la pharmacienne Hélène Pérès qui a soutenu, en 2015, une thèse sur ses propriétés, en particulier les scabras. Un pari risqué car la faible bibliographie scientifique sur les deux espèces sélectionnées oblige l’équipe à réaliser nombre de tests pour établir le protocole de reproduction et les durées nécessaires à chaque étape de leur croissance. Sans surprise, les pertes sont nombreuses au lancement de l’activité.

Salle d’algues de Tahiti Marine Products. Celles-ci, dont
les recettes et les dosages sont gardés secrets, servent
a nourrir les holothuries du parc d’élevage.
Salle d’algues de Tahiti Marine Products. Celles-ci, dont
les recettes et les dosages sont gardés secrets, servent
a nourrir les holothuries du parc d’élevage.

Un volet social aussi

Au-delà de l’aspect santé, le chef d’entreprise souhaite que ce projet soit bénéfique aux pêcheurs polynésiens. Un volet social qui passe par le développement d’un réseau de centaines, voire de milliers d’éleveurs répartis sur le territoire et rattachés à Tahiti Marine Products. Ils fourniront ainsi la matière première à Tahiti Marine Biotech. Une activité qui garantira un complément de revenu appréciable pour les pêcheurs, à tout moment de l’année.

L’homme tient dans sa main une holothurie fuscogilva
(aussi appelée concombre des mers).
L’homme tient dans sa main une holothurie fuscogilva
(aussi appelée concombre des mers).

Aujourd’hui, les protocoles sont définis et les recettes des premiers produits Tahiti Marine Biotech sont établies. Alors que les dernières analyses sont en cours, l’ambition de la société est de lancer et de commercialiser ses premiers compléments alimentaires en fin d’année 2024 sur le marché local et international, et obtenir ainsi le premier retour sur investissement. Par la suite, l’entreprise va poursuivre le développement de produits cosmétiques. Auguste a trois enfants et espère que l’un d’eux prendra la suite. Cela semble bien parti avec sa fille cadette, Kahaia, qui a laissé sa carrière d’ingénieure en BTP à Paris pour rejoindre son père dans cette aventure entrepreneuriale pleine de promesses.


Retrouvez cet article dans le hors-série Outre-mer Innovation.