Valentine Alt, la tête dans la canopée
Depuis plus de 10 ans, Valentine Alt s’épanouit dans le métier atypique d’arboriste grimpeuse qui mêle savoir-faire techniques et connaissances botaniques et qui s’accorde le plus souvent au masculin.
Valentine Alt. ©Enzo Dubesset
Valentine Alt, la tête dans la canopée
Depuis plus de 10 ans, Valentine Alt s’épanouit dans le métier atypique d’arboriste grimpeuse qui mêle savoir-faire techniques et connaissances botaniques et qui s’accorde le plus souvent au masculin.
« C’est vraiment parti d’une curiosité, d’une envie de grimper. »
Casque sur la tête, sangles et baudrier autour du corps, Valentine Alt nous reçoit entre deux coups de tronçonneuse dans le jardin d’un particulier, en pleine mission d’élagage. Arrivée en Guyane il y a 16 ans avec une formation de biologie en poche, elle découvre le métier « d’arboriste grimpeur » au détour d’un stage à la station scientifique des Nouragues et décide de se reconvertir. « C’est vraiment parti d’une curiosité, d’une envie de grimper. J’ai obtenu ma certification professionnelle après une formation au lycée de Matiti (à Macouria, ndlr) et je me suis mise à mon compte en 2012. Depuis, je n’ai pas vraiment eu de moment de repos », raconte celle qui, à 37 ans, vit avec son compagnon en pleine forêt dans le secteur de la Comté.
Ses missions, qui vont de l’accompagnement de missions scientifiques — pour placer des capteurs ou collecter des végétaux dans la canopée — à l’élagage le plus classique, l’amènent à bouger de Maripasoula à Camopi, en passant par Saint-Laurent-du-Maroni. « Lors de mes interventions, je ne fais pas que couper des branches, je dois réfléchir à la biologie de l’arbre, à la façon dont il fonctionne pour à la fois limiter mon impact et éviter qu’il ne devienne dangereux pour les humains. » Si la Guyane compte son lot d’élagueurs, cette formation plus spécialisée n’est détenue que par une dizaine de professionnels dans tout le département.
UN MÉTIER D’HOMMES
Comme dans le reste du pays, cet environnement est on ne peut plus masculin, Valentine Alt étant la seule femme du milieu. « Une femme avec une tronçonneuse et qui sait s’en servir, ça ne va pas de soi pour beaucoup de personnes. Je dois parfois composer avec les petites remarques, les conseils paternalistes inopportuns », confie-t-elle.
Avec une soixantaine d’arboristes grimpeuses d’Amérique latine, elle anime le collectif Mujeres arboristas de latinoamerica (MALA) pour donner de la visibilité à ces professionnelles. « C’est une façon pour nous de parler des problématiques spécifiques que rencontrent les femmes dans ce métier mais aussi de donner envie aux jeunes filles qui veulent se lancer, de montrer que c’est possible et de leur donner des conseils », résume Valentine.
Et quand elle remet les pieds sur terre ? Il y a de fortes chances que Valentine rejoigne Faya Boto, son équipe (mixte) de pirogue traditionnelle, l’une des plus connues — et titrées — de Guyane. Ou qu’elle s’investisse dans Upaya, une association d’aide aux personnes en grande précarité, qu’elle a cofondée en 2019 et qui vient notamment en aide aux migrants dans le parcours escarpé de la demande d’asile.
Retrouvez cet article dans le hors-série Portraits Guyane de mars 2026